Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
— Tu es au courant, pour Kait.
— Nous avons étudié la situation, ouais.
— Vous avez parlé à la police.
— Je sais que tu vas faire ce que tu as à faire, mais je veux être sûre que tu ne te sens pas dans la peau d’un fugitif. » Elle a ajouté d’un ton plus plaintif : « Et j’aimerais bien qu’on discute de temps en temps. En ce qui me concerne, tu travailles toujours ici. Ray est une fine lame en maths, et Morris se donne beaucoup de mal pour comprendre ce que nous faisons, mais j’ai besoin de quelqu’un d’assez intelligent pour être à la fois attentif et ouvert. » Elle a baissé les yeux. « À moins que ce ne soit qu’un prétexte. J’ai peut-être juste besoin de quelqu’un à qui parler. »
C’était, entre autres choses, sa manière de demander pardon pour ces dernières années où l’on avait exercé sur moi une pression envahissante. Mais je ne lui en avais jamais voulu pour cela. Peut-être étaient-ce ses idées sur la turbulence tau qui m’avaient rendu vulnérable, mais elle avait toujours pris soin de dresser un mur entre le mastodonte fédéral et moi. Le mastodonte avait récemment porté son attention sur autre chose, et Sue voulait toujours être mon amie.
« Je suis vraiment désolée, pour Kaitlin, a-t-elle assuré.
— Tout ce que je peux dire sur Kait, c’est qu’elle n’est toujours pas rentrée. Je préfère éviter d’y penser. Alors distrais-moi. Raconte-moi les derniers ragots. Ray a-t-il trouvé une petite amie ? Et toi ?
— Tu t’es mis à boire, Scotty ?
— Oui, mais pas assez pour justifier ta question. »
Elle a souri d’un air triste. « Très bien. Ray erre toujours dans le désert. Quant à moi, je fréquente une femme rencontrée dans un bar. Une très gentille rousse qui collectionne la porcelaine de Saxe et les poissons tropicaux. Mais il n’y a rien de sérieux entre nous. »
Bien sûr que non. Sue menait sa vie amoureuse presque de loin, en tout cas avec circonspection et en s’attendant à être déçue.
Elle n’avait comme seul amour véritable que son sujet de conversation favori : son travail. « Le fait est, Scotty, qu’on a découvert un petit quelque chose. Tout le monde ne pense qu’à ça, en ce moment. C’est en grande partie classé secret, mais avec toutes les rumeurs qui courent sur le Net, je peux bien t’en parler un petit peu. »
Elle m’en a sans doute raconté plus qu’elle ne l’aurait dû, mais je n’en ai pas compris la plus grande partie. En substance, quelqu’un au MIT avait réussi à extraire les particules tau-négatives du vide (qui est en tout état de cause un chaudron bouillonnant de ce que les physiciens appellent des particules « virtuelles ») et à les stabiliser assez longtemps pour démontrer l’effet. C’était des hadrons à durée en essence négative. Autrement dit, ils creusaient des trous dans le passé. Des trous d’une milliseconde, pas les gigantesques vingt ans et trois mois de Kuin, mais sur le principe, le phénomène était identique.
« Nous ne sommes pas loin d’arriver à comprendre exactement ce que fait Kuin, a annoncé Sue. Et certains aspects ont pu échapper à Kuin lui-même. Avec le temps, cela peut conduire à des technologies radicalement nouvelles. Aux voyages interstellaires, par exemple, Scotty : ce serait vraiment possible !
— C’est important ?
— Évidemment ! Ça représenterait une éventuelle nouvelle ère de l’histoire des espèces, alors merde, oui, c’est important !
— Kuin a déjà laissé ses empreintes digitales sur la moitié du globe, Sue. Ça me déplairait franchement de voir qu’il ne se limite pas à la surface de la planète.
— Justement, la clé est aussi là. Si on arrive à comprendre comment marche un Chronolithe, on pourra interférer avec lui. En se débrouillant bien, on arrivera peut-être même carrément à faire disparaître un Chronolithe.
