Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
Visiblement, le lieutenant Dudley tenait en grande partie ma génération responsable de tout cela. Il avait sûrement rencontré des parents incompétents dans le cadre de son travail. Sa façon de me regarder m’a indiqué qu’il était quasiment certain d’en avoir un autre en face de lui.
« Au sujet de Kaitlin…», ai-je dit.
Il a pris sur son bureau un dossier dont il m’a lu le contenu. Sans surprise. Huit jeunes en tout, tous membres du bras jeunesse du groupe de Whitman, n’étaient pas rentrés chez eux après une réunion. Parents et amis des jeunes disparus avaient tous été minutieusement interrogés… « à une exception près : vous, monsieur Warden, et j’espérais votre venue.
— Whit Delahunt vous a parlé de moi, ai-je deviné.
— Il vous a mentionné quand nous l’avons interrogé, mais sinon, pas spécialement, non. L’appel que j’ai eu provenait d’un fédé à la retraite nommé Morris Torrance. »
Il n’avait pas traîné. Mais Morris ne traînait jamais. « Qu’est-ce qu’il vous a dit ?
— Il m’a demandé de coopérer au maximum avec vous. C’est-à-dire, pour ce qui est de ma partie. Voilà à peu près tout ce que j’ai à vous dire, sauf si vous avez des questions. Ah oui, il m’a demandé aussi autre chose…
— Quoi donc ?
— De vous prier d’entrer en contact avec lui. Il a dit qu’il était désolé pour Kaitlin et qu’il pourrait peut-être vous aider. »
13
J’aurais peut-être dû profiter de la thérapie communautaire de Regina Lee pour admettre mes peurs concernant Kaitlin. Mes peurs, et ce chagrin prémonitoire qui se glissait dans ma conscience dès que je fermais les yeux. Mais ce n’était pas mon genre. J’avais très tôt appris à sembler calme face au désastre. À garder pour moi mon appréhension, comme on garde un secret honteux.
Je pensais néanmoins tout le temps à Kait. Dans ma tête, elle restait la Kaitlin de Chumphon, une gamine de cinq ans aussi intrépide que curieuse. Les enfants portent leur nature comme on porte des vêtements aux couleurs brillantes, ce qui rend leurs mensonges très transparents. Devenir adulte, c’est apprendre la duplicité. Ayant connu Kaitlin enfant, je n’avais jamais perdu de vue la vulnérabilité de son âme. Imaginer (ou m’efforcer de ne pas imaginer) où Kaitlin pouvait se trouver, et avec qui, en devenait d’autant plus douloureux. La pulsion parentale la plus fondamentale est celle de nourrir et de protéger son enfant. Pleurer son enfant revient en fin de compte à avouer son impuissance. On ne peut protéger ce qui va en terre. On ne peut border une couverture sur une tombe.
Je passais la plus grande partie de la nuit éveillé, les yeux fixés sur la fenêtre du motel, à alterner entre bière et Coca Light (et à pisser toutes les demi-heures), jusqu’à ce que la vague visqueuse du sommeil déferle et m’engloutisse. Mes rares rêves étaient chaotiques et vains. Retrouver au réveil l’ironie brutale du printemps, le soleil dans un ciel bleu sans fond, ressemblait à rêver qu’on se réveille d’un rêve.
Alors que je m’attendais à ne plus jamais avoir de ses nouvelles, Ashlee Mills m’a contacté sur mon portable dix jours après la disparition de Kaitlin. Elle avait une voix très formelle et n’a pas tardé à en venir au fait. « Je me suis arrangée pour rencontrer quelqu’un, a-t-elle annoncé. Un type qui a peut-être des informations sur Adam et Kaitlin, seulement je ne veux pas y aller seule.
— Je suis libre cet après-midi.
— Il travaille la nuit. Si on peut appeler ça travailler. Ça devrait pas être joli-joli.
— Pourquoi, c’est un maquereau ?
— Non non. Une espèce de dealer. »
J’avais consacré l’essentiel de la semaine précédente sur le Net, à effectuer des recherches sur le phénomène « jeunesse hadj » ou le mouvement kuiniste et à me frayer un chemin dans leurs chatrooms cachés.
Bien entendu, il n’existait pas de mouvement kuiniste unifié. En l’absence d’un Kuin de chair et de sang, le « mouvement » consistait en un patchwork d’idéologies utopiques et de cultes quasi religieux, chacun se battant contre les autres pour le titre. Ils n’avaient guère en commun que l’acte de vénération, l’adoration des Chronolithes. Les hadjis voyaient un Chronolithe comme un objet sacré. Ils attribuaient toutes sortes de pouvoirs à la proximité d’une pierre de Kuin : instruction, guérison, transformation psychologique, épiphanies plus ou moins importantes. Mais au contraire des pèlerins de, disons, Lourdes, les hadjis étaient surtout des jeunes. C’était un « mouvement de jeunes », comme on disait au XXe siècle. Et comme la plupart des mouvements de jeunes, il attachait autant d’importance au style qu’au fond. Très peu d’Américains sont réellement partis en pèlerinage sur un site de Chronolithe, mais il n’y avait rien d’exceptionnel à croiser un adolescent vêtu d’un T-shirt ou d’un chapeau arborant un logo kuiniste, le plus souvent l’omniprésent « K + » à l’intérieur d’un cercle rouge ou orange. (Ou n’importe lequel des signes moins ostentatoires et censément secrets : lobes d’oreille ou mamelons scarifiés, bracelets de cheville en argent, serre-tête blancs.)
Le symbole K + abondait dans le quartier d’Ashlee, tracé à la craie ou à la peinture sur les murs et les trottoirs. Quand, à l’heure convenue, j’ai arrêté la voiture devant le restaurant chinois, Ashlee s’est précipitée sur le siège passager depuis la porte de son appartement. « Ça tombe bien que vous ayez une voiture bon marché, a-t-elle dit. Ça n’attirera pas l’attention.
— Où allons-nous ? »
Elle m’a donné une adresse à cinq pâtés de maisons de là en direction du centre, où les seuls commerces encore en vie étaient des entrepôts, des fast-foods avec service à la fenêtre et des magasins de vins et spiritueux.
« Le type s’appelle Cheever Cox, a-t-elle soudain déclaré, et il touche à quasiment tous les trafics impossibles à mettre sur sa déclaration de revenus. C’est lui qui me vendait mon tabac. » Elle a dit cela d’un ton soigneusement neutre mais en guettant un signe de désapprobation. « Avant que j’obtienne ma licence d’intoxiquée, je veux dire.
— Que sait-il sur Kait et Adam ?
— Si ça se trouve, rien, mais quand je l’ai appelé hier il m’a dit avoir eu vent d’un hadj à prix cassé et de nouvelles rumeurs sur Kuin, mais a refusé d’en discuter sur une ligne non cryptée. Cheever est un peu parano là-dessus.
— Vous pensez que c’est sérieux ?
— Pour tout dire… je n’en sais trop rien. »
Elle a baissé la vitre et a allumé une cigarette, presque d’un air de défi, en attendant de voir ma réaction. Le Minnesota avait l’une des lois antitabac les plus répressives du pays. Mais j’étais d’un autre État, et assez âgé pour ne pas me scandaliser. « Ashlee ? ai-je dit. Vous n’avez jamais pensé à arrêter ?