Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
— Cela fait pas mal d’hypothèses, ai-je dit.
— Ouais, mais écoute-moi encore une minute. S’ils conduisent, ils conduisent quoi ?
— Certains d’entre eux doivent posséder leurs propres voitures, a avancé Ashlee.
— Exact. Et Ramone Dudley a enquêté dans cette direction. Quatre des huit possèdent effectivement un véhicule à leur nom, mais aucun ne manque à l’appel. Aucun parent n’a porté plainte pour vol d’automobile, et en fait quasiment toutes les voitures volées en ville depuis la disparition des gamins l’ont manifestement été soit par un professionnel, soit pour un « rodéo », et ont fini brûlées ou en morceaux. Voler une bagnole n’est plus aussi facile qu’autrefois. Même si vous arrivez à passer les serrures personnalisées : chaque automobile importée ou assemblée ces dix dernières années émet systématiquement son numéro de série et ses coordonnées GPS. En général, on s’en sert pour la retrouver dans le parking, mais cela complique aussi considérablement le vol. De nos jours, un voleur d’automobiles est un technicien qui s’y connaît en décryptages divers et variés, pas un lycéen.
— Donc ils ne se sont servis ni de leurs voitures personnelles, ni d’une qu’ils auraient volée, a dit Ashlee. Super. Ce qui nous laisse avec rien. Peut-être bien qu’ils sont toujours en ville, après tout.
— C’est ce que pense Ramone Dudley, mais cela n’a aucun sens. Il me semble plutôt évident que ces gamins sont en hadj. J’ai donc demandé à Dudley de revérifier les quatre automobiles qu’ils possèdent. Il l’a fait.
— Ah… et il a trouvé quelque chose ?
— Que dalle. Aucun changement. Trois sont exactement au même endroit que la semaine dernière. La seule à s’être déplacée depuis la disparition a effectué quelques allers-retours à l’épicerie locale, c’est-à-dire moins de trente kilomètres en tout au compteur. Le gamin avait laissé un jeu de clés à sa mère.
— On n’est pas plus avancés.
— Sauf sur un point. Cette maman qui va faire des courses avec la voiture de son fils… D’après la liste de Whit, elle s’appelle Eleanor Helvig, membre très estimée du club copperhead, comme son mari Jeffrey. Jeff est second vice-président à Clarion Pharmaceuticals, quelques niveaux au-dessus de Whit. Il se fait pas mal de fric ces temps-ci, et il y a trois véhicules enregistrés au nom de la famille : la sienne, celle de sa femme et celle de son fils. Et pas n’importe lesquelles : deux Daimler plus une Edison d’occasion pour Jeff Jr.
— Et alors ?
— Et alors, pourquoi madame prend-elle l’Edison pour aller à l’épicerie alors qu’elle a une Daimler, autrement dit un grand véhicule utilitaire avec plein de place à l’arrière ?
— Elle peut avoir toutes sortes de raisons, a dit Ashlee.
— Ouais… mais on devrait lui poser la question, vous croyez pas ? »
Le dîner était excellent – j’ai félicité Ashlee – mais nous ne pouvions pas nous attarder pour le savourer. Ashlee a préféré rester chez elle pendant que Hitch et moi allions sur le terrain, mais nous a fait promettre de l’appeler dès que nous aurions du nouveau.
« Pour ce paquet…, ai-je dit dans la voiture.
— C’est vrai, le paquet. Laisse tomber, Scotty.
— Pas question que je laisse tomber une vieille dette. Tu m’as filé le fric dont j’avais besoin pour quitter la Thaïlande. En échange d’un service que je ne t’ai pas rendu.
— Ouais, mais au moins tu as essayé, pas vrai ?
— Je suis allé là où tu m’avais dit.
— Chez Easy ? » Hitch souriait, maintenant, de ce sourire qui me mettait si mal à l’aise autrefois (et me mettait d’ailleurs toujours mal à l’aise).
« Je suis allé chez Easy, mais…
— Tu as donné mon nom au type ?
— Ouais…
— Un vieux aux cheveux gris, plutôt grand, couleur café ?
— Ça y ressemble. Mais il n’y avait pas de paquet, Hitch.
— Quoi, c’est ce qu’il t’a dit ?
— Oui oui.
— Il te l’a dit poliment ?
— Loin de là.
— Il s’est un peu énervé, hein ?
— Il a failli sortir un flingue. » Hitch hochait la tête : « Bien… bien.
— Bien ? Le paquet était en retard, ou quoi ?
— Non. Scotty, il n’y a jamais eu de paquet.
