Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
Seul un miracle d’ingénierie pouvait permettre à la pierre de supporter tout ce poids. Rigg imagina l’extrême finesse de l’acier, sans laquelle la structure de pierre n’aurait pas tenu.
Arrivés en haut de la rampe ascendante, ils gagnèrent le centre de la plateforme. La rampe redescendait de l’autre côté. Entre les deux pendait une énorme sphère, sa surface éclairée par les globes lumineux tout autour. Leur flottaison n’avait rien de magique, finalement : ils étaient juste accrochés par un jeu de câbles à l’anneau sommital, tout comme la sphère centrale, très certainement.
Sa surface était peinte d’une manière que Rigg eut du mal à interpréter. Des formes abstraites, des couleurs ternes, presque laides, disparates. Des lignes d’un jaune criard venaient diviser de grandes portions de vert et de marron aux reflets brillants. Elles avaient été disposées en alvéoles chaotiques, comme par des abeilles soûles, sans aucun sens apparent.
« On domine le monde, constata Umbo. Ça, là, c’est le monde. »
Umbo pointait du doigt un point précis du globe. « Vous voyez ? Cette tache rouge, c’est Aressa Sessamo. Et ce point blanc, c’est O. La ligne bleue représente la Stashik. Gué-de-la-Chute doit être par là, pas très loin, un peu plus bas.
— Alors les lignes jaunes doivent représenter le Mur, dit Miche. J’ai patrouillé dessus, on dirait bien que c’est ça. Pour le reste, je ne sais pas.
— Le monde dans sa globalité, suggéra Rigg, qui venait de comprendre. Le monde est un globe, tout rond, comme celui-ci.
— Tout le monde sait ça, dit Miche. Même le plus ignare des queuneux.
— C’est fou, ça ! s’exclama Umbo, feignant d’apprendre quelque chose. Mais on va tous tomber ! »
Rigg se joignit à lui, sur un ton de maître d’école.
« Non, mon petit Umbo, nous sommes attirés par le centre de la terre, c’est ce qui nous retient à la surface. Quand on “tombe”, c’est uniquement vers ce centre.
— Cette carte est impossible, dit Miche. Personne ne sait ce qu’il y a derrière le Mur. Il n’y a pas une seule personne, dans toute l’histoire de la race humaine, qui soit passée de l’autre côté pour voir.
— Mais on peut voir de l’autre côté, non ? suggéra Rigg.
— Pas assez loin pour dresser une carte aussi précise que celle-ci. Et qui n’indique pas que les entremurs voisins, mais tous. Si c’est bien une carte.
— C’en est une, assura Umbo. Ils n’ont pas pu représenter comme ça, par hasard, la rivière, et O d’un point blanc, et la capitale d’un point rouge.
— Et je nous vois mal être les premiers à nous en rendre compte, ajouta Rigg. Mais pourquoi n’en avoir jamais entendu parler ?
— On en a déjà entendu parler, dit Miche. Enfin, moi, du moins. Pourquoi pensez-vous que les pèlerins parlent de la Tour d’O comme d’une “fenêtre sur le monde entier” ?
— Je pensais qu’ils parlaient de la vue qu’on avait du toit, admit Umbo.
— Ils disent aussi : “Le monde entier se trouve à l’intérieur de la tour”, continua Miche.
— Pour moi c’était juste des délires mystiques, dit Rigg. Ou une manière de parler du nombre de pèlerins qui viennent s’entasser ici.
— Bizarre, quand même, cette vision du monde. Ça me perturbe. Pour moi, le monde est ce qui se trouve à l’intérieur du Mur – c’est sa définition même. Comment peut-il y avoir un monde plus étendu que le monde lui-même ? Et comment l’a-t-on découvert ? »
Rigg en avait profité pour compter. « Il y en a dix-neuf – dix-neuf zones délimitées par des lignes jaunes. Et beaucoup d’autres en dehors.
— Donc il y a dix-neuf mondes sur ce même globe ? s’interrogea Miche. C’est ce que la Tour d’O veut nous signifier ?