— La belle affaire ! » Mon cynisme avait pris de l’ampleur au cours des jours précédents. « C’est un peu trop tard, maintenant, tu ne crois pas ?
— Non, je ne crois pas. Souviens-toi, ce n’est pas Kuin qu’il faut craindre. Ni même les Chronolithes. Le feedback, Scotty, voilà la clé. Notre vrai problème, en l’occurrence, c’est la perception de l’invincibilité de Kuin, et elle repose sur l’invincibilité de ses monuments. Qu’on en détruise un, et d’un coup il ne sera plus une force divine, mais un autre petit tyran cherchant à concurrencer Hitler ou Staline. »
J’ai suggéré qu’il était quand même peut-être trop tard.
« Pas si nous pouvons démontrer sa faiblesse.
— Et vous le pouvez ? »
Elle s’est arrêtée. Son sourire a hésité. « Eh bien, peut-être. Peut-être assez vite. »
Mais pas assez vite pour Kait, qui se trouvait probablement au Mexique, imprégnée de sa propre conception des promesses et de l’invincibilité de Kuin. J’ai rappelé à Sue que j’avais à faire. Elle a dit : « Désolée de t’avoir retenu, Scotty, mais vraiment, je pense qu’il est important que nous restions en contact. »
Parce que, évidemment, elle n’avait pas abandonné son idée pseudo-jungienne sur l’entrelacement de nos vies, elle pensait toujours que Kuin, entre autres choses, nous avait imposé un destin.
« Bref, a-t-elle repris, si je t’appelle, c’est surtout parce que j’ai parlé à quelqu’un de ton problème. Et qu’il veut t’aider.
— Pas Morris, ai-je répliqué. Je l’aime bien, mais il te dira lui-même qu’en tant qu’agent, il manque d’expérience sur le terrain.
— Non, pas Morris, même s’il serait ravi de te donner un coup de main. Non, quelqu’un avec une expérience tout à fait différente. »
J’aurais dû la voir venir. Après tout, elle avait plongé au cœur de mon passé, plus particulièrement dans sa partie Chumphon. Elle m’a quand même pris complètement au dépourvu.
« Tu te souviens peut-être de lui. Il s’appelle Hitch Paley. »
14
À un moment, cette semaine-là – avant que Hitch n’arrive, avant que les événements n’échappent à notre contrôle – Ashlee m’a demandé au milieu d’une conversation téléphonique : « Vous vous souvenez de ce conte de Charles Dickens, Un chant de Noël ?
— Oui, pourquoi ?
Je pensais à Kuin, aux Chronolithes et tout. Vous vous rappelez que, chez Dickens, Scrooge assiste dans l’avenir à son propre enterrement ? Et il demande au fantôme quelque chose comme « Est-ce l’image de ce qui doit être, ou de ce qui pourrait être ? »
Exact.
— Eh bien, Scott, les Chronolithes… ce sont des doit être ou des pourraient être ? »
Je lui ai répondu que nul n’en savait rien. Mais si je comprenais bien Sue, les événements commémorés par les Chronolithes déjà existants se classaient sous une forme ou sous une autre parmi les doit être. Il n’existait pas un autre et superbe avenir dans lequel nous stopperions Kuin avant ses conquêtes et transformerions les Chronolithes en d’inoffensifs paradoxes flottant librement. Kuin allait vraiment conquérir Chumphon, la Thaïlande, le Vietnam, le Sud-Est asiatique ; si le temps pouvait être incertain, les monuments eux-mêmes étaient fondamentalement immuables.
Pourquoi alors ne pas céder au désespoir ? Sue répondrait, j’imagine, que la bataille n’était pas terminée. La plupart du monde civilisé restait libre de Chronolithes, ce qui suggérait que les conquêtes de Kuin étaient un processus à étapes connaissant des succès et des revers. Aucun Chronolithe n’était encore arrivé sur le sol nord-américain. Peut-être n’y en aurait-il jamais, si nous faisions ce qu’il fallait. Quoi que ce fût.