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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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La vision du hall éclairé le guida pour les derniers pas. Il poussa et secoua la porte de verre. La clef, bon dieu, la foutue clef. S’appuyant d’un coude à un battant, la sueur gelant sur son visage, il l’agrippa dans une poche et débloqua la serrure, sous l’œil du gardien qui l’observait, stupéfait.

— Sacrament, ça ne va pas, monsieur le commissaire ?

— Pas tellement, articula Adamsberg.

— Vous avez-tu besoin d’aide ?

Adamsberg fit signe que non, relançant la douleur de son crâne. Il n’avait qu’un seul désir, s’étendre, ne plus parler.

— Rien, dit-il faiblement. Il y a eu une bagarre. Une bande.

— Ces maudits chiens. Toujours à se promener en gagne pour chercher la cogne que c’est écœurant.

Adamsberg approuva d’un signe et pénétra dans l’ascenseur. Dès qu’il fut dans son studio, il se précipita à la salle de bains et y expulsa le maximum d’alcool. Bon sang, qu’est-ce qu’on lui avait servi comme saleté ? Les jambes en miettes, les bras tremblants, il se jeta sur son lit, gardant les yeux ouverts pour éviter que la chambre ne chavire.

À son réveil, il avait la tête presque aussi pesante mais il lui semblait que le pire était passé. Il se leva et fit quelques pas. Ses jambes, plus solides, pliaient encore sous lui. Il se laissa retomber sur le lit et sursauta à la vue de ses mains, brunies de sang jusque sous les ongles. Il se traîna à la salle de bains et s’examina. Très moche. Le coup au front avait formé une grosse bosse violacée. Il avait dû pisser le sang, se frotter le visage, l’étaler sur ses joues. Formidable, pensa-t-il en commençant à s’éponger le visage, foutue soirée de dimanche. Il arrêta net le robinet. Lundi, neuf heures, rendez-vous à la GRC.

Le réveil marquait onze heures moins le quart. Bon dieu, il avait dormi presque douze heures. Il prit la précaution de s’asseoir avant d’appeler Laliberté.

— Oh, c’est quoi la joke ? répondit le surintendant d’une voix enjouée. T’as passé tout droit sans voir le cadran ?

— Excuse-moi, Aurèle, je ne suis pas bien.

— Il se passe quoi ? s’inquiéta Laliberté, changeant de ton. T’as l’air ébarroui.

— Je le suis. Ce coup-ci, je me suis vraiment cassé la gueule dans le sentier hier soir. J’ai pissé le sang de partout, j’ai dégueulé et ce matin, je tiens à peine sur mes jambes.

— Attends, man, tu t’es pris une fouille ou t’as bu comme un biberon ? Parce que ça ne s’amanche pas ensemble, tout ça.

— Les deux, Aurèle.

— Conte-moi ça sur le long puis sur le large, tu veux bien ? D’abord, tu t’es paqueté le beigne, correct ?

— Oui. Je n’ai pas l’habitude et ça m’a frappé raide.

— Tu prenais du lousse avec ta gagne de collègues ?

— Non, j’étais tout seul, dans la rue Laval.

— Pourquoi t’as-tu bu ? T’avais les bleus ?

— C’est cela.

— T’aurais le mal du pays ? Ça se passe pas bien ici ?

— Ça se passe parfaitement, Aurèle. J’avais un coup de cafard, c’est tout. Ça ne vaut même pas la peine d’en parler.

— Je veux pas t’embêter, man. Et après ?

— Je suis revenu par le sentier de portage et je me suis pris une branche.

— Criss, où ça que t’as reçu une poque ?

— Dans le front.

— Et t’as fait les étoiles ?

— Je suis tombé comme une masse. Ensuite, je me suis traîné sur le sentier et j’ai regagné le studio. J’émerge seulement maintenant.

— Tu t’es canté tout dételé ?

— Je ne comprends pas, Aurèle, dit Adamsberg d’une voix lasse.

