Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
Sue m’avait expliqué le concept de « feedback négatif ». Si ce que Kuin créait avec les Chronolithes était une espèce de feedback positif – un signal que renforçaient et amplifiaient le temps et les attentes des hommes –, alors son inverse pouvait représenter la solution. Détruire un Chronolithe qui apparaissait jetterait le doute sur le processus, et l’impression cancéreuse que Kuin était invincible se verrait, sinon anéantie, du moins affaiblie.
Il prendrait peut-être la moitié de la Terre, mais pas notre moitié.
Voilà ce en quoi Sue Chopra avait foi. J’espérais qu’elle avait raison, et j’étais prêt à agir sur la base de cette supposition.
Mais en toute honnêteté, je ne peux affirmer que j’y croyais.
Et donc, réapparition de Hitch Paley, qui descendait sur le parking du motel d’une petite Sony cabossée (en tout état de cause, cela aurait dû être d’une moto). Nous étions convenus de nous voir à neuf heures, ce matin-là. Il avait un quart d’heure de retard. Ou dix ans, en un sens.
Il avait peu changé. Je n’ai eu aucune peine à le reconnaître, même à une douzaine de mètres de distance dans l’ombre de la marquise du café-restaurant. J’étais ravi et j’avais peur.
Il portait la barbe ainsi qu’un blouson de cuir caca d’oie. Il s’était un peu empâté, ce qui ne faisait que renforcer son grand nez, ses hautes pommettes et son front néandertalien. Il m’a aperçu, a traversé sur ses jambes arquées l’espace ensoleillé qui nous séparait, et m’a tendu son énorme main droite : « Salut, mon pote ! T’as le paquet que je t’avais demandé de récupérer ? »
Quand j’ai marmonné je ne sais trop quoi à propos du paquet, il a souri et m’a flanqué une claque dans le dos : « Je te charrie, Scotty. On en parlera plus tard. » Nous sommes entrés dans le café-restaurant pour nous installer dans un box.
Bien entendu, Sue Chopra savait, pour Hitch. Tous mes efforts pour le protéger – en évitant par exemple de le compromettre durant mon passage au détecteur de mensonge – avaient été évidents et inutiles. Hitch était l’un des « observateurs principaux » de Sue, et avait dû figurer dès le début dans son projet reliez-les-points. Hitch avait été profondément plongé dans la turbulence tau, certainement tout aussi profondément que moi.
J’avais de plus supposé qu’il resterait introuvable, mais il avait sans doute traîné dans la région de Chumphon plus longtemps qu’il ne s’y serait risqué s’il s’était douté de la minutie avec laquelle on enquêtait sur les témoins – il y avait en tout cas traîné assez longtemps pour que le FBI cible sa signature Internet ou même dissimule un dispositif de localisation sur sa personne. Bref, ils l’avaient retrouvé.
Ils l’avaient retrouvé, et Sue lui avait donné le choix entre être arrêté immédiatement et accepter le boulot qu’elle lui proposait. Hitch avait fait le choix le plus sensé.
« Ce n’est pas vraiment un emploi de bureau, m’a-t-il précisé. C’est bien payé, avec des voyages, sans entourloupes. On m’a promis un casier judiciaire vierge à la fin, encore que la fin ne soit pas encore en vue. Ils ont commencé par m’envoyer dans le bassin du Pacifique recueillir des rumeurs sur Kuin, mais ça n’a rien donné de substantiel. Mais j’ai eu de quoi m’occuper, Scotty. Des reconnaissances des sites d’atterrissage, tu vois le genre, à Ankara ou Istanbul, des petits trucs officieux à droite et à gauche, des conversations avec des kuinistes – et dernièrement avec des gamins de chez nous. Des copperheads et des hadjis.
— Tu es un espion ? »
Il m’a gratifié d’un regard acerbe. « Ouais, c’est ça, je suis un espion. Je bois des martinis et je n’arrête pas de jouer au baccara.
