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La vieille qui marchait dans la mer

Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:

Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond : « Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? »
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
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— Si c’est un acte de malveillance…

— Quelle malveillance ? Ils ne sortaient pas et n’ont jamais causé le moindre dommage à autrui. Ces deux idiots auront dévoré quelque taupe empoisonnée. Foutez-moi la paix avec ces chiens crevés, l’ami ! Nous nous en procurerons d’autres. Asseyez-vous, je vais vous projeter un document qui risque de ranimer vos ardeurs agonisantes.

Elle manœuvra son appareil vidéo avec beaucoup d’autorité. Une image parut sur l’écran, qui représentait la chambre (ou du moins l’ex-chambre) de Lambert.

Elle était prise depuis le coin fenêtre. La pièce était vide et le resta pendant d’interminables minutes.

— Ça manque un peu d’action, ironisa Pompilius.

— Patientez un peu, vous allez en avoir !

— Vous espionnez vos invités, maintenant ? demanda l’ancien diplomate.

— Je ne les espionne pas, je les admire.

Il y eut quelques crachotements et la porte de la chambre s’ouvrit. Quand il reconnut Noémie, Pompilius pinça ses lèvres et il ressentit une intense et froide tristesse jusque dans ses os. Le moment d’abandon qu’il avait vécu avec la jeune fille demeurait fidèlement dans sa mémoire. C’était ces instants-là qui le gardaient encore parmi les hommes virils. Il savait bien que l’aventure avec la jeune voyageuse serait sans lendemain, mais il refusait de la voir céder à Lambert. Ce jeune salaud lui prenait donc tout ? Il s’acharnait à dépouiller Pompilius, à lui voler la tendresse de Lady M., à neutraliser le besoin qu’elle avait encore de lui. Un besoin d’habitude qui remplaçait les nuits d’autrefois. Il avait ridiculisé Pompilius en dérobant le diadème avec une aisance de routier de la cambriole. A présent, il jetait son dévolu sur cette fille jeune et rieuse dont il conservait aux lèvres le goût secret. Ah ! S’il pouvait le tuer en duel, d’un coup d’épée au cœur, comme son grand-père avait tué un nobliau italien qui prétendait lui prendre sa maîtresse ! Mille fois, pendant ses nuits blanches (sa vie était devenue une interminable insomnie) il rêvait de ce coup magistral, en vieux bretteur qui avait jadis remporté bien des assauts d’escrime. Malgré les vermoulances de l’âge, il se fendait, superbe, et sa main sûre guidait la lame dans la poitrine du bellâtre. Pompilius savait lui frayer sa route, entre les côtes et la plonger dans le cœur de Lambert. D’un élan fulgurant et gracieux, le bras gauche arrondi en anse, le genou plié, l’autre jambe allongée prenant appui sur l’extrémité du pied. Pompilius savait à la suite de quelle feinte il devrait placer la botte fatale. Il sentait cette brusque masse morte, pesante à la pointe de l’épée avant qu’il ne retirât celle-ci d’un coup sec pour saluer sa victime.

« Regardez-le, Seigneur ! Regardez la gueule qu’il fait ! Voulez-vous que je Vous dise ? Il en crève. Je le tue, ce mec, avec mon ange de Lambert ! Je suis fumière dans mon genre car, en fait, Pompilius, je lui dois du bon temps. Nous avons passé des épreuves pas tristes, lui et moi ; vécu des péripéties qui rempliraient la carrière d’un cinéaste, réussi des opérations juteuses et surtout fait l'amour à s’en faire saigner ! Alors, pourquoi le torturer comme je le fais, Seigneur ? Réponds-moi, je ne pige plus. On dirait que je me venge d’un mal qu’il n’a jamais commis. Je le fais chier jusqu’à la gauche ! Et ça n’est pas fini ! Pourquoi prends-je un sadique plaisir à le faire souffrir ? Il n’y a pas meilleure femme que moi, je Vous en réponds. Est-ce parce que je lui en veux de ne plus être à la hauteur ? Est-ce son âge que je ne lui pardonne pas, alors que j’ai quelques années de plus que ce con ? Attendez, ne bougez pas, Seigneur. Je crois que je pige. Ce que je ne pardonne pas à Pompilius, c’est mon âge moi. Je le hais de m’avoir laissée devenir vieille. Il aurait dû faire quelque chose, ce nœud. Quand on aime, on peut tout ! Au lieu de tenter l’impossible, il plastronne, l’affreux. Se pavane d’être plus fringant que je ne le suis ! Il marche droit, il n’a pas une gueule de méduse échouée, lui. Ses rides sont belles, à l’aristo. Et, très honnêtement, Seigneur, je sais qu’il lui arrive encore de bander. Oh ! bien sûr, ce n’est plus l’étalon des grands jours. La braguette est devenue timide ; quant à l’éjaculation : fumée ! Mais, retenez bien ce que je Vous dis : cette guenille amidonnée bande dans les grandes occasions. Et si on décidait qu’il crève pour sa peine, Seigneur ? Je crois Vous l’avoir déjà suggéré, mais, je me permets d’insister. Qu’il crève comme sont crevés mes deux cabots. Proprement ! Pas de cancer : ça n’en finit plus. Je verrais volontiers le cœur. La cordiale embolie, la rupture d’anévrisme sans grandiloquence. Poum ! En bas ! Descendez on vous demande ! Vous devriez y songer, Seigneur. Jusqu’à présent, Vous ne m’avez jamais rien refusé ! »

