La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— L’Égypte devait être là, au milieu de ce continent, dit-il en montrant le cercle de gauche. Et la Grèce quelque part par là, un peu plus haut. Et là, de l’autre côté, devaient se trouver les États-Unis d’Amérique. Ce petit morceau de métal est une pièce de monnaie qui était utilisée aux États-Unis d’Amérique.
— Pour quoi faire ?
— De l’argent, dit Lawler. Les pièces de monnaie étaient de l’argent.
— Et cet objet rouillé ?
— Une arme. On appelait cela un pistolet. Il tirait des sortes de petites flèches nommées des balles.
— Vous n’avez que ces objets de la Terre, dit-elle en réprimant un frisson, et il faut que l’un d’eux soit une arme. Mais ils étaient comme cela, nos ancêtres, n’est-ce pas ? Ils passaient leur temps à se faire la guerre. À se massacrer, à se faire du mal.
— Certains d’entre eux étaient comme cela, surtout dans les temps les plus anciens. Mais, par la suite, cela a changé, je crois. Celui-ci, poursuivit-il en montrant le morceau de pierre, le dernier de ses trésors, vient d’un mur. Un mur élevé entre deux pays, parce qu’ils étaient en guerre. Comme si on construisait ici un mur entre deux îles, si vous pouvez imaginer cela. Quand la paix est enfin revenue, ils ont abattu le mur. Tout le monde a fêté l’événement et des pierres ont été conservées afin que personne n’oublie que ce mur avait existé. C’étaient des êtres humains, c’est tout, ajouta Lawler en haussant les épaules. Certains étaient bons, d’autres non. Je ne pense pas qu’ils aient été très différents de nous.
— Mais leur planète était différente de la nôtre.
— Très différente. C’était un monde étrange et merveilleux.
— Il y a une lumière très particulière qui brille dans vos yeux quand vous parlez de la Terre. Je l’avais déjà remarqué l’autre soir, devant la baie, quand nous parlions d’exil. Une expression de nostalgie, je suppose. Vous m’avez dit que les avis sont partagés, que certains pensent que la Terre était un paradis et d’autres que c’était une planète horrible d’où tout le monde voulait fuir. Vous devez être de ceux qui pensent que c’était un paradis.
— Non, je vous l’ai déjà dit, j’ignore ce qu’elle était vraiment. Je présume que, dans les derniers temps, la Terre était surpeuplée, que la pauvreté et la saleté y régnaient, sinon l’émigration n’aurait pas été si forte. Mais je n’en sais rien et je suppose que nous ne connaîtrons jamais la vérité. Tout ce que je sais, poursuivit-il après un silence, les yeux fixés sur Sundira, c’est que la Terre était notre patrie et qu’il ne faut jamais l’oublier. Notre seule et véritable patrie. Et nous avons beau essayer de nous convaincre que notre patrie est ici, nous ne sommes en réalité que des visiteurs sur Hydros.
— Des visiteurs ?
Elle se tenait tout près de lui. Ses yeux gris étaient brillants et ses lèvres humides. Lawler avait l’impression que sa poitrine se soulevait et s’abaissait plus rapidement sous la tunique légère. Était-ce son imagination ? Était-elle en train de s’offrir à lui ?
— Est-ce que vous vous sentez chez vous sur Hydros ? poursuivit-il. Vraiment chez vous ?
— Bien sûr. Pas vous ?
— J’aimerais, mais je ne peux pas.
— Mais c’est ici que vous êtes venu au monde !
— Et alors ?
— Je ne compr…
— Suis-je un Gillie ? Suis-je un plongeur ? Ou un poisson-chair ? Eux se sentent chez eux ici. Ils sont chez eux.
— Vous aussi.
— Vous ne comprenez toujours pas, dit-il.
— J’essaie. Je voudrais comprendre.
C’est le moment de la prendre dans mes bras, songea Lawler. De l’attirer vers moi, de la caresser, de faire ceci et cela avec les mains, les lèvres, de provoquer quelque chose. Elle veut te comprendre, donne-lui une chance.
Puis il entendit les paroles de Delagard résonner dans sa tête : De plus, elle est la compagne de Kinverson. Puisqu’elle sait se rendre utile et qu’ils forment un couple, je ne vois pas de raison de les séparer.
— Oui, reprit-il d’un ton plus sec, tout cela fait beaucoup de questions et bien peu de réponses. Mais n’en est-il pas toujours ainsi ?
Il avait soudain envie d’être seul. Il tapota la gourde d’extrait d’herbe tranquille.
— Avec cela, vous avez de quoi tenir deux semaines, jusqu’au jour du départ. Si votre toux ne va pas mieux, faites-le-moi savoir.
Elle parut légèrement surprise d’être congédiée avec une telle brusquerie. Mais elle le remercia en souriant et sortit rapidement. Merde ! se dit-il. Merde ! Merde !
— Les navires sont prêts à prendre la mer, annonça Delagard, et il nous reste encore une semaine. Tout le monde s’est vraiment cassé les couilles pour qu’ils soient prêts à temps.
Lawler tourna la tête vers le port où toute la flottille de Delagard était à l’ancre, à l’exception d’un seul navire mis en cale sèche pour réparer la coque et sur lequel deux charpentiers travaillaient. Sur les deux bâtiments les plus proches trois hommes et quatre femmes maniaient le marteau et le rabot.
— Je suppose qu’il faut prendre cela comme une métaphore, dit Lawler.
— Comment ? Ah ! Très drôle, docteur ! Vous savez, tous ceux qui travaillent pour moi ont des couilles, même les femmes. Ce n’est qu’une façon de parler, ou une de mes expressions vulgaires, comme vous préférez. Voulez-vous voir ce que nous avons fait ?
— Je ne suis jamais monté à bord d’un navire, vous savez. Seulement des petits bateaux de pêche, des canots, de petites embarcations de ce genre.
— Il faut bien commencer un jour. Venez, je vais vous montrer notre navire.
Une fois à bord, Lawler trouva que cela faisait plus petit que l’impression qu’il avait en regardant les navires de Delagard mouillant dans la baie. Mais c’était quand même assez grand. On eût dit une sorte d’île en miniature et, bien qu’il y eût très peu de fond, Lawler sentait le navire rouler légèrement sous ses pieds. La quille était faite des mêmes thalles durs et jaunes d’algue-bois que l’île elle-même, de longues fibres résistantes solidement liées et calfatées. L’extérieur de la coque avait une autre sorte de revêtement. Tout comme les parois des digues de l’île étaient recouvertes d’une couche de doigts de mer entrelacés qui réparaient en permanence les blessures infligées par les assauts de l’océan, tout comme les troncs formant le fond de la baie étaient renforcés par une couche protectrice d’algues, la coque était festonnée d’un dense et vert lacis de doigts de mer qui montaient presque jusqu’à la hauteur du bastingage. Les petits filaments tubulaires bleu-vert qui, pour Lawler, avaient toujours plus ressemblé à de minuscules bouteilles qu’à des doigts, formaient une épaisse couche hérissant la coque et s’avançant en saillie juste au-dessous de la ligne de flottaison. Le pont était une surface plane de bois plus léger, parfaitement étanche pour éviter toute fuite à l’intérieur quand la mer embarquait et sur laquelle se dressaient deux mâts. À l’avant comme à l’arrière, des écoutilles donnaient accès aux entrailles mystérieuses du navire.