Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #28
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-292-9
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]». Краткое содержание книги:
Imaginez maintenant des rats intelligents qui soient de mèche avec le joueur de flûte… et pilotés par le roi de l’arnaque soi-même, le fabuleux Maurice, le chat de tous les chats. Ça, c’est une combine qui peut rapporter gros.
Jusqu’au jour où la fine équipe s’attaque au bourg de Bad Igoince où l’attendent le mystère, la terreur et le Mal.
C’était l’aube. Le sergent Dickdarm, qui représentait la moitié du guet municipal officiel (et la moitié la plus forte), se réveilla avec un grognement dans le tout petit bureau près des portes principales.
Il s’habilla, les jambes un peu flageolantes, puis se débarbouilla au-dessus de l’évier en pierre en s’examinant dans le bout de miroir accroché au mur.
Il s’interrompit. Il entendait un couinement faible mais désespéré. Puis la petite grille du trou d’écoulement fut repoussée de côté et un rat jaillit. Un gros rat gris qui lui courut sur le bras avant de sauter par terre.
La figure dégoulinante d’eau, le sergent Dickdarm, les yeux larmoyants, fixa avec étonnement trois rats plus petits qui fusèrent du tuyau et se lancèrent aux trousses du premier. Le gros rat se retourna pour se battre au milieu du bureau, mais les trois petits le percutèrent en même temps de trois côtés à la fois. Ça ne ressemblait pas à un combat. Ça ressemblait, se dit le sergent, davantage à une mise à mort…
Il y avait un ancien trou à rat dans le mur. Deux petits rats saisirent la queue du cadavre qu’ils remorquèrent dans le trou où ils disparurent. Mais le troisième s’arrêta au bord, se retourna et se dressa sur ses pattes postérieures.
Le sergent eut l’impression que le rongeur le regardait. Il n’avait pas l’air d’un animal qui observe un humain pour voir s’il est dangereux. Il n’avait pas l’air apeuré, seulement curieux. Il portait comme une tache rouge au front.
Le rat salua le sergent. C’était bel et bien un salut, même s’il ne dura qu’une seconde. Puis il n’y eut plus de rat.
Le sergent fixa un moment le trou alors que l’eau continuait de lui goutter du menton.
Et il entendit le chant. Il montait du trou d’évacuation de l’évier avec beaucoup d’écho, comme s’il arrivait de très, très loin. Une voix chantait et d’autres lui répondaient en chœur :
« On mord les chiens, on course les chats…
… y a pas d’piège qu’arrête les rats !
On n’a pas d’puces, on n’a pas d’rage…
… on boit l’poison, on prend l’fromage !
Emmerdez-nous et vous verrez…
… on met l’poison dans vot’café !
On est bien là et on s’y plaît…
… et on n’en partira jamais ! »
Le chant s’estompa. Le sergent Dickdarm battit des paupières et regarda la bouteille de bière qu’il avait bue la veille au soir. On se sentait seul pendant les services de nuit. Bad Igoince n’avait pas à craindre d’invasion, après tout. Il n’y avait rien à voler.
Mais ce serait sans doute une bonne idée de ne parler de cet incident à personne. Ça ne s’était sans doute pas produit. C’était sans doute une mauvaise bouteille de bière…
La porte du poste s’ouvrit, et le caporal Kautabak entra.
« Bonjour, sergent, lança-t-il. C’est le… Qu’est-ce que t’as ?
— Rien, caporal ! répliqua aussitôt Dickdarm en s’essuyant la figure. J’ai absolument rien vu de bizarre. Pourquoi tu restes planté là ? C’est l’heure d’ouvrir les portes, caporal ! »
Les deux agents sortirent, ouvrirent les portes du village, et le soleil entra à flots.
Il apportait avec lui une ombre interminable.
Oh là là, se dit le sergent Dickdarm. La journée s’annonce vraiment mal…
L’homme à cheval passa devant eux sans un regard et s’engagea sur la place du village. Les gardes se précipitèrent à sa suite. Nul n’est censé ignorer des gens en armes.
« Halte, quelles affaires vous amènent ici ? » demanda le caporal Kautabak qui devait courir en crabe pour se tenir à hauteur du cheval. Le cavalier était vêtu en noir et blanc comme une pie.
