Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
« Dans toutes les autres villes, lors des fouilles réalisées pendant les chantiers de construction, les ouvriers ont de tout temps mis au jour des ossements, de vieilles pierres – vestiges d’anciens murs, de sols ou de cimetières. Tout se construit sur les fondations d’autre chose. Que vous alliez dans les plaines immergées de la Stashik, que vous longiez le littoral, vous trouverez toujours quelqu’un qui était là avant vous. Chaque civilisation a laissé sa couche. Mais pas à O.
— Ne nous dites pas que les bâtiments du port ont plusieurs milliers d’années ! s’esclaffa Rigg, incrédule. Les rondins auraient pourri depuis longtemps, aussi près de la rivière.
— Oh, je ne parle pas des constructions en bois, bien sûr. Celles-ci sont souvent remplacées. Non, je parlais des bâtiments en pierre et de la grande enceinte de la ville, qui sont comme au premier jour. Tous les mille ans environ, les grands édifices tombent dans un tel état de délabrement qu’il faut les reconstruire et, quand c’est le cas, on ne trouve rien en dessous, pas la moindre fondation. Les murs et les bâtiments de cette ville sont sortis d’une terre vierge. À O, onze mille ans d’histoire vous contemplent, mes enfants. »
La poigne du général se fit soudain plus dure sur la main d’Umbo, qui leva la tête pour comprendre. Le général le regardait avec un léger sourire en coin. De moquerie ? De sympathie ? « L’Histoire, Maître Rigg, ne semble guère passionner votre jeune ami.
— Il a un an de plus que moi. »
Umbo attendait la suite, l’habituelle remarque désobligeante sur sa taille, par exemple. Mais l’homme poursuivit sa leçon. « Onze mille ans d’histoire, voilà notre richesse. Onze mille cent quatre-vingt-onze années, plus onze autres, pour être exact. On dit qu’à la base de la Tour d’O se trouve une pierre, que l’on retire pour les réparations, qui porte une inscription : “Cette pierre a été posée en 10999.” Bien entendu, c’est écrit dans une langue incompréhensible du plus grand nombre, mais c’est ce que ça dit.
— Le monde n’avait donc que cent quatre-vingt-douze ans lorsque les premières pierres de la tour ont été posées ? » calcula Rigg.
Le général marqua une nouvelle pause. « Il semblerait. Le plus vieux bâtiment du monde.
— Les guides de la tour ratent une belle occasion de faire exploser les pourboires, à garder ça secret, marmonna Umbo.
— Ils en parleraient, s’ils savaient. Mais peu de gens sont suffisamment intéressés par l’histoire ancienne pour avoir le courage de se plonger dans de vieux ouvrages poussiéreux, d’apprendre des langues mortes et d’écrire des choses inédites sur le passé. Surtout pour que personne ne les lise. Non, la seule histoire qui vaille aujourd’hui, c’est celle de la Révolution du Peuple et de nos vies merveilleuses enfin retrouvées depuis que la famille royale, qui régnait avec cruauté et avidité sur le Monde entre les Murs, a été renversée.
— Et de notre joie à tous de les voir enfin destitués », dit Rigg.
Le général stoppa net. « Sarcastique ou non, j’hésite encore. »
La seule réponse de Rigg fut de répéter la même phrase avec la même intonation – c’est-à-dire, sans intonation du tout. « Et de notre joie à tous de les voir enfin destitués. »
Le général pouffa de rire. « Maintenant, je comprends mieux ce que le banquier aresside voulait dire. Par l’Étoile Fixe, mon garçon, on dirait le chant d’un oiseau répété encore et encore, sans la moindre variation.
— J’ignore tout de la famille royale, monsieur, affirma Rigg. Sinon, j’aurais peut-être compris que quelque chose clochait dans le nom inscrit par mon père dans son testament.
— Nous y voilà », dit le général.
Umbo jeta un coup d’œil à la ronde – ils ne semblaient arrivés nulle part.
