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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Nous progressons.

— Allons nous asseoir, vous prendrez bien un café avec moi !

Escoffier ne se fit pas prier et ils s’installèrent autour d’un guéridon près de la baie vitrée. Débarrassé de ses lunettes, le regard du bouquiniste lui parut honnête.

— Je me doutais que vous reviendriez, capitaine. Votre coéquipière est bien gentille mais elle n’a pas deux sous de psychologie. J’ai bien vu que je faisais mouche en vous révélant l’origine de votre nom. Ça vous a épaté, hein, cette histoire de justicier. Vous ne pensiez pas que ça vous collait à la peau à ce point. Avouez que ce serait pratique si les gens portaient les noms qui les caractérisent le mieux. Imaginez un tueur qui s’appellerait Landru ou Couteau, ça vous mettrait tout de suite la puce à l’oreille, dit Sentenac en riant.

— J’avoue avoir été impressionné.

— Je ne vous ai pas raconté de bobards, votre nom, Escoffier, désigne vraiment celui qui fait justice par lui-même.

— Vous ne connaîtrez jamais le degré de pertinence de votre remarque, dit le capitaine, sourire triste aux lèvres.

Le bouquiniste comprit qu’il avait mis le doigt, sans le vouloir, sur une note sensible, provoquant une réflexion profonde chez l’homme qui se tenait devant lui et qu’il ne considérait plus en cet instant comme un flic, mais comme un être humain aux prises avec de mystérieuses blessures. Son ton changea, il se fit plus amical.

— Ce qui m’intéresse dans l’onomastique ce sont ses extensions, l’anthroponymie et la toponymie. Les noms de lieux, surtout, me fascinent. Les significations se superposent au fil des siècles et s’emboîtent comme des poupées russes. Tiens, ça ressemble un peu à une enquête policière.

— Comment vous est venue cette passion ?

— À force de voir des mots à longueur de journée, j’ai eu envie d’aller plus loin.

Escoffier écoutait Sentenac lui expliquer toutes les finesses de la science des noms propres. Les amis du libraire n’étaient vraiment pas des gens ordinaires.

— Assez parlé de mes passe-temps, vous vouliez me demander quelque chose ?

— À vrai dire, j’étais passé par hasard. Comment va M. Lavigne ?

— Il va mal, il a le moral dans les chaussettes. Heureusement que Yann s’occupe de tout, ce garçon est impeccable, on peut vraiment compter sur lui. Vous savez, si la librairie tient encore la route, c’est bien grâce à lui, parce que Thibault a perdu pied depuis longtemps. Il ne fait que signer les factures et les chèques, tout repose sur son assistant.

— Yann Morlaix est au Point-Virgule depuis combien de temps ?

— Je ne sais plus exactement, trois ans peut-être. Il est un peu susceptible, sérieux comme un pape. Moi, à son âge, je ne pensais qu’à m’amuser, à faire la fête. Les jeunes sont tristes aujourd’hui, vous ne trouvez pas ? Il a tout de suite pris les choses en main et Thibault s’est senti soulagé.

— Morlaix est marié, je crois ?

— Non, mais c’est tout comme, il vit avec une petite qui a fait l’École du Louvre, instruite mais fragile. Elle avait une gamine sur les bras quand il l’a rencontrée, Yann l’a adoptée, c’est un chic type.

Escoffier ruminait une question en écoutant le bouquiniste :

— Dites-moi, monsieur Sentenac, êtes-vous certain que Nadine Pascoli n’a pas gardé l’enfant qu’elle portait ?

— Certain, oui. Pourquoi cette question ?

Escoffier se leva sans répliquer, il s’attendait à cette réponse.

— Merci pour le café, on m’attend au bureau. Je reviendrai vous voir.

— N’hésitez pas, vous savez où me trouver.

En regardant le policier partir, Sentenac éprouva un sentiment mitigé, entre soulagement et inquiétude.

Sur le chemin de la brigade, le portable d’Escoffier retentit. Titinga Koliga avait tenu parole, il lui proposait de l’emmener assister à une séance de vaudou, quelque part dans la banlieue nord.

