Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
Cox l’a à nouveau serrée dans ses bras.
« Viens me voir quand ton ordonnance sera épuisée », lui a-t-il dit.
En la ramenant en voiture, j’ai demandé à Ashlee comment elle s’était aperçue de la disparition d’Adam.
« C’est-à-dire ?
— Apparemment, il fréquentait les squatters. S’il ne vivait pas chez vous, comment vous êtes-vous rendu compte qu’il avait disparu ? »
Nous nous sommes immobilisés contre le trottoir. « Je vais vous montrer », a dit Ashlee.
Elle a déverrouillé la porte d’entrée et m’a fait monter l’étroite volée de marches menant à son appartement. Celui-ci avait la disposition classique d’un appartement chemin de fer : une grande pièce frontale donnant sur la rue, deux minuscules chambres desservies par un couloir, une cuisine carrée avec une fenêtre sur l’allée de derrière. Il sentait le renfermé : Ashlee m’a expliqué qu’elle préférait garder les fenêtres fermées jusqu’à la fin de la grève des éboueurs. Mais elle avait meublé son domicile avec soin et intelligence, comme une personne qui a du goût et du sens pratique, à défaut d’argent.
« Voilà la porte de la chambre d’Adam, m’a annoncé Ashlee. Il n’aime pas trop qu’on y entre, mais il n’a qu’à être là pour nous en empêcher. »
En un sens, mon premier contact réel avec Adam a été ce coup d’œil dans sa chambre. Je m’attendais sans doute au pire : de la pornographie, des graffitis, voire un flingue au fond du bac à linge sale.
Mais la chambre d’Adam ne ressemblait pas du tout à cela. Elle était plus que rangée, elle était d’une netteté glacée. Le lit était fait. Le nombre de cintres nus que l’on voyait par la porte du placard, ouverte, suggérait qu’Adam avait préparé ses bagages en prévision d’un long voyage, mais ce qu’il restait de sa garde-robe était proprement disposé. Sur les étagères de briques et de planches, les livres étaient rangés à la verticale et en ordre alphabétique, non de l’auteur mais du titre.
Les livres vous en apprennent beaucoup sur celui qui les choisit et les lit. Adam préférait manifestement les ouvrages non romanesques les plus techniques : des manuels d’électronique, des livres scolaires (y compris de chimie organique et d’histoire de l’Amérique), Les Bases du calcul, un échantillon de biographies (Picasso, Lincoln, Mao Tsé-toung), Les Procès célèbres du XXe siècle, Comment réparer presque n’importe quoi, Augmenter l’efficacité d’une pile à combustible en dix étapes. Un bouquin d’astronomie pour enfant et un guide d’observation des orbites des satellites habités. Feu et glace : l’histoire secrète de la tragédie de la base lunaire. Et bien entendu, des livres sur Kuin. Si quelques-uns provenaient du circuit éditorial classique, comme L’Asie assiégée de McNeil et Cassel, la plupart étaient des publications criardes et marginales portant des titres du style La Fin des temps ou Le Cinquième Cavalier.
Je n’ai vu aucune photographie de quelqu’un de vivant, mais les murs étaient tapissés de photos de divers Chronolithes parues dans des magazines. (Un instant, un instant désagréable, cela m’a rappelé le bureau de Sue Chopra à Baltimore.)
« Cela donne l’impression qu’il ne rentrera plus, non ? a demandé Ashlee. Ici, c’est la base arrière d’Adam. Il ne revenait pas forcément y passer la nuit, mais il y passait bien huit à dix heures par jour. Tous les jours. »
Elle a refermé la porte.
