Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
« Jamais de ma vie je n’aurais cru qu’on puisse éplucher si vite.
— Je me suis appliqué.
— C’est ça, applique donc ça, fanfaron », rétorqua le cuistot, écourtant la discussion d’un geste discourtois.
Umbo ne le prit pas mal ; le cuistot l’avait juste félicité à sa manière. Sa rapidité d’exécution indiquait en outre qu’il s’était bien passé quelque chose. Avait-il accéléré ses mouvements, même un tout petit peu ? C’était un bon début.
Umbo se tenait debout sur le pont des passagers, libéré de ses corvées, lorsqu’il les vit amener Miche – menottes aux poignets et fers aux chevilles dans un chariot de condamné. Son arrestation avait dû être plus mouvementée que la leur.
Le général sortit à sa rencontre. Il lui laissait toute liberté sur le bateau, à condition qu’il n’essaie pas de retourner à terre.
Le général indiqua au capitaine qu’il pouvait lever l’ancre sitôt son équipage prêt. Il regagna ensuite ses quartiers pour la suite de l’interrogatoire. Umbo aurait donné n’importe quoi pour le suivre. Mais le second hurlait déjà ses ordres. Quelques instants plus tard, le bateau larguait les amarres et glissait loin des quais, propulsé par les perches des bateliers.
« Tu crois que tout va bien pour Rigg, là-dedans ? » demanda une voix qui ressemblait à celle de Miche.
Umbo se retourna, surpris de le trouver derrière lui sur le pont des passagers.
L’officier chargé de son arrestation le suivait comme son ombre. Il sourit d’un air mauvais à leurs regards insistants et dit : « Le général a peut-être oublié que vous êtes prisonniers, mais moi pas. »
Umbo préféra ne pas relever. La méthode de Rigg – ne pas répondre et faire le sourd – était encore la meilleure. « Je m’entraîne, déclara Umbo à Miche, assez fort pour que l’officier entende. Mais je ne sais même pas si la chose que je dois faire est possible. Il y a certains trucs qu’on peut réaliser pour les autres mais pas pour soi.
— Comme se faire guili-guili, dit Miche.
— Voilà, comme guili-guili, exactement, confirma Umbo.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? les interrompit l’officier.
— Qu’est-ce que quoi veut dire ? demanda Umbo.
— “Guili-guili”. Vous parlez en code, c’est ça ? »
Miche se tourna vers l’officier. « Écoutez, si vous ne savez pas de quoi nous parlons, inutile de harceler les grands qui savent. Il aurait fallu nous accompagner depuis le début pour comprendre et, franchement, on ne vous aime pas suffisamment pour perdre notre temps à tout vous expliquer en détail. »
À nouveau, un sourire mauvais. « Le général ne sera pas toujours là, rétorqua l’officier. Vous apprendrez à m’aimer, vous verrez. » Il enjamba l’échelle et disparut sur le pont de marchandises.
Dès qu’ils se retrouvèrent seuls, Miche se retourna vers Umbo : « Je suis content que tu progresses, même si le contraire ne m’inquiéterait pas trop. Tu vas forcément finir par apprendre, puisque tu l’as fait. Ou le feras.
— Facile à dire, ce n’est pas toi qui dois le faire.
— C’est vrai, admit Miche. Maintenant, descends chercher ce qu’il te faut, et attache-le bien à toi pour que ça ne tombe pas à l’eau. Reviens ici dès que tu as fini.
— Pourquoi ? demanda Umbo.
— Réfléchis un peu ! le tança Miche. Où ton futur toi vous a-t-il trouvés, Rigg et toi, lorsqu’il a laissé ses messages incompréhensibles et inutiles ?
— Moi dans mon lit à l’auberge et Rigg dans la voiture du cocher, lorsqu’on était partis vers la tour.
— Donc, à moins que tu puisses voyager et dans le temps et dans l’espace, on ne peut se permettre de trop s’éloigner d’O. Il faut que tu te trouves toi-même à l’endroit exact où se trouvent ceux à qui tu dois parler, tu ne crois pas ? »
Umbo acquiesça. « Je dois rester ici. À O.
