Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
— J’en étais effectivement arrivé à la conclusion que vous nous meniez au bateau, mais tout ce que vous avez dit ensuite, c’est que notre compagnon devait y être envoyé sous escorte si on le retrouvait.
— Assez tourné autour du pot, Maître Rigg. Êtes-vous Rigg Sessamekesh ?
— Ce nom signifie quelque chose pour vous et pour les gens d’Aressa Sessamo. Pas pour moi, donc je ne peux pas vous répondre. Mais ça semble peu probable. J’ai entendu ce nom pour la première fois à la mort de mon père. Est-ce encore l’un de ses jeux ? Une ruse destinée à provoquer notre rencontre ? Mon père était une énigme, vous savez, et je ne peux deviner toutes ses intentions. Tout ce que je sais, c’est que je devais livrer cette lettre à Tonnelier, comme preuve de mon droit à disposer de ses richesses et de ses biens. Lui n’a pas reconnu le nom en tout cas – il n’a vu que la pierre. Sans votre arrivée ici aujourd’hui, jamais je ne me serais posé la moindre question sur ce nom. Mon père ne l’a jamais prononcé. »
La tirade sembla à nouveau beaucoup amuser le général. « Joueur, à ce que je vois. Très joueur. Ni affirmation, ni déni. À vous entendre, vous ne faisiez que passer, innocent comme l’enfant qui vient de naître.
— Je ne vous dis que l’exacte vérité, affirma Rigg. Si tout cela est un jeu pour vous, alors c’est mon père, le joueur, monsieur, pas moi. J’aimerais moi aussi comprendre les implications de ce nom écrit par mon père dans cette lettre. Mon éducation n’était pas terminée, dirait-on. Il la poursuit depuis sa tombe.
— Votre “père”, dit le général. S’il est vraiment votre père, alors vous n’êtes pas Rigg Sessamekesh.
— Père ne m’a jamais raconté dans quelles circonstances j’étais né. Certains à Gué-de-la-Chute racontent qu’il est parti pour un long voyage et en est revenu avec un bébé dans les bras. Je suis sûr qu’il n’a jamais donné d’explications et que personne n’a jamais osé demander. Il ne disait jamais plus que ce que les autres devaient savoir, et les gens ne mettaient jamais leur nez dans ses affaires.
— Tout le monde pense que c’est le petit bâtard du Voyageur et d’une inconnue, intervint Umbo. Et que le Voyageur l’a ramené à Gué-de-la-Chute pour l’élever.
— Ne voyez-vous aucune objection, Maître Rigg, à ce que votre ami vous traite de “bâtard” ? » s’étonna le général.
Umbo commença à protester contre cette accusation, mais se tut face au sourire de Rigg.
« Mon ami ne se fait que l’écho des rumeurs de notre village, dit Rigg. Il n’en pense pas un mot. Et quelle différence, si je le suis ? Mon père m’a reconnu.
— Sauf que si vous êtes bien Rigg Sessamekesh, il ne peut être votre père.
— Un jour, vous me raconterez cette histoire. »
Le général essaya à nouveau de déceler une éventuelle trace de sarcasme chez Rigg. Cherchez toujours, aurait pu lui dire Umbo. Rigg ne montrait rien qu’il ne voulait montrer. Même dans ces chutes, ce jour tragique où Kyokay s’accrochait à la vie et que Rigg essayait de le sauver, rien n’avait percé – ni inquiétude, ni même intérêt. Non pas qu’il fût incapable d’émotion, mais à quoi bon, quand il ignorait qu’on le regardait ? Cette absence manifeste d’émotions était une chose parmi tant d’autres qui distinguait Rigg du commun des mortels. Ça n’avait pas toujours été ainsi. Au village, Rigg était un petit enfant tout à fait normal qui s’énervait, chouinait, riait, hurlait comme les autres. Mais chaque journée passée avec son père l’avait rendu plus discret, plus maître de ses émotions. Plus froid aussi, sauf quand il décidait du contraire. C’est aussi ce qui avait convaincu Umbo de la culpabilité de Rigg, sur cette falaise. Il avait alors le visage d’un inconnu. Ces derniers jours, il n’en avait pas montré d’autre.