« C’est bizarre, a-t-elle dit. Je me suis toujours considérée comme la personne qui assurait un foyer à Adam. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Il s’est construit son propre chez-lui. Et il s’est trouvé que son chez-lui se situait chez moi. »
Elle a préparé du café et nous avons continué à discuter quelque temps sur son grand canapé, avec le bruit de la circulation qui montait de la rue et pénétrait par les fenêtres closes mais sans double vitrage. L’instant avait quelque chose de profondément réconfortant, avec Ashlee qui se déplaçait dans la cuisine en lissant par réflexe ses cheveux raides. Quelque chose de presque viscéralement réconfortant, l’ombre du genre de vie de famille que j’avais égaré plus de dix ans auparavant. Je lui en ai été reconnaissant.
Mais cet instant ne pouvait durer. Elle m’a interrogé sur Kaitlin et je lui ai raconté (en partie) Chumphon et la manière dont j’avais passé les dix dernières années. Que j’aie assisté à l’arrivée de Jérusalem l’a impressionnée, non parce qu’elle vénérait Kuin en quoi que ce soit, mais parce que cela signifiait que j’avais évolué, ne serait-ce qu’en périphérie, avec le genre de personnes qu’elle imaginait relativement riches et vaguement célèbres. « Au moins vous n’avez pas fait que pédaler dans la semoule. »
Je lui ai répondu que de, toute évidence, elle avait elle aussi fait plus que cela. Élever un enfant durant la crise économique n’avait pas dû être une partie de plaisir pour une femme seule.
« On dit qu’on pédale dans la semoule quand on n’arrive plus à avancer, a-t-elle dit. Et cela doit correspondre exactement à ce que je ressens au sujet d’Adam. J’ai essayé de l’aider, mais je ne parvenais pas à trouver une prise pour avancer. » Elle s’est tue et s’est tournée vers moi, l’expression moins réservée qu’auparavant. « Et si Adam, Kaitlin et le reste du groupe sont vraiment partis au Mexique… Qu’est-ce qu’on fait ?
— Je ne sais pas, ai-je dit. Il faut que j’en discute avec certaines personnes.
— Vous suivriez Kaitlin jusqu’à Portillo ?
— Si je pensais pouvoir l’aider. Si je pensais que cela servirait à quelque chose.
— Mais vous n’en êtes pas sûr.
— Non, je n’en suis pas sûr. »
Mon portable a sonné. Je l’avais paramétré en mode répondeur, mais j’ai quand même jeté un coup d’œil à l’affichage. Cela aurait pu être Janice m’annonçant que Kait était rentrée et que toute cette histoire n’avait été qu’un malentendu stupide. Ou Ramone Dudley m’informant que la police avait retrouvé le corps de Kait.
Ce n’était ni l’une ni l’autre. À en croire l’afficheur, l’appel provenait de Sue Chopra. Elle avait retrouvé l’adresse de mon terminal personnel (dont j’avais pourtant changé à mon départ de Baltimore) et voulait que je la rappelle dès que possible.
« Il faudrait que je prenne ça en privé », ai-je dit à Ashlee. Elle m’a raccompagné en bas jusqu’à la voiture. J’ai pris sa main. Il était tard et il n’y avait plus personne dans la rue. La lumière ambre des lampadaires, d’un vieux modèle à vapeur de mercure, mettait en valeur la courte chevelure blonde d’Ashlee. Sa main était chaude.
« Si vous avez du nouveau, il faudra que vous me le disiez. Vous me le promettez ? »
J’ai promis.
« Appelez-moi, Scott. »
Je pense qu’elle voulait sincèrement que je l’appelle. Je pense qu’elle ne croyait pas que je le ferais.
« Tout d’abord », a dit Sue en se penchant tellement sur l’objectif que, sur le terminal du motel, son visage a occupé tout l’écran du téléphone telle une lune marron et myope, « je veux que tu saches que je ne t’en veux pas d’avoir quitté la ville de cette manière. Je comprends pourquoi tu l’as fait, et si tu as choisi de ne pas m’en parler, je suppose que je ne peux m’en prendre qu’à moi. Encore que… Je ne sais pas pourquoi, Scotty, mais tu t’attends toujours au pire de la part des gens. Il ne t’est jamais venu à l’esprit que nous pourrions avoir envie de t’aider ?