— Trop tard, dit Miche. O est déjà loin. Mais ce n’est pas grave, on n’aura qu’à se cacher quelques jours après avoir quitté le bateau. De toute façon, on est trop connus là-bas, on se ferait reprendre. Maintenant, vas-y, prends ce qu’il te faut et reviens tout de suite après. »
Umbo se laissa glisser le long de l’échelle et fila vers ses bagages. Mais il ne les ouvrit pas. Ils avaient beau déborder de jolis vêtements neufs, comment expliquer, à son retour sur le pont, cette envie subite de se changer ? Non, il n’avait besoin que d’une chose, une chose qui se cachait en cuisine.
Il se fit aboyer dessus par le cuisinier à peine la porte franchie. « J’ai pas le temps de m’occuper de toi et si t’essaies de chiper à manger, je te préviens : le gruau a pas encore bouilli, alors si tu te retrouves avec les boyaux à l’envers, viens pas pleurer !
— J’ai juste oublié quelque chose après avoir pelé les navets, dit Umbo.
— Alors prends-le et ouste, dehors ! »
La dague l’attendait bien sagement dans son étui de cuir finement ouvragé, acheté par Rigg pendant leurs journées fastes. Umbo prit le temps de nouer le cordon bien serré autour de sa taille, l’arme pendouillant dans une de ses jambes de pantalon. Difficile de faire plus inconfortable, mais dans la précipitation, c’était mieux que rien.
Là-haut, sur le pont, Miche et l’officier avaient repris leurs amabilités. « Le général nous a donné entière liberté de mouvement sur le bateau, disait Miche. Donc que le garçon reste en ma compagnie ou vaque à ses occupations de son côté ne vous regarde pas. S’il avait voulu que nous restions ensemble, il nous aurait tous enfermés dans les quartiers du capitaine avec Rigg. »
Rigg. Ils abandonnaient Rigg !
Mais ils n’avaient pas le choix, Umbo le savait. Rigg allait descendre la rivière seul et ils ne pourraient rien y faire, à moins de risquer leurs vies, et encore. Umbo devait rester à O car il n’y avait que d’ici qu’il pouvait délivrer ses messages. Et c’était aussi à O que Miche avait caché l’argent et les pierres précieuses. Rigg comprendrait.
« Tu as trouvé ? » demanda Miche. Umbo fit oui de la tête.
« Trouvé quoi ? s’enquit l’officier.
— La lame de ton père soigneusement conservée par ta mère dans son petit coffre à bijoux », répondit Miche.
L’officier explosa de colère mais se ressaisit aussitôt. Il outrepassait son autorité et le savait. Il n’avait certainement aucune envie de rendre compte au général de sa décision de punir des prisonniers coupables d’avoir transgressé une règle non imposée par le général lui-même.
Miche lui tourna le dos avec ostentation et accompagna Umbo vers le garde-corps du pont supérieur. Ils observèrent la rivière en contrebas.
« Le moment serait bien choisi pour me montrer que tu sais nager », déclara Miche.
À Gué-de-la-Chute, les berges étaient bien plus proches. Umbo n’avait jamais couvert une telle distance à la nage. « On ne peut pas utiliser une des barques qu’ils tirent derrière ?
— Tu crois que tu pourras rejoindre la rive ? En supposant qu’on fasse un bout dans le sens du courant et qu’on se laisse porter assez loin ?
— J’imagine que ça veut dire que tu sais nager, finalement. À moins qu’il faille que je te porte ?
— “Si tu essaies de toutes tes forces, répliqua Miche avec un grand sourire, tu pourrais ne pas mourir.”
— Pourrais ne pas ?
— Un vieux dicton de mon village, oublie. Voilà ce que tu vas faire : une fois dans l’eau, plonge sous le bateau et ressors de l’autre côté, là où ils ne penseront pas à regarder.
— Tu veux que je te ramasse quelques huîtres au passage ?