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La vieille qui marchait dans la mer

Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:

Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond : « Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? »
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
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Evelyn Stern était un petit juif roux au visage constellé de tavelures fauves et aux yeux d’albinos. La coupe stricte de ses vêtements était typiquement britannique. Il s’habillait avec recherche et changeait de linge de corps plusieurs fois par jour depuis que son patron de l’Agence Bluebarnett lui avait confié que son odeur corporelle était extrêmement « présente » (c’était le terme pudique dont il avait usé : « présente »).

Un léger strabisme divergent conférait à son regard d’un bleu très sombre une espèce de charme qui, chose curieuse, finissait par incommoder ses interlocuteurs.

Le prince Mouley Driz le pria de s’asseoir, ce que l’autre fit avec une nonchalance affectée.

— Avez-vous du nouveau, monsieur Stern ? questionna vivement l’altesse.

— Je pense que oui, dit gravement le rouquin, et je suis en mesure de vous dresser un premier rapport.

D’un geste péremptoire, le prince lui enjoignit de commencer.

Evelyn Stern manquait un peu de moelleux dans ses manières. Il n’avait pas l’esprit courtisan et le fait que son client fût prince ne provoquait en lui aucune servilité. Il appelait Mouley Driz « monsieur » et soutenait son regard charbonneux avec une totale décontraction.

— Je prends l’ordre chronologique des événements, monsieur. A huit heures du soir, vous sortez le diadème de votre safe et allez le placer sur ce fût de colonne dans le salon d’honneur. Votre chef de la sécurité, en armes, s’assied alors à côté du joyau et se met à monter la garde. Lorsque, à minuit, vous déposez le diadème sur la tête de votre fille, vous constatez au premier coup d’œil qu’il s’agit d’un faux grossier, mais, soucieux de ne pas perturber la fête, vous agissez comme si de rien n’était. Une fois vos invités partis, vous questionnez le garde, lequel vous apprend qu’il s’est produit une panne de lumière pendant qu’il surveillait le bijou ; panne qui l’a incité à aller réclamer l’assistance des domestiques pour la réparer. Renseignements pris auprès de ces derniers, la zone hall-grand-salon aurait simplement disjoncté, et il a suffi d’enclencher le disjoncteur pour rétablir le courant. Première question : qu’est-ce qui a provoqué la panne ? Réponse : un court-circuit. Seconde question : quelle est l’origine du court-circuit ? Réponse : l’introduction d’un corps étranger dans l’une des prises électriques. Troisième question : quelle était la nature dudit corps étranger ? Là, j’ai eu quelque mal à trouver la réponse. C’est en m’efforçant de me mettre dans la peau du cambrioleur que j’ai fini par l’obtenir. Je me suis dit que l’individu en question avait retiré l’objet de la prise nécessairement, sinon il aurait éveillé immédiatement les soupçons. Mais, l’ayant récupéré, il était possible qu’il eût le réflexe de s’en séparer aussitôt.

Evelyn Stern tira un sachet de cellophane de sa poche et le plaça sur le bureau du prince. Le sachet transparent contenait une petite fourchette à gâteau à manche de corne.

— Cette fourchette, reprit l’agent de la Bluebarnett and son, se trouvait dans l’un des immenses cache-pots du hall. Vous pouvez constater que l’on a retroussé la dent centrale et que l’extrémité des deux autres est noircie par le courant ; c’est donc bel et bien cet objet qui a provoqué le court-circuit. Un coup de génie suivi d’un coup d’audace. Il est certain que si le garde était resté en place dans la pénombre, le voleur n’aurait probablement rien tenté.

« J’ai procédé à un relevé d’empreintes sur le manche de cette fourchette : elles sont hélas fort nombreuses, toutefois, leur quantité indique que le voleur ne l’a pas essuyé et que donc, les siennes y figurent également. Je ne dispose ni de l’outillage, ni de la compétence nécessaires pour isoler et agrandir les empreintes retenues par ce manche de corne. Je dois expédier la fourchette à un laboratoire de Londres pour obtenir de bons résultats qui nous permettront de progresser. »

— Allez-y vous-même ! ordonna le prince. Je vais mettre mon jet à votre disposition.

Mais son interlocuteur secoua la tête.

— Ce serait du temps perdu, monsieur. Envoyons plutôt votre secrétaire, je préfère demeurer à pied d’œuvre ; jusqu’à présent, je me suis attaché à la réalisation du vol ; ce chapitre étant clos, je vais m’intéresser aux invités dont je voudrais avoir la liste complète le plus rapidement possible.

Mouley Driz caressa sa barbiche en sabot de casino :

— Je pense que vous faites du bon travail, monsieur Stern, chuchota le prince de sa voix soyeuse ; si nous parvenons à récupérer le diadème, je vous allouerai la prime que vous méritez.

— Nous n’en sommes pas encore là, monsieur, répondit Evelyn Stern.

Elle se tenait accoudée à la barrière, dans la même attitude que la veille. Un vent du sud soufflant des côtes marocaines amenait une poussière ocre qui teintait à vue d’œil les murs éclatants de blancheur. La jupette friponne de Noémie s’en trouvait imprégnée et ses cheveux courts s’ébouriffaient sous l’effet des brusques bourrasques. Bien que le court central se trouvât en contrebas, Lambert avait du sable fin plein les yeux.

— C’est pas marrant de jouer dans ces conditions ! lança-t-il à Miguel, je préfère arrêter !

En fait, il prenait ce prétexte pour rejoindre Noémie.

En gravissant les gradins de béton, il songeait qu’elle était encore bien plus belle que le souvenir qu’il en conservait. Il y avait chez elle une joie d’exister et une sensualité qui donnaient envie de manger son sourire.

— Vous déclarez forfait ? demanda la jeune fille.

— Ce temps est bon pour les planches à voile, mais mauvais pour le tennis. Vous venez ?

— Où m’emmenez-vous ?

— A la villa, histoire de vous montrer mes estampes andalouses !

Il s’exprimait d’un air bravache avec une brusquerie qui surprit Noémie.

— Votre tante est absente ?

— Non, pourquoi ?

Elle ne répondit pas et l’escorta jusqu’au parking du club-house où il avait remisé la grosse Volvo.

— Ce n’est pas une voiture de jeune homme, remarqua-t-elle en y prenant place.

— Vous préféreriez que je frime au volant d’une Ferrari ?

— Non, au contraire, cette bagnole me convient tout à fait.

— C’est la sécurité, ironisa Lambert, sur cette route homicide, il faut faire gaffe à ses os !

Il prit le pont qui enjambait la route à la hauteur de la mosquée. Les vitres de l’auto étaient devenues opaques sous l’effet du vent chargé de sable fin, et il dut brancher les essuie-glaces pour ouvrir un éventail de visibilité dans la couche de poudre ocre.

En moins de trois minutes, ils atteignirent le portail de la Villa Carmen que commandait un système de cellule photoélectrique. Pendant que le vantail de fer forgé coulissait sur son rail, Lambert repensa à l’homme aux fortes mâchoires et se dit qu’il ne l’avait plus revu depuis la fuite de celui-ci dans le terrain vague. Peut-être sa lapidation l’avait-elle effrayé ? L’homme ne semblait pas très sain d’esprit et Lambert gardait l’image saugrenue de sa course de blaireau forcé dans le champ en friche.

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