— Tu m’étonnes que personne n’en parle en sortant, dit Umbo. C’est complètement dingue. Même s’ils se l’imaginent comme ça – et le père de Rigg n’était ni fou ni menteur, donc s’il pensait qu’on vit sur une balle, il avait probablement raison. D’une certaine manière. Même s’ils se l’imaginent comme dix-neuf mondes à la surface d’un globe, comment les croire ? Tout le monde les prendrait pour des fous.
— Moi, je te prends pour un fou, confirma Miche. Sauf que la carte du monde – de notre monde – est plutôt précise. L’armée conserve des cartes comme celle-ci, du monde à l’intérieur des murs, avec toutes les routes et les villes. Mais c’est illégal pour quiconque d’en dessiner. Donc je me demande bien comment tu as su que c’était une carte, Umbo.
— Notre professeur nous en a montré une. Plus petite, mais avec la rivière, Aressa Sessamo à son embouchure et la grande baie. Et la ligne du Mur, aussi.
— C’est interdit de posséder une telle carte, répéta Miche.
— Oh, je crois qu’il l’a dessinée lui-même. Sur un morceau de bois. À la craie. Ensuite… il a disparu.
— Combien de temps après vous l’avoir montrée ? demanda Miche.
— Je ne sais plus. Après. On ne l’a vue qu’une fois. »
Rigg les avait écoutés d’une oreille tout en scrutant les murs. « Dix-neuf piliers de pierre tiennent les murs. Les dix-neuf vertèbres de la tour. La carte indique dix-neuf territoires délimités par des murs. Dix-neuf n’est pas un chiffre très pratique à manipuler en mathématiques. Diviser la tour en dix-neuf arcs de cercle identiques… c’est de la folie, ou alors c’est qu’ils tenaient vraiment à ce nombre.
— Si ce sont vraiment des entremurs que nous voyons là, demanda Umbo, tu crois qu’ils sont habités ?
— Il y a des points rouges et des points blancs, et même des bleus dans chacun d’eux, dit Rigg.
— Mes enfants, intervint Miche, vous n’avez même pas idée des ennuis que nous pouvons nous attirer à parler de ça.
— Tu connais le Mur pour y avoir été, dit Rigg. Il y avait des gens de l’autre côté ?
— Personne ne va jamais jusqu’au Mur, répondit Miche. Plus tu t’en approches, et plus la tristesse et le désespoir t’envahissent. Tout le monde le fuit. Sinon, à la fin, c’est la folie qui te guette. Personne ne s’en approche jamais. Même les animaux se tiennent à l’écart – des deux côtés.
— Tu ne l’as vu que de loin alors ? insista Rigg.
— On ne patrouillait qu’à la limite, là où les criminels, les traîtres et les rebelles aiment se retrouver – suffisamment près du Mur pour n’y croiser personne, et suffisamment loin pour ne pas perdre la raison. Vivre comme ça, dans la crainte, la douleur et le désespoir, c’est déjà une punition en soi. Mais c’était notre boulot de pénétrer dans la zone de souffrance et de les en débusquer. Pour les empêcher de se ravitailler, de lancer des raids ou d’aller recruter à l’extérieur.
— Si c’est pareil de l’autre côté, pensa Rigg à voix haute, alors même si c’est habité, les gens doivent rester à distance du Mur, comme nous. Donc ils ne peuvent voir personne de notre côté, et nous personne du leur. »
Miche les rapprocha de lui en les agrippant d’une main ferme par les épaules. « Vous parlez beaucoup trop fort, tous les deux. Je crois comprendre maintenant pourquoi ton futur toi est revenu nous mettre en garde.
— Non, se défendit Umbo. Si le danger, c’était de se faire arrêter pour avoir trop parlé, j’aurais demandé à Rigg et à moi-même de la fermer.
— Eh bien, moi, je vous le demande, dit Miche. Ton professeur est très certainement venu ici, a réfléchi à ce qu’il voyait et a essayé d’apprendre la carte par cœur. J’en mettrais ma main à couper. N’importe quel soldat, ou du moins n’importe quel sergent ou officier de rang supérieur, saurait immédiatement ce qu’il a sous les yeux en venant ici. Et serait tenté de le mémoriser. Mais il saurait aussi garder cela pour lui. Et jamais de la vie il ne prendrait le risque de le reproduire.