Ils atteignirent une échoppe repérée par Umbo au cours de ses pérégrinations en solitaire dans les ruelles d’O. Il y avait emmené Miche puis, une fois le tavernier satisfait, Rigg avait été convié. Umbo ne se sentit pas peu fier en voyant son ami choisir cet endroit pour leur dernier repas à O. Peut-être même leur dernier repas de mortels, pour ce qu’il en savait.
Comme toujours, ce fut Rigg qui signa la note, l’accompagnant d’un généreux pourboire. Il écrivit le nom de la banque et de l’auberge qui les avait hébergés jusqu’au matin. Le marchand les connaissait ; il les remercia d’une révérence. Il ne donna aucun signe que la rumeur de leur arrestation avait couru jusque-là.
Que veut ce général exactement ? se demanda Umbo. Il a l’air de nous avoir à la bonne. Un peu pénible quand il se lance sur l’histoire, mais comme traitement de prisonniers, j’ai déjà entendu pire.
Ils commandèrent trois boules de pain garnies de fromage, d’œufs durs et de légumes. Umbo, mort de faim, sauta sur la sienne à peine servi. Le général l’observa du coin de l’œil, s’attendant à une grimace. Il n’a peut-être jamais rien mangé de bon dans les rues, songea Umbo. Ou alors, c’est qu’on mange mal dans les gargotes de la capitale – ou qu’elles sont plus classes que celle-ci. Qu’il pense que c’est un truc de queuneu s’il veut, moi en tout cas je me régale, et je ne vais pas me gêner.
Le général sembla convaincu ; quelques minutes plus tard, il croquait dans sa boule à pleines dents, les joues rouges de tomate, comme Rigg et Umbo.
Il avait les mains occupées, mais Umbo prenait conscience que fuir maintenant n’y changerait rien. Ils finiraient par le retrouver et le châtiment serait bien pire après ça. Umbo avait entendu parler de coups de fouet, de fers qu’on vous mettait aux pieds. Et surtout, il n’avait aucune envie de s’échapper.
Ils avalèrent leurs dernières bouchées en arrivant sur les quais, puis entreprirent de fendre la foule de passagers, bateliers, débardeurs et badauds. Ce ne fut pas très difficile. L’uniforme de général fit son petit effet – à sa simple vue, les gens s’écartaient. Sans lever les yeux vers celui qui le portait, juste d’un pas de côté. Pour ce qui était des deux de derrière… la tentation de les chahuter un peu était trop forte. Après tout, ce n’étaient que des fils à papa richement vêtus, un petit coup de coude bien placé dans les reins de ces deux privilégiés ne pouvait pas faire de mal.
Il y a encore quelques semaines, vous étiez tous plus riches que moi ! bouillait de leur hurler Umbo. Mais quel intérêt ? Il n’avait que faire de leur amour.
Six soldats gardaient le bateau : deux devant la passerelle, deux du côté des échoppes, très à l’écart, et deux sur le pont, leur regard calme posé sur la foule.
« Comme vous pouvez le voir, vos affaires ont été montées à bord, dit le général.
— Tout ce que je vois, répondit Rigg, c’est qu’elles ne sont plus où nous les avions laissées. »
Le général soupira – d’exaspération ou d’amusement ? – et poursuivit : « Je suppose qu’une fois à bord vous verrez que vos affaires ont été chargées.
— Et maintenant, c’est à notre tour de l’être. »
La réponse du général fut de s’adresser au jeune sergent responsable du contingent de soldats. Umbo nota la présence d’un galon sur son uniforme – seuls le général et l’officier qui l’accompagnait à la tour n’en portaient pas. Il en sourit : dans l’Armée du Peuple, les insignes militaires servaient uniquement à identifier les militaires de bas rang, pas les plus hauts gradés. Ne pas porter de distinction équivalait donc à porter la plus haute distinction entre toutes. Finalement, son père avait raison : la Révolution du Peuple avait surtout révolutionné les uniformes, pas ceux qui gouvernaient.