— Mais celui que tu m’as demandé de récupérer pour toi ?…
— … n’existe pas. Désolé.
— Mais cet argent que tu m’as donné…
— En gros, sans vouloir te vexer, j’ai pensé que tu serais plus en sécurité à Minneapolis. Je veux dire, tu étais là, coincé sur la plage, loin de Janice et Kaitlin, tu commençais à picoler pas mal, et Chumphon n’est pas un bon endroit pour un Américain saoul, surtout avec tous ces journalistes qui se faisaient régulièrement dévaliser. Alors j’ai eu pitié de toi. Je t’ai filé le fric. J’en avais de côté, les affaires marchaient bien. Mais je pensais que tu refuserais que je te le donne, et je ne voulais pas te le prêter : tu aurais essayé de me retrouver pour me le rendre, comme un bon petit scout. C’est ce que tu aurais fait, pas vrai ? Alors j’ai inventé cette histoire de colis.
— Tu l’as inventée ?
— Je suis désolé, Scotty, j’imagine que tu as cru convoyer de la drogue ou quelque chose de ce genre, mais en plus j’ai trouvé ça marrant, connaissant l’image de diplômé bien propre sur soi que tu te fais de toi-même, je veux dire. J’ai pensé qu’un petit dilemme moral pourrait mettre un peu de piment dans ta vie.
— Non, ai-je dit. Tu te fiches de moi. Le type chez Easy a reconnu ton nom… et tu viens de me le décrire. »
Je roulais vers le soleil couchant et les lumières du tableau de bord venaient de s’allumer. Il entrait par la vitre un air frais assez doux. Hitch a pris son temps pour répondre.
« Laisse-moi te raconter une petite histoire, Scotty, a-t-il fini par dire. Quand j’étais gamin, je vivais à Roxbury avec ma mère et ma petite sœur. Nous étions pauvres, mais à l’époque les allocations suffisaient à s’en sortir, en faisant attention. Ce n’était pas spécialement dur pour moi, du moins je ne savais rien d’autre qu’être heureux avec ce que j’avais, en ajoutant peut-être un peu de vol à l’étalage. Sauf que Maman se sentait seule, et donc, quand j’avais seize ans, elle a épousé un tas de vieille merde coriace nommé Easy G. Tobin. Easy possédait une affaire de boîtes aux lettres et vendait de la coke et de la meth sous le manteau. Je reconnais qu’il n’a jamais levé la main sur ma mère, ni sur ma sœur et moi, d’ailleurs. Ce n’était pas un monstre. Et il ne se servait jamais de la maison pour son commerce de drogue. Mais c’était un méchant. Il parlait méchamment. Il était assez futé pour ne jamais avoir besoin d’élever la voix, il lui suffisait de quelques mots pour te descendre, parce qu’il avait le talent de découvrir ce que tu détestais en toi. Il me l’a fait à moi et il l’a fait à ma sœur, mais nous jouions en division d’honneur. Il l’a surtout fait à ma mère, et le temps que je sois prêt à quitter la maison, quelques années plus tard, je l’avais vue pleurer plus que je ne l’aurais voulu. Elle voulait se débarrasser de lui mais ne savait pas comment s’y prendre, surtout qu’il fréquentait d’autres dames. Alors avec une bande de potes, on l’a suivi chez une de ses copines, on est rentrés et on l’a puni un peu. On ne l’a pas, tu sais, passé à tabac, mais on lui a fichu la trouille, on l’a malmené et on lui a dit de virer son cul de la maison de ma mère ou alors on lui ferait pire. Il a répondu que c’était d’accord de son côté, qu’il en avait marre de moi et de ma sœur et qu’il en avait fini avec ma mère – ce sont ses mots –, et que de toute façon il voulait partir, et j’ai dit que ça posait pas de problèmes du moment qu’il le faisait, que je l’aurais à l’œil. Il m’a répondu « j’aurais oublié ton nom la semaine prochaine, petit merdeux », alors je lui ai promis qu’il entendrait parler de moi de temps en temps, qu’il ferait bien de ne pas oublier mon nom parce que moi je n’oublierais pas le sien. Et nous sommes partis. Mais pendant quelques années, j’ai tenu à ce qu’il tombe effectivement sur mon nom, au moins de temps en temps, de temps à autre. Une carte, un coup de téléphone, comme pour lui rappeler un souvenir, mais pas un bon. Juste pour qu’il ne dorme pas sur ses deux oreilles. Et il n’a pas l’air de m’avoir oublié, hein, Scotty ?