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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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— Il aurait pu me tuer, ai-je dit.

— Ouais, mais je ne pensais pas qu’il le ferait. Et puis je t’avais filé un gros paquet de fric. Je me suis dit que tu comprendrais qu’il y ait une part de risque.

— Ça alors, ai-je dit d’une voix faible.

— Et puis, tu vois ? Comme ça, tu n’as pas besoin de me remercier. »

Nous avons eu la chance de trouver Mme Jeffrey Helvig seule chez elle.

Elle s’est présentée à la porte en tenue décontractée, et nous voir dans la lumière de la véranda l’a aussitôt mise sur ses gardes. Nous lui avons annoncé venir à propos de son fils, Jeff Jr. Elle nous a répondu avoir déjà parlé à la police et que nous n’avions certainement pas l’air de policiers, alors qui étions-nous et que voulions-nous vraiment ?

Je lui ai montré assez de pièces d’identité pour établir que j’étais le père de Kaitlin. Elle connaissait Janice et Whit, mais pas très bien, et avait rencontré Kait en une ou deux occasions. Quand je lui ai précisé que je voulais parler de Kaitlin, elle s’est laissé fléchir et nous a fait entrer, mais manifestement à contrecœur.

La maison était d’une propreté méticuleuse. Eleanor Helvig adorait les dessous de verre en liège et les têtières en dentelle. Un dépoussiéreur électrique bourdonnait dans un coin du salon. Mme Helvig se tenait ostensiblement près du panneau de sécurité domotique, où elle pouvait d’un simple geste donner l’alerte et transmettre une vue de la caméra de surveillance au poste de police local. Nous étions probablement déjà filmés. Je me suis dit qu’elle n’avait pas peur de nous, mais qu’elle était très prudente par nature.

« Je sais ce que vous endurez, monsieur Warden, a-t-elle dit. Je l’endure moi aussi. Vous comprendrez que je n’ai pas envie de reparler de la disparition de Jeff. »

Elle se défendait contre une accusation que personne n’avait encore portée. Cela m’a fait réfléchir. Son mari était copperhead – et lui y croyait vraiment, d’après Whit. Elle l’avait accompagné à la plupart des réunions, mais pas à toutes. Elle proférerait sans doute les mêmes opinions que son mari, mais n’était peut-être pas aussi profondément et aussi sincèrement convaincue de leur bien-fondé. J’ai espéré que non.

« Cela vous surprendrait-il, madame Helvig, si je vous disais qu’apparemment votre fils et ses amis sont partis en hadj ? » ai-je demandé.

Elle a cillé. « En tout cas, cela m’offenserait. Utiliser ainsi ce mot est une insulte à la foi musulmane, ainsi qu’à de nombreux jeunes gens sincères.

— Des jeunes gens sincères comme Jeff ?

— J’espère que Jeff est sincère, mais je n’accepterai aucune explication simpliste quant à ce qui lui est arrivé. Pour parler franchement, ces pères absents qui redécouvrent leurs enfants en période de crise me laissent sceptique. Mais c’est la faute de la société, n’est-ce pas ? Les gens voient en la paternité ou en la maternité un moyen de mélanger leurs gènes, non un lien sacré.

— Vous pensez que Kuin va améliorer cela ? » a voulu savoir Hitch.

Elle a soutenu son regard avec un air de défi. « Je crois qu’il peut difficilement faire pire.

— Savez-vous ce qu’est un hadj, madame Helvig ?

— Je vous ai dit que je n’aimais pas ce mot…

— Mais beaucoup de monde s’en sert. Dont beaucoup d’enfants idéalistes. J’en ai vu quelques-uns. Vous avez raison, le monde dans lequel nous vivons est brutal, surtout pour les enfants. Je les ai vus. J’ai vu des gamins partis en hadj massacrés au bord de la route. Des enfants violés et assassinés, madame Helvig. Ils sont jeunes et sans doute idéalistes, mais ils se font aussi beaucoup d’illusions sur les qualités nécessaires pour survivre hors des banlieues de Minneapolis. »

Eleanor Helvig a blêmi. (Moi aussi, je crois.) « Qui êtes-vous ? a-t-elle demandé à Hitch.

— Un ami de Kaitlin. Vous avez déjà rencontré Kait, madame Helvig ?

— Je crois qu’elle est passée à la maison une fois ou deux.

— Je suis sûr que votre Jeff est un jeune homme solide, mais Kait ? Comment pensez-vous qu’elle va s’en sortir dehors, madame Helvig ?

— Je ne…

— Dehors sur la route, je veux dire, avec tous ces sans-abri et ces soldats. Parce que si ces gamins sont vraiment partis en hadj, ils seront bien plus en sécurité dans une voiture. Même Jeff.

— Jeff sait prendre soin de lui, a murmuré Eleanor Helvig.

— Vous ne voudriez pas qu’il fasse du stop, si ?

— Bien sûr que non.

— Où est la voiture de votre mari, madame Helvig ?

— Il est parti au travail avec. Il n’est pas encore rentré, mais…

— Et celle de Jeff ?

— Dans le garage.

— Et la vôtre ? »

Elle a hésité juste assez longtemps pour confirmer les soupçons de Hitch. « Chez le garagiste.

— Lequel, au juste ? » Elle n’a pas répondu.

« Nous ne sommes pas forcés d’en parler à la police, a dit Hitch.

— Il est plus en sécurité en voiture. Vous l’avez reconnu vous-même. »

Elle chuchotait, désormais.

« Je suis sûr que vous avez raison.

— Jeff Jr. n’a pas parlé de… pèlerinage, mais j’aurais peut-être dû m’en douter quand il m’a demandé la voiture. Son père ne veut pas qu’on en parle à la police, il dit que cela ne servirait qu’à faire de Jeff un criminel. Et peut-être bien nous aussi, pour complicité. Mais il rentrera. J’en suis certaine.

— Vous pourriez nous aider…, a commencé Hitch.

— Vous voyez comme tout est sens dessus dessous ? Est-ce vraiment la faute des enfants ?

— Donnez-nous votre permis de conduire et la signature GPS de la voiture. Nous n’impliquerons pas la police. »

Elle s’est distraitement emparée de son sac, puis a hésité. « Si vous les retrouvez, vous serez gentils avec Jeff ? »

Nous le lui avons promis.

Hitch a parlé à Morris Torrance, qui a remonté la trace de la voiture jusqu’à El Paso. Le module GPS se trouvait dans la cour d’un ferrailleur local, le reste de la voiture manquait, vraisemblablement vendu ou troqué contre le passage sans risque de la frontière. « Il est presque certain qu’ils sont partis à Portillo, m’a dit Hitch.

— Alors on y va. »

Il a hoché la tête. « Morris s’occupe de notre avion. Il faut partir dès que possible. »

J’y ai réfléchi. « Ce n’est pas qu’une rumeur, n’est-ce pas ? Pour Portillo, je veux dire. Pour le Chronolithe.

— Non, a-t-il répondu d’une voix éteinte. Ce n’est pas qu’une rumeur. Il faut y aller au plus vite. »

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