Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Le fauteuil d’Issib ne lui apporterait pas la même satisfaction. Il y serait cloué, privé de ses flotteurs, et c’est pour lui que ce voyage serait le plus dur, Nafai le savait. Avec les flotteurs, il avait l’impression de posséder un corps puissant et léger ; dans le fauteuil, la gravité l’écrasait et il avait besoin de toutes ses forces rien que pour manipuler les commandes. Au bout d’une journée de cette épreuve, Issya était toujours blême d’épuisement ; qu’en serait-il dans plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois ? Peut-être deviendrait-il plus fort… à moins qu’au contraire il ne s’affaiblisse, ou même qu’il ne meure. Mais peut-être Surâme le soutiendrait-il, qui sait ?
Et peut-être aussi que des anges viendraient les emporter dans la lune, tant qu’on y était !
Il restait encore une bonne heure avant l’aube quand la caravane se mit en route. Les voyageurs n’avaient pas fait trop de bruit et les serviteurs ne s’étaient apparemment pas réveillés ; dans le cas contraire, comme personne n’avait demandé leur aide et qu’ils n’éprouvaient aucune envie de prêter volontairement la main à des activités déraisonnables à cette heure de la nuit, ils avaient dû se retourner discrètement sur leur natte et se rendormir.
Le chemin de Rocrouge était dangereux, mais grâce au clair de lune et aux conseils d’Elemak, ils parvinrent à le suivre sans trop de difficulté. Nafai fut encore une fois rempli d’admiration pour son frère aîné. N’y avait-il donc rien qu’Elya ne sût faire ? Nafai pouvait-il espérer devenir un jour aussi fort et aussi efficace que lui ?
Enfin, ils croisèrent la Piste-en-Lacets, juste au sommet de la crête la plus élevée, et le désert s’étendit à leurs pieds. Les premières lueurs de l’aube naissaient déjà à l’orient, mais ils avaient bien avancé. Le chemin, toujours difficile, descendait désormais, et ils ne tardèrent pas à atteindre le vaste plateau du désert occidental. Il serait très malaisé de les suivre ici, pour quelqu’un de la cité, en tout cas. Elemak distribua des pulsants à tous et les fit s’exercer à toucher des rochers avec le rayon de lumière compacte, Issib n’obtint guère de résultats – il ne parvenait pas à tenir le pulsant assez fermement ; Nafai, lui, ne fut pas peu fier de constater qu’il visait mieux que Père.
Quant à abattre un brigand pour de bon, songea-t-il, c’était une autre affaire. Mais il n’y serait sûrement pas obligé ; après tout, ils étaient dans le désert sur l’ordre de Surâme, non ? Donc Surâme détournerait les brigands de la caravane, de même qu’il la guiderait vers l’eau et le ravitaillement quand elle tomberait en panne de provisions.
Alors Nafai se rappela que tout avait commencé justement parce que Surâme avait perdu de son efficacité. Qu’est-ce qui lui disait que Surâme était capable de quoi que ce soit ? Et qu’il avait un plan ? Bien sûr, il avait envoyé Luet prévenir le Wetchik, réveillé Nafai afin qu’il entende l’avertissement, et suscité son rêve à Père. Mais tout cela ne signifiait pas que Surâme eût la moindre intention de les protéger ni même de les guider ailleurs que loin de la cité. Qui savait le but que poursuivait Surâme ? Il voulait peut-être simplement se débarrasser de Wetchik et de sa famille.
La tête pleine de ces sombres pensées, Nafai dominait le désert, les jambes repliées autour du pommeau de sa selle, et fouillait le paysage du regard, à la recherche de brigands, de poursuivants, de signes de Surâme… enfin, de tout élément incongru dans ce décor. Pour seule musique, il entendait les plaintes de Mebbekew, les ordres que lançait Elemak, et de temps en temps le bruit mou que produisaient les chameaux en se vidant les entrailles. Sa propre bête, sans autre souci que de poser les pattes où il fallait, avançait dans la chaleur du jour de sa démarche chaloupée.
9. Les mensonges et les déguisements
Avec la lune montante, Luet eut beaucoup moins de mal au retour qu’à l’aller. Et puis, cette fois, elle connaissait sa destination ; il est toujours plus facile de rentrer chez soi que d’atteindre un but inconnu.