« Au sens figuré, mon jeune ami, précisa le général à l’intention d’Umbo. Je voulais dire, nous voilà au cœur du problème. Voilà pourquoi on m’a envoyé arrêter Maître Rigg pour le ramener à Aressa Sessamo. Quand on détient une telle pierre, on se montre un peu plus malin et on n’essaie pas de la vendre. Sinon, c’est l’alerte générale au Conseil révolutionnaire du Peuple. Croyait-il sincèrement que la vente d’un trésor royal passerait inaperçue là-haut, chez les puissants ? Le croyais-tu vraiment ?
— Oui, monsieur, répondit Rigg. Sincèrement. Pour moi, ce n’était qu’une pierre, si ce n’est qu’elle semblait de grande valeur. Je m’attendais à tout sauf à la conclusion insensée de Tonnelier qu’il s’agissait d’un joyau ancien. Je ne m’attendais pas non plus aux sommes exorbitantes qu’il mentionna dans la foulée. Mon père l’avait laissée aux bons soins d’une amie, en lui demandant de me la remettre à sa mort. Il est mort, elle me l’a remise, voilà tout.
— À d’autres, Maître Rigg. Si je résume, vous êtes suffisamment au fait des choses de la finance et des lois pour en remontrer à un requin comme le banquier Tonnelier en personne, mais le nom de Rigg Sessamekesh n’évoque rien pour vous ? C’est bien ce que vous êtes en train de me dire ?
— Je m’appelle juste Rigg. Mon père n’a jamais fait allusion à un quelconque nom de famille. Mon prénom ne m’était pas inconnu, mon nom, si. »
L’explication sembla amuser le général. « Peut-être, mais vu que vous maîtrisez comme personne vos inflexions vocales, gestes et expressions faciales, comment savoir si vous mentez ou dites la vérité ? En tout cas, si c’est un mensonge, il est bien maladroit, car tout le monde connaît le nom de Rigg Sessamekesh.
— Moi non, intervint Umbo, et pourtant j’ai été à l’école, et bien plus que Rigg. Personne ne parle de la famille royale. C’est illégal.
— Bien, bien, dit le général. J’ignorais cela. Que cette loi était respectée, du moins là-haut, chez vous. À la ville – et quand je dis “la ville”, je ne parle pas que d’O –, ce nom et cette histoire sont tellement populaires, et cette interdiction tellement ignorée, qu’il ne m’est jamais venu à l’esprit que ceux qui habitent dans la brousse puissent encore s’empêcher de prononcer les noms interdits. Avez-vous mangé ? »
Il fallut un certain temps à Umbo pour comprendre que le général était passé du coq à l’âne.
« Je ne meurs pas de faim, répondit Rigg, mais Umbo a toujours un petit creux. Néanmoins, vous, monsieur, êtes mieux placé que nous pour décider du moment le plus opportun pour manger. Si vous proposez une halte maintenant, je l’accepterai volontiers et ferai de mon mieux pour que vous ne le regrettiez pas.
— C’est vous qui invitez ? demanda le général.
— Je ne sais, monsieur, si tout ou partie de mes fonds me sont accessibles. À en croire Tonnelier, ils seraient confisqués.
— Ils le sont, en effet, confirma le général. Mais en vertu de la loi du Peuple, vous êtes présumé innocent. L’argent vous appartient donc encore, même si vous n’en avez pas l’usufruit. Mais moi, je peux y accéder – sous réserve de votre consentement.
— Eh bien, vous l’avez, pour le montant total d’un succulent repas.
— D’un bref repas, vouliez-vous sans doute dire.
— “Bref” dépend de ce que l’on fait avec la nourriture, “succulent”, de ce que les cuisiniers font avec.
— Vous avez passé plusieurs semaines ici. Y a-t-il sur la route un endroit qui mérite le détour ?
— Si vous me dites quelle est notre destination, dit Rigg, je pourrai vous répondre.
— Le bateau, quelle question ! Celui que vous avez fait affréter pour vous rendre à Aressa Sessamo. Je pensais l’avoir déjà dit. En réglant d’avance, vous avez économisé à la République du Peuple le coût de votre transport.