Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
— Je ne peux rien vous promettre de ce genre, monsieur Warden.
— Tout le monde me dit ça.
— Et à raison, désolée d’avoir à vous le dire. Du moins, d’après mon expérience. »
Ashlee était née et avait grandi dans le sud de la Californie avant de venir à Minneapolis travailler comme réceptionniste médicale pour son oncle, un pédicure emporté depuis par un anévrisme. Elle y avait rencontré Tucker Kellog, un programmeur de machines-outils qu’elle avait épousé à vingt ans. Tucker était parti quand leur fils Adam avait cinq ans et n’avait pas réapparu depuis. Ashlee avait demandé le divorce et aurait pu lui réclamer une pension alimentaire par voie juridique, mais y avait renoncé. Elle préférait, m’a-t-elle confié, que Tucker ne figure plus du tout dans sa vie, même marginalement. Elle avait repris son nom de jeune fille dix ans plus tôt.
Elle aimait son fils Adam, même s’il n’avait jamais été facile à vivre. « De parent à parent, monsieur Warden, il m’est arrivé de désespérer. Il a commencé tout petit à ne pas vouloir rester à l’école. Personne n’aime y aller, je suppose, mais on y va quand même tous les jours, par sens du devoir, peur des conséquences ou je ne sais quoi. Mais avec Adam, cela ne marchait pas. Impossible de l’y amener, même en faisant pression sur lui ou en essayant de lui faire honte. »
Il n’avait presque jamais cessé de suivre des programmes psychiatriques ou d’apprentissage, de fréquenter des organismes d’éducation spécialisée et parfois des centres de détention pour mineurs. Non qu’Adam manquât d’intelligence. « Il lit tout le temps. Et pas seulement des histoires. Et franchement, il faut être un minimum futé pour survivre comme il a survécu, en passant la moitié de sa vie dans la rue. En fait, Adam est quelqu’un de très intelligent. »
Lorsqu’elle parlait de son fils, son expression se teintait de fierté, de culpabilité ou d’appréhension, et quelquefois des trois à la fois. Ses grands yeux jetaient des regards sur les côtés, comme si elle s’attendait à ce qu’on nous espionne. Elle a joué avec sa serviette en papier, la pliant, la dépliant, pour finir par la déchirer en longues bandes qui sont restées sur la table comme un origami inachevé.
« Il s’est enfui un jour quand il avait douze ans, mais aucun rapport avec ce truc copperhead. Promis, j’ignore ce qu’Adam s’imagine sur Kuin, à part qu’il détruit des villes et bousille la vie des gens. Mais Kuin le fascine. La manière dont Adam regarde les infos me fait presque peur. » Elle a baissé la tête. « J’ai du mal à l’admettre, mais je crois bien que ce qui lui plaît, c’est justement que des choses soient écrasées. Je pense qu’il s’identifie à Kuin. Il veut lever le pied et rayer de la carte tout ce qu’il déteste. Tout ce bla-bla sur un nouveau type de gouvernement mondial, à mon avis, ce n’est que de la poudre aux yeux.
— Il vous a déjà parlé de Kaitlin ou de son groupe ? » Ashlee a eu un sourire triste. « La question à mille dollars… Et vous, Kaitlin en a déjà parlé avec vous ?
— Nous discutons. Mais non, elle n’a jamais parlé politique.
— Vous êtes quand même mieux loti que moi. Adam ne m’a jamais rien confié sur aucun sujet. Rien de rien. Tout ce que je sais sur mon fils, je l’ai appris en l’observant. Excusez-moi, j’ai besoin d’un autre café. »
Ce dont elle a besoin, ai-je compris, c’est d’une autre cigarette. Elle s’est arrêtée au comptoir, a commandé un double-double au serveur et s’est esquivée aux toilettes. Elle semblait plus calme quand elle en est ressortie quelques instants plus tard. Je pense que le barman a senti l’odeur du tabac lorsqu’elle a pris livraison de son café. Il l’a regardée d’un air sévère et a roulé des yeux.
