Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #28
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-292-9
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]». Краткое содержание книги:
Imaginez maintenant des rats intelligents qui soient de mèche avec le joueur de flûte… et pilotés par le roi de l’arnaque soi-même, le fabuleux Maurice, le chat de tous les chats. Ça, c’est une combine qui peut rapporter gros.
Jusqu’au jour où la fine équipe s’attaque au bourg de Bad Igoince où l’attendent le mystère, la terreur et le Mal.
Encore deux allumettes, dit Araignée. Ensuite, d’une façon ou d’une autre, petit rat, tu m’appartiendras.
« Je veux voir à qui je parle », déclara Pistou d’un ton ferme.
Tu es aveugle, petit rat blanc. Par tes yeux roses, je ne vois que du brouillard.
« Ils voient davantage que vous ne pensez, dit Pistou. Et si vous êtes, comme vous le prétendez, le Grand Rat… montrez-vous donc. Sentir, c’est croire. »
On entendit des tâtonnements et Araignée sortit de l’obscurité.
Maurice eut l’impression de voir un paquet de rats qui trottinaient sur les caisses, mais en bloc, comme si une seule volonté animait la totalité des pattes. Alors qu’ils entraient dans la lumière, il vit par-dessus le haut d’un sac que les queues étaient entortillées ensemble en un gros nœud affreux. Et chacun des rats était aveugle. Tandis que la voix d’Araignée lui tonnait dans la tête, les huit rats se cabrèrent et tirèrent sur le nœud.
Dis-moi donc la vérité, rat blanc. Est-ce que tu me vois ? Approche-toi ! Oui, tu me vois dans ton brouillard. Tu me vois. Les hommes m’ont créé pour s’amuser ! Attachez les queues des rats ensemble et regardez-les se débattre ! Mais je ne me suis pas débattu. Ensemble nous sommes forts ! Un seul esprit a la force d’un esprit, deux esprits celle de deux esprits, mais trois en valent quatre, quatre en valent huit et huit… n’en font qu’un, un esprit plus puissant que huit. Mon heure est proche. Les hommes imbéciles organisent des combats de rats et permettent aux plus forts de survivre, puis les plus forts se battent et les plus forts des plus forts survivent… Bientôt les cages vont s’ouvrir, et les hommes apprendront le sens du mot « peste ». Tu vois le crétin de chat ? Il veut bondir, mais je le retiens très facilement. Aucun esprit ne me résiste. Mais toi… tu es intéressant. Tu as un esprit comme le mien, qui pense pour beaucoup de rats, non pour un seul. Nous voulons les mêmes choses. Nous avons des projets. Nous voulons le triomphe des rats. Rejoins-nous. Ensemble nous serons… forts.
Suivit une longue pause. Trop longue, se dit Maurice. Puis :
« Oui, ton offre est… alléchante », dit Pistou.
Pêches en eut le souffle coupé, mais Pistou poursuivit d’une petite voix : « Le monde est grand et dangereux, c’est sûr. Nous, nous sommes faibles, et je suis fatigué. Ensemble nous pouvons être forts. »
Exactement !
« Mais que deviennent ceux qui ne sont pas forts, s’il te plaît ? »
Les faibles se mangent. Il en a toujours été ainsi !
« Ah, dit Pistou. Il en a toujours été ainsi. Tout devient plus clair.
— Ne l’écoute pas ! souffla Pêches. Il influence ton esprit !
— Non, ma tête fonctionne parfaitement, merci, répliqua Pistou de la même voix calme. Oui, la proposition est séduisante. Et on dirigerait le monde des rats ensemble, c’est ça ? »
En… coopération.
Et Maurice, en coulisses, se dit : Ouais, c’est ça. Toi, tu coopères et, eux, ils dirigent. Tu ne vas quand même pas te laisser prendre à ça !
Mais Pistou répondit : « Coopération. Oui. Et ensemble on pourrait livrer aux humains une guerre inimaginable. Tentant. Très tentant. Évidemment, des millions de rats mourraient…»
Ils meurent de toute façon.
« Mmm, oui. Oui. Oui, c’est vrai. Et cette rate, là, reprit Pistou en agitant soudain une patte en direction d’un des gros rats qu’hypnotisait la flamme, peux-tu me dire ce qu’elle en pense ? »
Araignée parut soudain décontenancé. Ce qu’en pense cette bête ? Pourquoi en penserait-elle quelque chose ? Ce n’est qu’un rat !