— Tu t’es couché tout habillé ? T’étais-tu à ce point mal ?

— À ce point. Ce matin j’ai la tête en plomb, et pas de jambes. C’est ce que je voulais te dire. Je ne peux pas conduire tout de suite, je ne serai pas à la GRC avant quatorze heures.

— Me prends-tu pour un écœurant ? Tu vas rester chez toi rilaxe et puis te soigner. T’as-tu ce qu’il faut au moins ? Pour le mal de cornes ?

— Rien.

Laliberté écarta le récepteur et appela Ginette. Adamsberg entendait sa voix sonner dans le bureau.

— Ginette, tu vas aller médeciner le commissaire. Il est raqué comme un bœuf, le ventre slaque et un mal de bloc.

« Saint-Preux t’apporte ce qu’il faut, dit le surintendant en reprenant le téléphone. Mouve pas de chez toi, hein ? On se verra demain quand t’auras pris du mieux. »

Adamsberg passa sous la douche pour que Ginette ne le voie pas le visage et les mains couverts de sang séché. Il se brossa le dessous des ongles et, une fois habillé, hormis la bosse qui bleuissait, il était à peu près présentable.

Ginette lui administra divers remèdes, pour la tête, le ventre, les jambes. Elle désinfecta la blessure au front et y appliqua une pommade gluante. Puis, d’un geste expert, elle examina ses pupilles et contrôla ses réflexes. Adamsberg se laissait faire comme un chiffon. Rassurée par son examen, elle lui donna ses recommandations pour la journée. Prise de médicaments toutes les quatre heures. Boire beaucoup, de la flotte bien entendu. Nettoyer le corps et aller à l’eau.

— Aller à l’eau ?

— Uriner, expliqua Ginette.

Adamsberg acquiesça passivement.

Discrète cette fois, elle le laissa avec quelques journaux qu’elle avait apportés pour le distraire, moment donné s’il se sentait capable de lire, et des provisions pour le soir. Des collègues tout ce qu’il y a de prévenant, vraiment, il faudrait le consigner dans le rapport.

Il laissa les journaux sur la table et repartit se coucher tout dételé. Il dormit, rêva, regarda le ventilateur du plafond, se levant toutes les quatre heures pour avaler les médicaments de Ginette, boire, aller à l’eau et s’étendre aussitôt. Il se sentit mieux vers huit heures du soir. Le mal de tête s’écoulait dans son oreiller et ses jambes reprenaient consistance.

Laliberté l’appela à cet instant pour prendre des nouvelles et il se leva presque normalement.

— C’est pas pire ? demanda le surintendant.

— Beaucoup mieux, Aurèle.

— T’as plus les bozzes ? Les vapes ?

— Plus du tout.

— Je suis content alors. Presse-toi pas trop demain, on vous acconduira à l’aéroport. Tu veux-tu qu’on vienne t’aider pour tes bagages ?

— Cela ira. Je suis presque remis.

— Fais une bonne nuitte alors, et reviens-nous raplombé.

Adamsberg s’obligea à avaler une partie du dîner que lui avait laissé Ginette puis décida d’aller jusqu’à sa rivière, la voir une dernière fois au soir. Moins 10° au thermomètre.

Le gardien l’arrêta à la porte.

— Ça va-tu mieux ? demanda-t-il. Vous étiez personnellement dans un drôle d’état hier soir. Saleté de gagne. Vous l’avez-tu pognée au moins ?

— Oui, toute la bande. Désolé de vous avoir réveillé.

— Pas de mal, je dormais pas. À presque deux heures du matin. Présentement, j’ai des insomnies.

— Presque deux heures du matin ? dit Adamsberg en revenant sur ses pas. Si tard ?

— Deux heures moins dix, précisément. Et moi, je dormais pas, c’est écœurant.

Soucieux, Adamsberg enfonça ses poings dans ses poches, descendit vers l’Outaouais et prit aussitôt par la droite. Pas question de s’asseoir par ce froid et pas question de croiser cette furie de Noëlla.

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