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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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— Oh, je vous en prie !…

— Je ne vous juge pas, j’entretiens la conversation.

— Je n’ai pas spécialement envie d’en parler. » Elle a exhalé avec bruit. « Il n’y a pas eu grand-chose ces dernières années pour me garder en un seul morceau, monsieur Warden.

— Scott.

— Scott, d’accord. Ce n’est pas par faiblesse, mais… avez-vous été fumeur ?

— Non. » On m’avait épargné les vaccins antidrogues qu’on tenait tant à administrer aux jeunes à l’époque (m’évitant par la même occasion le risque de voir mes anticorps se détraquer à l’âge adulte), mais le tabac n’était tout simplement pas un vice pour moi.

« Cela me tue probablement, mais je n’ai pas grand-chose d’autre. » Elle a semblé lutter pour saisir une pensée, qu’elle a finalement laissé filer. « Ça me calme.

— Je ne vous jette pas la pierre. En fait, j’ai toujours aimé l’odeur de la cigarette. De loin, du moins. »

Elle a eu un sourire désabusé. « Oui oui. Vous êtes un vrai dépravé, vous.

— La Californie vous manque ?

— Si la Californie me manque ? » Elle a roulé des yeux. « Vous êtes sérieux, ou c’est l’idée de rencontrer Cheever qui vous rend nerveux ? Parce qu’il n’y a pas de quoi, vous savez. Il est un peu louche, mais pas méchant.

— Voilà qui est rassurant, ai-je dit.

— Vous verrez. »

L’adresse était celle d’une maison mitoyenne à ossature en bois, plutôt délabrée. La lumière de la véranda était allumée, elle le restait probablement en permanence. Les marches branlaient. Ashlee a ouvert la porte-moustiquaire rouillée et frappé à la porte.

Cheever Cox a ouvert quand elle s’est identifiée. C’était un type chauve d’environ trente-cinq ans, vêtu d’un Levi’s et d’une chemise bleu pâle au col constellé de ce qui ressemblait à de la sauce tomate. « Salut, Ashlee ! » a-t-il aboyé en la serrant dans ses bras. Il m’a gratifié d’un bref coup d’œil.

Ashlee m’a présenté et a dit : « On vient pour ce dont toi et moi, on a parlé au téléphone. »

La pièce de devant contenait un canapé aux couleurs passées, deux chaises pliantes en bois et une table basse avec un cendrier. On voyait un bout de la cuisine dans la pénombre du couloir. Si le commerce de drogues illicites rapportait beaucoup d’argent à Cheever, il faut croire qu’il ne l’investissait pas dans la décoration. Mais peut-être possédait-il une maison de campagne.

Il a repéré le paquet de cigarettes qui saillait de la poche de chemise d’Ashlee. « Merde, Ashlee ! s’est-il exclamé. T’es sous ordonnance, toi aussi ? J’en ai plein le cul que le gouvernement me pique mes clients en leur prescrivant ces petites clopes de merde.

— Je perdrai mon ordonnance l’année prochaine si je n’ai pas un patch ou un programme, a expliqué Ashlee. Pire, je perdrai mon assurance maladie. »

Il a souri. « Alors je te reverrai peut-être plus souvent.

— Pas question. » Elle m’a jeté un coup d’œil. « Je me ferai blanchir les dents pour trouver un bon boulot.

— Tu seras une bonne citoyenne, quoi, a fait Cox.

— Exactement.

— Et t’épouseras ton petit ami, aussi ?

— Ce n’est pas mon petit ami.

— OK, Ash, désolé, fais pas gaffe. Tu as besoin de quelque chose ? Un peu plus que ce qu’on veut bien te vendre au drugstore ?

— Je veux te poser des questions sur Adam.

— Ouais, mais tu ne peux pas vouloir que ça. »

Cox lui faisait clairement comprendre qu’il ne dirait rien si elle ne lui achetait rien. Les affaires sont les affaires, a-t-il dit. « C’est mon fils, Cheever.

