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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Hagi Hassan fit entrer Noureddin et la belle Persienne dans une chambre, et dès que la belle Persienne eut ôté le voile qui lui cachait le visage: «Seigneur, dit Hagi Hassan à Noureddin avec admiration, me trompé-je? n’est-ce pas là l’esclave que le feu vizir votre père acheta dix mille pièces d’or?» Noureddin lui assura que c’était elle-même, et Hagi Hassan, en lui faisant espérer qu’il en tirerait une grosse somme, lui promit d’employer tout son art à la faire acheter au plus haut prix qu’il lui serait possible.

Hagi Hassan et Noureddin sortirent de la chambre, et Hagi Hassan y enferma la belle Persienne. Il alla ensuite chercher les marchands; mais ils étaient tous occupés à acheter des esclaves grecques, françaises, africaines, tartares et autres, et il fut obligé d’attendre qu’ils eussent fait leurs achats. Dès qu’ils eurent achevé et qu’à peu près ils se furent tous rassemblés: «Mes bons seigneurs, leur dit-il avec une gaieté qui paraissait sur son visage et dans ses gestes, tout ce qui est rond n’est pas noisette, tout ce qui est long n’est pas figue, tout ce qui est rouge n’est pas chair, et tous les œufs ne sont pas frais. Je veux vous dire que vous avez bien vu et bien acheté des esclaves en votre vie, mais vous n’en avez jamais vu une seule qui puisse entrer en comparaison avec celle que je vous annonce: c’est la perle des esclaves. Venez, suivez-moi, que je vous la fasse voir. Je veux que vous me disiez vous-mêmes à quel prix je dois la crier d’abord.»

Les marchands suivirent Hagi Hassan, et Hagi Hassan leur ouvrit la porte de la chambre où était la belle Persienne. Ils la virent avec surprise, et ils convinrent tout d’une voix qu’on ne pouvait d’abord la mettre à un moindre prix que de quatre mille pièces d’or. Ils sortirent de la chambre, et Hagi Hassan, qui sortit avec eux, après avoir fermé la porte, cria à haute voix sans s’éloigner: «À quatre mille pièces d’or l’esclave persienne!»

Aucun des marchands n’avait encore parlé, et ils se consultaient eux-mêmes sur l’enchère qu’ils y devaient mettre, lorsque le vizir Saouy parut. Comme il eut aperçu Noureddin dans la place: «Apparemment, dit-il en lui-même, que Noureddin fait encore de l’argent de quelques meubles (car il savait qu’il en avait vendu) et qu’il est venu acheter une esclave.» Il s’avança, et Hagi Hassan cria une seconde fois: «À quatre mille pièces d’or l’esclave persienne!»

Ce haut prix fit juger à Saouy que l’esclave devait être d’une beauté toute particulière, et aussitôt il eut une forte envie de la voir. Il poussa son cheval droit à Hagi Hassan, qui était environné de marchands: «Ouvre la porte, lui dit-il, et fais-moi voir l’esclave.» Ce n’était pas la coutume de faire voir une esclave à un particulier dès que les marchands l’avaient vue et qu’ils la marchandaient; mais les marchands n’eurent pas la hardiesse de faire valoir leur droit contre l’autorité d’un vizir, et Hagi Hassan ne put se dispenser d’ouvrir la porte et de faire signe à la belle Persienne de s’approcher, afin que Saouy pût la voir sans descendre de son cheval.

Saouy fut dans une admiration inexprimable quand il vit une esclave d’une beauté si extraordinaire. Il avait déjà eu affaire avec le courtier, et son nom ne lui était pas inconnu. «Hagi Hassan, lui dit-il, n’est-ce pas à quatre mille pièces d’or que tu la cries?

– Oui, seigneur, répondit-il; le marchands que vous voyez sont convenus il n’y a qu’un moment que je la criasse à ce prix-là. J’attends qu’ils en offrent davantage à l’enchère et au dernier mot.

– Je donnerai l’argent, reprit Saouy, si personne n’en offre davantage.» Il regarda aussitôt les marchands d’un œil qui marquait assez qu’il ne prétendait pas qu’ils enchérissent. Il était si redoutable à tout le monde qu’ils se gardèrent bien aussi d’ouvrir la bouche, même pour se plaindre sur ce qu’il entreprenait sur leur droit.

Quand le vizir Saouy eut attendu quelque temps et qu’il vit qu’aucun des marchands n’enchérissait: «Hé bien! qu’attends-tu? dit-il à Hagi Hassan; va trouver le vendeur, et conclus avec lui à quatre mille pièces d’or, ou sache ce qu’il prétend faire.» Il ne savait pas encore que l’esclave appartint à Noureddin.

Hagi Hassan, qui avait déjà fermé la porte de la chambre, alla s’aboucher avec Noureddin. «Seigneur, lui dit-il, je suis bien fâché de venir vous annoncer une méchante nouvelle: votre esclave va être vendue pour rien.

– Pour quelle raison? reprit Noureddin.

– Seigneur, reparti Hagi Hassan, la chose avait pris d’abord un fort bon train. Dès que les marchands eurent vu votre esclave, ils me chargèrent, sans faire de façon, de la crier à quatre mille pièces d’or. Je l’ai criée à ce prix-là, et aussitôt le vizir Saouy est venu, et sa présence a fermé la bouche aux marchands, que je voyais disposés à la faire monter au moins au même prix qu’elle coûta au feu vizir votre père. Saouy ne veut en donner que les quatre mille pièces d’or, et c’est bien malgré moi que je viens vous apporter une parole si déraisonnable. L’esclave est à vous; mais je ne vous conseillerai jamais de la lâcher à ce prix-là. Vous le connaissez, seigneur, et tout le monde le connaît. Outre que l’esclave vaut infiniment davantage, il est assez méchant homme pour imaginer quelque moyen de ne pas vous compter la somme.

«- Hagi Hassan, répliqua Noureddin, je te suis obligé de ton conseiclass="underline" ne crains pas que je souffre que mon esclave soit vendue à l’ennemi de ma maison. J’ai grand besoin d’argent; mais j’aimerais mieux mourir dans la dernière pauvreté que de permettre qu’elle lui fût livrée. Je te demande une seule chose: comme tu sais tous les usages et tous les détours, dis-moi seulement ce que je dois faire pour l’en empêcher.

«- Seigneur, répondit Hagi Hassan, rien n’est plus aisé. Faites semblant de vous être mis en colère contre votre esclave, et d’avoir juré que vous l’amèneriez au marché, mais que vous n’aviez pas entendu de la vendre, et que ce que vous en avez fait n’a été que pour vous acquitter de votre serment: cela satisfera tout le monde, et Saouy n’en aura rien à vous dire. Venez donc, et dans le moment que je la présenterai à Saouy, comme si c’était de votre consentement et que le marché fût arrêté, reprenez-la en lui donnant quelques coups, et ramenez-là chez vous.

– Je te remercie, lui dit Noureddin, tu verras que je suivrai ton conseil.»

Hagi Hassan retourna à la chambre, il l’ouvrit et entra, et après avoir averti la belle Persienne en deux mots de ne pas s’alarmer de ce qui allait arriver il la prit par le bras et l’amena au vizir Saouy, qui était toujours devant la porte. «Seigneur, dit-il en la lui présentant, voilà l’esclave; elle est à vous, prenez-la.»

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