— Il est délicat, non ? remarqua Lady M. en montrant l’écran du bout de sa canne.

— Trop ! assura Pompilius.

— C’est le dépit qui vous ronge !

— Le dépit !

Pompilius leva haut ses belles mains de pianiste avant de les reposer chacune sur un accoudoir de son siège. Une nuée ardente lui rendit la vie pourpre. Alors, mû par sa rage trop longtemps rentrée, il déclara :

— Ma chère amie, vous l’avez pressenti, à mon retour de Paris j’ai, chemin faisant, dégusté la chatte de cette jeunesse (il appuya sur le mot « jeunesse »). Elle s’est prêtée à la manœuvre avec une exquise complaisance. Votre Casanova, c’est monsieur toc-toc, le lapin ! A preuve : il passe déjà à un autre exercice. Soyez gentille, revenez en arrière. Je vous le demande, c’est pour vous expliquer quelque chose.

De mauvaise grâce, elle actionna la boîte de commande à distance.

— A partir de là, vieux saligaud ?

— Si vous voulez bien, ma chéries.

Sur l’écran, on voyait Lambert guider sa compagne à son lit et la placer en travers de celui-ci, les jambes pendantes.

Il s’agenouillait devant elle pour l’embrasser. L’objectif fixe ne révélait qu’un plan général de la chose et la perspective raccourcissait curieusement le corps couché de Noémie.

— Puis-je vous demander ce que Lambert fait de ses mains pendant que sa langue s’active ? interrogea le Roumain.

— Il tient celles de la petite pute, et alors ?

— Âme divine, qui sait tous des frivolités parce qu’elle fut une virtuose des sens, n’y a-t-il pas un meilleur usage à faire de sa dextre et de sa senestre en pareil cas ? Moi, madame la vieille truie fétide, quand j’ai eu le fabuleux privilège de goûter à l’élixir de cette fille, de ma main gauche j’attisais ses seins et, de la droite je provoquais chez elle des plaisirs sodomites au lieu de lui bouffer le cul comme un veau, madame la truie-à-la-gueule-défoncée. Comme un veau qui lèche un bloc de sel. Votre sous-lope mange sans appétit ! Parce qu’il a vu, dans les films pornos de Canal Plus, que cela se pratique. Il bouffe par « on-dit », madame Noenoeil ! Pour faire croire à sa partenaire qu’il est au courant des beaux usages, mais la divine pratique est lettre morte pour lui. Il lèche cette adorable chatte comme s’il s’agissait de timbres-poste, vous vous en rendez trop bien compte, vous pour qui la fellation était un dû et la première des manœuvres amoureuses ; toujours présente dans l’étreinte ; abandonnée un instant pour être reprise avec plus de passion. Comment avez-vous dit, avec votre fierté de grand-maman, en me le montrant, tout à l’heure ? Qu’il était délicat ! Délicat ! Je pouffe ! Délicat ? Dégoûté, vouliez-vous dire ! Délicat, ce léchouilleur imbécile ! Mais, madame, en le voyant perpétrer, le dos à votre infernale caméra, on comprend tout de suite qu’il n’aime pas le cul, ce chérubin, qu’il ne l’aimera jamais. Ce n’est pas des chattes qu’il lui faut bouffer, mais des gâteaux, madame. Des gâteaux !

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