Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #28
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-292-9
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]». Краткое содержание книги:
Imaginez maintenant des rats intelligents qui soient de mèche avec le joueur de flûte… et pilotés par le roi de l’arnaque soi-même, le fabuleux Maurice, le chat de tous les chats. Ça, c’est une combine qui peut rapporter gros.
Jusqu’au jour où la fine équipe s’attaque au bourg de Bad Igoince où l’attendent le mystère, la terreur et le Mal.
— Très intéressant. Et alors ?
— Alors quelle sorte de chef-d’œuvre doit-on réaliser pour devenir un maître chasseur de rats ? Pour montrer qu’on a vraiment une emprise sur les rats ? Tu te souviens de l’enseigne au-dessus de la porte ? »
Malicia se renfrogna à la façon de qui se voit objecter un fait embarrassant. « N’importe qui peut attacher ensemble des queues de rats s’il en a envie, répliqua-t-elle. Je suis sûre que je pourrais, moi.
— Avec des rats vivants ? Tu dois d’abord les prendre au piège, ensuite tu te débats avec des espèces de bouts de ficelle glissants qui gigotent sans arrêt pendant que l’autre extrémité des bestioles continue de te mordre ! Huit rats ? Vingt ? Trente-deux ? Trente-deux rats enragés ? »
Malicia regarda autour d’elle la cabane en désordre. « Ça marche, dit-elle. Oui. Ça fait une histoire presque aussi valable. Il y a sans doute eu un ou deux vrais rois des rats… d’accord, d’accord, peut-être juste un… des gens en ont entendu parler et se sont dit, comme on s’y intéressait tellement, qu’ils allaient essayer d’en créer un. Oui. C’est comme les cercles dans les cultures. Peu importe le nombre d’extradisquemondiaux qui avouent en être les auteurs, il y a toujours quelques réactionnaires pour croire que des humains sortent au milieu de la nuit avec des rouleaux de jardin…
— Je crois que certains aiment la cruauté, dit Keith. Comment un roi des rats se débrouille-t-il pour chasser ? Ils doivent tous tirer à hue et à dia.
— Ah, ben, certaines histoires de rois des rats racontent qu’ils peuvent diriger les autres rats. Avec leur esprit, quoi. Ils les obligent à leur apporter à manger, à se déplacer où ils veulent et ainsi de suite. Tu as raison, les rois des rats ne peuvent pas se déplacer facilement. Alors, ils… apprennent à voir par les yeux des autres rats et à entendre ce qu’ils entendent.
— Ils font ça seulement aux autres rats ? demanda Keith.
— Ben, une ou deux histoires prétendent qu’ils peuvent le faire aux gens, répondit Malicia.
— Comment ça ? C’est déjà arrivé dans la réalité ?
— Impossible, hein ? »
Oui.
« Oui, quoi ? fit Malicia.
— Je n’ai rien dit. C’est toi qui viens de dire « oui » », répliqua Keith.
Ridicules petits esprits. Tôt ou tard on trouve toujours moyen d’y entrer. Le chat résiste beaucoup mieux ! Vous allez m’obéir. Laissez partir les rats.
« Je crois qu’on devrait laisser partir les rats, dit Malicia. C’est trop cruel de les entasser dans des cages comme ça.
— C’est exactement ce que je pensais », fit Keith.
Et oubliez-moi. Je ne suis qu’une légende.
« Personnellement, je crois que les rois des rats ne sont qu’une légende, dit Malicia qui s’approcha de la trappe et l’ouvrit. Le chasseur n’était qu’un petit imbécile. Il bredouillait n’importe quoi.
— Je me demande s’il faut vraiment qu’on laisse partir les rats, fit Keith d’un air songeur. Ils avaient l’air drôlement affamés.
— Ils ne peuvent pas être pires que les chasseurs, tout de même ? De toute manière, le joueur de flûte sera bientôt là. Il va tous les entraîner dans la rivière, un truc comme ça…
— Dans la rivière… marmonna Keith.
— C’est ce qu’il fait, oui. Tout le monde sait ça.
— Mais les rats savent…» commença Keith.
Obéis-moi ! Ne pense pas ! Suis l’histoire !
« Les rats savent quoi ?