« Ah, fit Pistou. C’est très clair à présent. Mais ça ne marcherait pas. »
Ça ne marcherait pas ?
Pistou redressa la tête.
« Parce que, vois-tu, tu penses à la place de beaucoup de rats, c’est tout, dit-il. Mais tu ne penses pas à eux. Et tu n’es pas, quoi que tu en dises, le Grand Rat. Chacune de tes paroles est un mensonge. S’il y avait un Grand Rat, et j’espère qu’il y en a un, il ne parlerait pas de guerre ni de mort. Il serait formé de ce qu’on a de mieux en nous, pas de ce qu’on a de pire. Non, je ne vais pas te rejoindre, menteur des ténèbres. Je préfère notre manière. On est parfois bêtes et faibles. Mais ensemble on est forts. Tu as des projets pour les rats ? Eh bien, moi, j’ai des rêves pour eux. »
Araignée se cabra en frissonnant. La voix se déchaîna dans la tête de Maurice.
Oh, alors tu te prends pour un bon rat ? Mais le bon rat, c’est celui qui vole le plus ! Tu crois qu’un bon rat c’est un rat en gilet, un petit humain poilu !
Oh oui, je suis au courant pour le livre stupide, ridicule ! Traître ! Tu trahis les rats ! Vas-tu sentir ma… douleur ?
Maurice la sentit, comme une rafale d’air brûlant qui lui laissait la tête pleine de vapeur. Il reconnut la sensation.
C’était ce qu’il éprouvait avant son Changement. Ce qu’il éprouvait avant d’être Maurice. Quand il n’était qu’un chat. Un chat intelligent, mais rien de plus qu’un chat.
Tu me défies ? cria Araignée à la silhouette voûtée de Pistou. Moi qui suis tout ce que doit être un vrai rat ! Je suis la saleté et les ténèbres ! Je suis les bruits sous le plancher, les frémissements dans les murs ! Je suis ce qui sape et ravage ! Je suis la somme de tout ce que tu rejettes ! Je suis ton double ! Vas-tu m’obéir ?
« Jamais ! répondit Pistou. Tu n’es que ténèbres. »
Sens ma douleur !
Maurice était davantage qu’un chat, il le savait. Il savait que le monde était vaste, compliqué, qu’il ne se réduisait pas à se demander si le prochain repas se composerait d’insectes ou de cuisses de poulet. Le monde était immense, difficile, il recelait des merveilles et…
… la flamme ardente de la voix horrible portait à ébullition son cerveau qui s’évaporait. Ses souvenirs se déroulaient et s’enfonçaient en tourbillonnant dans les ténèbres. Toutes les autres petites voix, non pas la voix horrible mais celles de Maurice, celles qui le titillaient, se chamaillaient entre elles et lui disaient qu’il agissait mal ou pouvait faire mieux, toutes ces voix s’affaiblissaient de plus en plus…
Et Pistou, toujours immobile, petit et tremblotant, la tête levée, fixait l’obscurité.
« Oui, répondit le rat blanc. Je sens la douleur. »
Tu n’es qu’un rat. Un petit rat. Et je suis l’âme personnifiée des rats. Reconnais-le, petit rat aveugle, petit rat de compagnie.
Pistou vacilla, et Maurice l’entendit dire : « Non, je refuse. Et je ne suis pas aveugle au point de ne pas voir les ténèbres. »
Maurice renifla et comprit que Pistou pissait tout seul de terreur. Mais le petit rongeur ne bougea pas pour autant.
Oh si, souffla la voix d’Araignée. Tu peux commander aux ténèbres, n’est-ce pas ? C’est ce que tu as dit à un petit rat. Que tu peux apprendre à commander aux ténèbres.
« Je suis un rat, murmura Pistou. Mais je ne suis pas de la vermine. »
De la vermine ?
« Autrefois on n’était que des bêtes couinantes parmi d’autres dans la forêt. Puis les hommes ont bâti des granges et des garde-manger remplis de provisions. Évidemment, on prenait ce qu’on pouvait. Alors on nous a traités de vermine, on nous a piégés, couverts de poison, et, pour une quelconque raison, tu es né de cette médiocrité. Mais tu n’es pas une réponse. Tu n’es qu’une autre création néfaste des hommes. Tu n’offres rien aux rats sinon davantage de douleur. Tu as un pouvoir qui te permet d’entrer dans la tête des gens quand ils sont fatigués, indisposés ou bêtes. Et tu es maintenant dans la mienne. »