— Vous me faites confiance, capitaine ?

— Pourquoi, je ne devrais pas ?

Le Mossi se mit à rire, de ce rire que Damien connaissait bien à présent, un brin moqueur et jovial à la fois.

— Vous êtes libre ce soir, aux environs de 20 heures ?

— Oui.

— Passez me prendre aux Puces, je vous attendrai sur le stand. Entrez par-derrière, en semaine, toutes les entrées sont condamnées.

— J’y serai sans faute.

— J’ai peur de vous faire perdre votre temps, capitaine, le vaudou ne vous apprendra rien au sujet de l’enquête.

— Simple curiosité.

— Je vois. Dans ce cas, je vous conduirai moi-même.

31

En dehors des jours d’ouverture, les ruelles désertées du marché aux puces prenaient un air lugubre et inquiétant. Des antiquaires venaient déposer quelque objet de temps à autre, animant provisoirement le quartier, mais le reste du temps, les objets sommeillaient derrière les rideaux de fer, attendant la fin de la semaine pour ressusciter sous le regard envieux des chalands. Les pas d’Escoffier résonnaient sur le bitume entre les magasins aveugles. De loin, il vit de la lumière à l’intérieur du Gondwana ; la porte était ouverte. Titinga Koliga l’accueillit avec un geste amical, en ouvrant les bras.

— N’ayez pas peur, capitaine, entrez.

— Vous êtes bien seul dans le quartier à cette heure-ci, ne craignez-vous pas une mauvaise rencontre ?

Le Mossi éclata de rire.

— Avec vous je ne risque rien, n’est-ce pas ? Et puis, les masques me protègent. Une livraison à faire, quelques papiers à trier… Nous gardons nos plus belles pièces pour la galerie du quai Malaquais mais comme nous attendons un groupe d’Américains, samedi prochain, je suis venu déposer des exemplaires d’une qualité exceptionnelle à leur intention. Il existe un réel engouement pour l’art ethnique depuis l’ouverture du musée, quai Branly, les affaires ne sont pas mauvaises. Vous êtes prêt ? Nous allons prendre ma voiture.

Titinga Koliga baissa le rideau de fer ; le bruit métallique résonna dans le marché comme une menace. Escoffier imaginait la tête que feraient ses collègues s’ils savaient qu’il faisait des heures supplémentaires en suivant un Mossi les yeux fermés, vers une destination inconnue, et qu’il s’apprêtait à participer à un rituel vaudou.

Le Burkinabé roulait à vive allure dans les rues de Saint-Ouen, en direction du nord-est.

— Où allons-nous ?

— Laissez-vous guider pour une fois, capitaine, vous verrez bien.

La voiture se faufilait à travers des quartiers qu’Escoffier ne connaissait pas, où des masures tombaient en ruine aux côtés de hangars, de chantiers inachevés et autres constructions chaotiques. Il avait l’impression que la vie organisée s’arrêtait au bord du périphérique et qu’au-delà une conception architecturale hasardeuse régnait. Quelques véhicules s’aventuraient sur les axes importants mais la vie était au ralenti dans les rues étroites et tristes. Après un circuit compliqué, des panneaux indiquèrent l’autoroute A1 et l’aéroport Charles-de-Gaulle. Escoffier tourna la tête vers le chauffeur.

— Nous n’irons pas si loin, dit le Burkinabé. Dans un quart d’heure, nous serons arrivés. Je connais le secteur comme ma poche.

Pleinement rassuré, Escoffier se laissait conduire. Pour meubler le silence, il demanda :

— Koliga, ça veut dire quelque chose de particulier dans votre langue ?

— Mon nom a une signification amusante, en effet : il veut dire « la rivière ». Selon la coutume, quand une femme ne peut pas avoir d’enfant, elle va demander de l’aide en allant se confier à la rivière. Si elle enfante par la suite, elle doit offrir un présent, un poulet ou un mouton au cours d’eau et appeler son enfant Koliga, en remerciements. C’est ce qui a dû se produire dans ma famille, il y a fort longtemps. Beaucoup de personnes s’appellent de cette manière au Burkina Faso.

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