— Les rats savent… Les rats savent… bégaya Keith. Je ne me souviens pas. Un truc sur les rats et les rivières. Sûrement sans importance. »
Des ténèbres épaisses, absolues. Et, quelque part dans ces ténèbres, une petite voix.
« J’ai laissé tomber Monsieur Lapinou, dit Pêches.
— Tant mieux, répliqua Pistou. Ce n’était qu’un mensonge. Les mensonges nous affaiblissent.
— D’après toi, c’était important !
— C’était un mensonge ! »
… des ténèbres infinies, dégoulinantes…
« Et… j’ai aussi perdu les Règles…
— Et alors ? » La voix de Pistou était amère. « Tout le monde s’en fichait.
— Ce n’est pas vrai ! Tout le monde essayait de les suivre. La plupart du temps. Et ils s’en voulaient quand ils ne les suivaient pas !
— Ça aussi, ce n’était que des histoires. Des histoires idiotes de rats qui se prennent pour autre chose que des rats.
— Pourquoi tu parles comme ça ? Ça ne te ressemble pas !
— Tu les as vus courir. Ils cavalaient, ils couinaient et ne savaient plus parler. Au fond de nous, on n’est que… des rats. »
… des ténèbres immondes, puantes…
« Oui, c’est vrai, reconnut Pêches. Mais qu’est-ce qu’on est en surface ? C’est ce que tu disais toujours. Allez… s’il te plaît ? On fait demi-tour. Tu n’es pas bien.
— Tout était si évident… marmonna Pistou.
— Allonge-toi. Tu es fatigué. Il me reste quelques allumettes. Tu sais que tu te sens toujours mieux quand tu vois une lumière…»
Profondément inquiète, se sentant perdue et loin de chez elle, Pêches trouva un mur assez rugueux et sortit une allumette de son sac rudimentaire. Le bouton rouge s’embrasa et crépita. Elle leva l’allumette aussi haut qu’elle put.
Il y avait des yeux partout.
Quel est le pire ? se demanda-t-elle, pétrifiée de peur. De voir les yeux ? Ou de savoir qu’ils seront toujours là quand la lumière va s’éteindre ? « Et je n’ai plus que deux allumettes…» marmonna-t-elle tout bas.
Les yeux s’enfoncèrent sans bruit dans l’obscurité. Comment des rats peuvent-ils rester aussi immobiles et silencieux ? songea-t-elle.
« Quelque chose ne cadre pas, dit Pistou.
— Oui.
— Il y a ici… je ne sais quoi. Je l’ai senti sur le quiqui qu’ils ont trouvé dans le piège. C’est une espèce de terreur. Je la sens sur toi.
— Oui.
— Est-ce que tu vois ce qu’on doit faire ? demanda Pistou.
— Oui. » Les yeux devant Pêches n’étaient plus là, mais elle les distinguait toujours de chaque côté.
« Qu’est-ce qu’on peut faire ? » demanda Pistou.
Pêches déglutit. « On pourrait souhaiter avoir davantage d’allumettes », répondit-elle.
Et, dans l’obscurité sous leur crâne, une voix dit : Comme ça, dans votre désespoir, vous venez enfin à moi…
La lumière a une odeur.
Dans les caves humides et froides, la puanteur âcre du soufre de l’allumette planait comme un oiseau jaune, montait avec les courants ascendants, plongeait par des fissures. C’était une odeur propre et piquante, et elle tranchait comme un couteau dans les relents douceâtres souterrains.
Elle emplit les narines de Sardines qui tourna la tête. « Allumette, patron ! lança-t-il.
— On va par là ! ordonna Noir-mat.
— Faut passer par la salle des cages, patron, prévint Sardines.
— Et alors ?
— Vous vous souvenez de ce qui est arrivé la dernière fois, patron ? »
Noir-mat se tourna vers sa brigade. Il aurait pu rêver mieux. Des rats continuaient de sortir de leurs cachettes pour le suivre en traînant la patte, et certains – des rats de valeur, raisonnables – s’étaient précipités dans des pièges et sur du poison sous le coup de la panique. Mais il avait récupéré les meilleurs possibles. Parmi eux, quelques-uns des plus âgés et expérimentés, comme Saumure et Sardines. Mais la plupart étaient jeunes. Ce n’était peut-être pas une mauvaise chose, se dit-il. C’étaient les vieux rats qui avaient paniqué le plus. Ils étaient moins habitués à réfléchir.