— Mais tu es au courant de cette histoire de hadj.
— J’en sais plus sur cette histoire de hadj que la plupart des gens. Je la connais de l’intérieur. Et je vais faire mon maximum pour t’aider à retrouver Kait. »
Je me suis appuyé au dossier du box en me demandant si c’était ce que je voulais. Si c’était bien prudent.
« Tu sais, a dit Hitch, quand je pense à Kaitlin, je la revois à Chumphon. Avec sa façon de courir sur la plage dans ce maillot une pièce rosé que Janice aimait lui mettre… elle laissait derrière elle des empreintes de pied dans le sable, on aurait dit de minuscules traces d’oiseau. Nous aurions dû mieux nous en occuper, Scotty. »
Il disait « nous » pour se montrer aimable. Il parlait de moi.
Hitch ne s’est pas étendu sur le passé et n’a pas perdu de temps. Ramone Dudley lui avait déjà fourni les données du problème, et pendant que nous étudiions le menu, j’y ai ajouté le peu que j’avais appris de mon côté.
« Le Mexique, ce n’est pas une mauvaise idée, a-t-il dit. Mais on a besoin de davantage d’informations avant d’en arriver aux conclusions. »
Il a suggéré une nouvelle entrevue avec Whit Delahunt. J’ai accepté, à condition d’éviter d’inquiéter Janice. « Et on devrait parler aussi à Ashlee Mills. Si elle est chez elle, on peut la prendre en allant voir Whit.
— Mieux vaut éviter d’impliquer trop de personnes à la fois, a répondu Hitch.
— Ashlee est tout autant impliquée que moi. En fait, elle m’a plus aidé que la police.
— Tu t’en portes garant, Scotty ?
— Sans problème.
— OK. » Il m’a regardé d’un œil critique. « Tu as l’air de ne pas manger correctement. Ou bien de ne pas dormir correctement.
— Ça se voit ?
— Tu devrais essayer le steak à cheval.
— Je n’ai pas faim.
— Le steak à cheval, Scotty. Disons que c’est pour Kait. »
Je ne voulais pas manger, mais la nourriture que la serveuse nous a apportée avait l’air appétissante. J’ai été surpris de finir aussi facilement mon assiette.
« Tu te sens mieux ? a demandé Hitch.
— Ce que je sens surtout, ce sont mes artères qui durcissent.
— N’importe quoi. Le corps a besoin de protéines. Nous avons du boulot à abattre, et pas seulement aujourd’hui. »
Je me suis entendu demander : « On peut vraiment la retrouver ?
— On va la retrouver. Tu peux y compter. »
Ashlee a marqué un temps d’arrêt en découvrant Hitch Paley, puis elle m’a regardé l’air de dire : vous avez des gens comme ça parmi vos amis ?
Ce n’était que justice. Hitch ressemblait toujours à un criminel à la petite semaine – on aurait pu le prendre pour un dealer à la Cheever Cox, ou peut-être pour un de ces types imposants chargés de recouvrer les créances douteuses. J’ai esquissé une partie de notre passé et répété une partie de ce que Hitch m’avait raconté. Ashlee a hoché la tête mais, visiblement, sans cesser de soupçonner Hitch d’être plus que les oreilles de Sue Chopra dans les milieux occultes.
Elle m’a pris à part : « Il peut nous aider à retrouver Kait et Adam ? C’est tout ce que j’ai besoin de savoir.
— Je crois qu’il peut, oui.
— Alors, allons voir ce Whitman Delahunt. »
C’est moi qui ai conduit. Cet après-midi-là, une petite brise soufflait sous le ciel que balayaient des nuages d’altitude. Hitch a gardé le silence dans la voiture. Ashlee a fredonné une mélodie que j’ai reconnue pour une vieille chanson de Lux Ebone, une chanson triste. Datant de l’époque où les chansons avaient encore de l’importance, où tout le monde connaissait les mêmes.