Mais curieusement, ce ne fut qu’une fois dans la cité qu’elle se sentit menacée. Le garde de la porte du Goulet n’était pas à son poste : peut-être l’avait-on surpris à dormir, ou bien Surâme lui avait insufflé un besoin pressant. La jeune fille ne put s’empêcher de sourire en pensant que Surâme pouvait donner à un homme l’envie soudaine de soulager sa vessie simplement pour que Luet puisse passer sans difficulté !
À l’intérieur de la cité, la lune lui fit défaut. Encore basse dans le ciel, elle projetait des ombres profondes, et le pavé des rues nord-sud était encore plongé dans une obscurité totale. À cette heure de la nuit, on pouvait rencontrer n’importe qui ; certes, les tolchocks sortaient ordinairement plus tôt, alors que les rues grouillaient encore de femmes ; mais à ces heures désolées qui précèdent l’aube, on risquait de tomber sur bien pire que des tolchocks.
« Tiens ! ne serait-ce pas la jolie petite ? »
La voix la fit sursauter. Mais c’était celle d’une femme, une femme enrouée. Il fallut quelques instants à Luet pour la distinguer dans l’ombre.
« Je ne suis pas jolie, répondit-elle. Vos yeux vous ont joué un tour dans le noir. »
Ce devait être une sainte femme, pour être dehors à cette heure. Elle sortit du coin obscur où elle avait cherché refuge contre la brise nocturne, et sa peau sale apparut très pâle dans l’ombre. Elle était nue de la tête aux pieds. À cette vue, Luet sentit soudain le froid de cette nuit d’automne. Elle avait eu chaud tant qu’elle avait marché ; mais à présent, elle se demandait comment la femme pouvait vivre ainsi, sans rien d’autre que sa crasse pour la protéger de l’air glacé.
Ma mère était une Sauvage, se dit Luet. Je descends d’une femme comme celle-ci. Elle dormait dans le désert pendant que j’étais dans son ventre, et puis elle m’a emportée, aussi nue qu’elle, dans la cité pour m’abandonner chez tante Rasa. Mais ce n’est pas celle que j’ai devant moi. Ma mère – Surâme sait où elle se trouve – n’est plus une sainte femme. À peine un an après ma naissance, elle a délaissé Surâme pour suivre un homme, un fermier, et gagner une vie de misère sur la terre caillouteuse de la vallée de Chalvasankhra. Enfin, c’est ce que raconte tante Rasa.
La femme entonna une sorte de mélopée.
« Magnifiques sont les yeux de l’enfant sainte qui voit dans les ténèbres et brûle d’un feu éclatant dans la nuit glacée ! »
Luet la laissa lui toucher le visage, mais lorsque ses mains froides commencèrent à tirer sur ses vêtements, elle les recouvrit des siennes. « Non, s’il vous plaît, dit-elle, je ne suis pas sainte, et Surâme ne me protège pas du froid.
— Ni des yeux indiscrets, enchaîna la sainte femme. Surâme voit loin en toi, et tu es sainte. Oh oui, tu es sainte ! »
Des yeux indiscrets ? Les yeux de qui ? De Surâme ? Des hommes qui évaluent les femmes comme si c’étaient des chevaux ? Les yeux des commères de la cité ? Ou ceux de la sainte femme ? Et quant à la sainteté, Luet savait à quoi s’en tenir. Surâme l’avait choisie, c’est vrai, mais pas à cause d’une vertu particulière. C’était plutôt une punition d’être toujours entourée de gens qui voyaient en elle un oracle et non une jeune fille. Hushidh, sa propre sœur, lui avait dit un jour : « J’aimerais avoir ton don ; tout est si clair pour toi ! » Luet avait eu envie de lui répondre : « Mais non, rien n’est clair, en réalité ! Surâme ne me fait pas de confidences ; elle se sert simplement de moi pour transmettre des messages que je ne comprends pas moi-même ! » Tout comme elle ne comprenait pas ce que cette sainte femme lui voulait ; en tout cas, si Surâme l’avait envoyée, c’était elle, Luet, la destinataire.