Il ne répondit pas mais sourit légèrement tout seul.
« D’accord, peut-être qu’aucune affaire vous amène ici, mais ça vous coûte rien de dire qui vous êtes, hein ? » poursuivit le caporal Kautabak qui ne tenait pas à s’attirer des ennuis. Le cavalier baissa les yeux sur le représentant de l’ordre puis regarda de nouveau fixement devant lui.
Le sergent Dickdarm aperçut un petit chariot couvert qui passait les portes, tiré par un âne accompagné d’un vieil homme. Il était sergent, se dit-il, ce qui signifiait qu’il touchait une meilleure solde que le caporal, ce qui signifiait que ses pensées avaient plus de valeur. Entre autres la suivante : ils n’étaient pas obligés de contrôler tous ceux qui passaient les portes, hein ? Surtout s’ils étaient occupés. Ils devaient choisir des gens au hasard. Et tant qu’à choisir des gens au hasard, ce serait une bonne idée de choisir au hasard un petit vieux à l’air assez petit et assez vieux pour avoir peur d’un uniforme un peu crasseux et d’une cotte de mailles rouillée.
« Halte !
— Hé-là, hé-là ! Ça ne va pas ? dit le vieux. Attention à l’âne, il peut mordre méchamment quand on l’énerve. Je m’en fiche, notez bien.
— Est-ce que vous traiteriez la loi par-dessous la jambe ? demanda le sergent Dickdarm.
— Ben, je la lève moins bien qu’avant, m’sieur. Si vous avez à redire, adressez-vous à mon patron. C’est lui sur le cheval. Le grand cheval. »
L’étranger en noir et blanc avait mis pied à terre près de la fontaine au centre de la place et il ouvrait ses sacoches de selle.
« Je vais aller lui causer, c’est ça », dit le sergent.
Le temps qu’il rejoigne l’étranger en marchant aussi lentement qu’il pouvait se le permettre, l’homme avait calé un petit miroir contre la fontaine et se rasait. Le caporal Kautabak le regardait. L’inconnu lui avait donné son cheval à tenir.
« Pourquoi tu l’as pas arrêté ? souffla le sergent au caporal.
— Quoi ? Pour rasage illégal ? Tiens, sergent, t’as qu’à le faire, toi. »
Le sergent Dickdarm s’éclaircit la gorge. Quelques lève-tôt du village l’observaient déjà. « Euh… dites, écoutez, l’ami, je suis sûr que vous voulez pas…» commença-t-il.
L’homme se redressa et posa sur les gardes un regard qui les fit reculer d’un pas. Il tendit le bras et dénoua la lanière qui retenait un épais rouleau de cuir derrière la selle.
Le paquet se déroula. Le caporal Kautabak siffla. Sur toute la longueur du cuir, maintenues par des sangles, s’alignaient des dizaines de flûtes. Elles étincelaient au soleil levant.
« Oh, vous êtes le joueur…» dit le sergent, mais l’homme revint à son miroir et demanda, comme s’il s’adressait à son reflet :
« Où est-ce qu’on peut avoir un petit-déjeuner par ici ?
— Oh, si c’est un petit-déjeuner que vous voulez, madame Lapousse, au Chou bleu, va vous…
— Des saucisses, dit le joueur de flûte sans cesser de se raser. Grillées d’un côté. Trois. Ici. Dix minutes. Où est le maire ?
— Si vous prenez cette rue puis la première à gauche…
— Allez le chercher.
— Dites, vous pouvez pas…» commença le sergent, mais le caporal Kautabak lui saisit le bras et le tira à l’écart.
« C’est le joueur de flûte ! souffla-t-il. On cherche pas des noises au joueur de flûte ! T’as pas entendu parler de lui ? S’il joue la bonne note sur ses flûtes, t’as les jambes qui tombent !
— Quoi ? Comme avec la peste ?
— Il paraît qu’à Porcsalenz le conseil l’a pas payé, qu’il a joué de sa flûte spéciale, qu’il a entraîné tous les gamins dans les montagnes et qu’on les a jamais revus !
— Parfait. Tu crois qu’il va le faire chez nous ? On serait beaucoup plus tranquilles.