— Je sais, et je vous adore, ton fils et toi, mais ce sont les affaires, Ashlee. »

Elle lui a donc acheté une cartouche de ce qu’elle a appelé des « cigarettes cool » que Cox est allé chercher au sous-sol. Elle a posé la boîte sur ses genoux. La boîte empestait.

Cox s’est installé sur sa chaise. « En fait, a-t-il dit à Ashlee, comme je vais souvent dans les immeubles des squatters, surtout sur Franklin ou Lowertown, ou alors dans les anciens entrepôts Cargill, je vois ces gamins. Et puis tu sais, Adam traîne avec eux, lui aussi. Ils ont si peu de fric qu’ils piquent à l’étalage de quoi se nourrir, donc ce n’est pas un gros marché pour moi. Mais il y en a parfois un qui se procure du liquide, je ne demande pas comment. Alors ils veulent une ou deux cartouches, à fumer et à boire, des produits chimiques, etc. Le plus souvent, c’était Adam qui venait me trouver, parce que je le connaissais depuis l’époque où toi et moi faisions affaire plus régulièrement. »

Ashlee a réagi en baissant les yeux mais sans répondre.

« Et puis franchement, Adam en a un peu plus dans le ventre que la plupart de ces gamins. Ils se prétendent hadjis ou kuinistes, mais ils ont autant de sens politique qu’une brique. Tu sais qui fait les véritables hadjs ? Les gamins riches. Les riches et les célébrités. Ils vont en Israël ou en Égypte brûler leurs chandelles odorantes ou je ne sais quoi. En ville, c’est différent. La plupart de ces gamins ne feraient pas un détour pour Kuin s’il donnait un bal de couronnement derrière chez eux. Eh bien, Adam a compris ça. C’est pour ça qu’il fricotait avec les clubs copperheads de Wayzata et d’Edina… pour chercher des jeunes qui partagent ses opinions, mais qui sont peut-être un petit peu plus crédules et un petit peu plus en fonds que le tout-venant du centre.

— Cheever, a dit Ash, tu sais s’il est toujours en ville ?

— Je n’en mettrai pas ma main au feu, mais à mon avis, non. En tout cas, je ne l’ai pas vu. Je parle aux gens, tu vois, je suis des liens, je laisse traîner une oreille. Il y a toujours des rumeurs qui circulent. Tu te souviens de Kirkwell ? »

L’été précédent, à Kirkwell, au Nouveau-Mexique, un boucher à la retraite cliniquement paranoïaque avait annoncé mesurer une augmentation de la radiation de fond à une source tarie en dehors de la ville – comme par hasard, sur sa propriété. Il espérait probablement en faire une attraction touristique. Il y avait réussi. En septembre, dix mille jeunes hadjis sans ressources campaient là. La Garde nationale avait parachuté rations et eau en exhortant les pèlerins à rentrer chez eux, mais il avait fallu une épidémie de choléra pour parvenir à leur faire enfin vider les lieux. Le boucher à la retraite avait aussitôt disparu en laissant dans son sillage de nombreuses actions en justice individuelles ou collectives pour atteinte à l’intérêt général.

« Ces rumeurs vont et viennent, a continué Cox, mais en ce moment la plus persistante concerne le Mexique. Ciudad Portillo. Adam était ici même il y a trois semaines, et il en parlait. Sans que grand monde lui prête attention. C’est pour cela qu’il s’est branché avec les copperheads de banlieue, je pense, parce qu’il voulait aller au Mexique et qu’il pensait que cette bande-là pourrait au moins lui fournir un peu d’argent et un moyen de transport.

— Il est parti au Mexique ? » a demandé Ashlee.

Cox a levé les mains. « Je ne sais pas vraiment. Mais si on me demandait de parier, je dirais qu’il est en route pour la frontière, s’il ne l’a pas déjà franchie. »

Ashlee n’a rien dit. Pensive et pâle, elle semblait presque brisée. Cox a émis un bruit compatissant. « C’est ça l’ennui, a-t-il dit. Les gens stupides agissent de façon stupide, mais Adam est assez futé pour faire quelque chose de vraiment stupide. »

Nous avons discuté encore un peu, mais Cox n’avait rien d’autre à ajouter. Ashlee a fini par se lever et par se diriger vers la porte.

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