Elle s’est rassise en soupirant. « Non, Adam ne m’a jamais parlé de ses réunions. Il a dix-huit ans, mais comme je vous l’ai dit, il n’est pas naïf. Il mène ses affaires avec pas mal de prudence. Mais vous savez, il m’arrive d’entendre des trucs. Je sais qu’il a fréquenté un de ces clubs copperheads de banlieue, mais au début ça me semblait presque bien. Il rencontrait des gens avec un certain bagage, vous comprenez. Avec un avenir. Sans doute qu’au fond j’espérais qu’il se ferait des amis et que cela déboucherait sur quelque chose, que cela lui ouvrirait des horizons une fois calmée toute cette… merde de voyage dans le temps, pardonnez-moi. Je pensais qu’il pourrait rencontrer une fille, ou que le père de quelqu’un lui proposerait un boulot. »
J’ai repensé au gémissement de Janice : Qu’est-ce que j’étais censée faire ? La cloîtrer à la maison ?
Janice n’avait manifestement pas imaginé sa fille en compagnie d’un Adam Mills.
« J’ai changé d’avis le jour où je suis rentrée à l’improviste alors qu’il était au téléphone. Il parlait de ces gens – dont votre Kait, j’imagine, désolée d’avoir à vous le dire. Et il en parlait de façon vraiment brutale et méprisante. Il disait que le groupe était plein de…» De honte, elle a baissé la tête. «… de petites pucelles bourgeoises. »
Elle a dû voir ma réaction. Elle a relevé le menton et durci le ton. « J’aime mon fils, monsieur Warden. Je ne me fais aucune illusion sur le genre de personne qu’est ou que sera Adam, sauf à changer de lui-même du tout au tout. Adam a de gros, gros problèmes. Mais c’est mon fils, et je l’aime.
— Je respecte cela.
— J’espère bien.
— Ils ont disparu tous les deux. Voilà ce dont nous devons nous soucier pour le moment. »
Elle a froncé les sourcils, peut-être réticente à ce que je l’inclue dans ce pronom. Ashlee avait l’habitude de gérer ses problèmes toute seule, et c’est pour cette raison qu’elle avait quitté la réunion de Regina Lee.
Mais bon, moi aussi.
« Ça m’emmerderait vraiment que vous essayiez de me draguer, monsieur Warden.
— Je ne suis pas là pour ça.
— Parce que je veux que vous me donniez votre numéro de téléphone, histoire que nous restions en contact pour Adam et Kaitlin. Je n’ai aucune information fiable, mais à mon avis tout leur petit groupe s’essaye à une espèce de connerie de pèlerinage. Dieu seul sait où. Ils sont donc probablement au même endroit. Et donc, nous devrions rester en contact. Je veux juste éviter que vous l’interprétiez mal. »
J’ai échangé l’adresse de mon portable contre celle de son terminal domestique.
Elle a fini son café et a dit : « Ce ne sont pas vraiment de bonnes nouvelles, pour vous.
— Pas forcément. »
Elle s’est levée. « Eh bien, ravie de vous avoir rencontré. » Elle m’a tourné le dos et est sortie dans la rue. De derrière la fenêtre, je l’ai observée qui marchait entre les îlots de lumière formés par les lampadaires pour atteindre, un demi-pâté de maisons plus loin, une porte jouxtant un restaurant dans laquelle elle a tâtonné avec une clé. Elle vivait dans l’appartement situé au-dessus du restaurant. Je me suis imaginé un canapé usé jusqu’à la corde, peut-être un chat. Une rose dans une bouteille de vin et un poster sous cadre au mur. L’étourdissante absence de son fils.
Ramone Dudley, le lieutenant de police chargé au niveau local des personnes disparues, a accepté de me recevoir dans son bureau le lendemain après-midi. Notre rencontre a été brève.
Dudley était visiblement un flic de bureau débordé à qui il avait trop souvent fallu annoncer les mêmes mauvaises nouvelles. « Ces gamins-là », a-t-il dit (et de toute évidence, ces gamins-là formaient à ses yeux une seule masse homogène), « n’ont aucun avenir, et ils en sont conscients. Malheureusement, ils ont raison. L’économie merde, tout le monde le sait. Et qu’avons-nous d’autre à leur offrir ? Chaque fois qu’ils entendent parler de l’avenir, c’est Kuin, Kuin, Kuin. Cet enfoiré de Kuin. Les fondamentalistes voient Kuin comme l’Antéchrist, et pour eux, il n’y a rien à faire que prier en attendant l’Extase. Washington incorpore les gamins pour une guerre que nous ne livrerons peut-être jamais. Et les copperheads disent que Kuin nous fera peut-être moins mal si nous courbons respectueusement la tête. On n’a pas vraiment le choix, quand on y pense. Rajoutez à ça toutes ces conneries qu’ils entendent dans la musique ou qu’ils apprennent dans ces chatrooms cryptés…»