La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
Michael se rua dans le couloir sombre qui menait au bureau de son père. Dans toutes les salles devant lesquelles il passait, tremblotaient les lumières jaune, doré et rouge des écrans. Les mêmes images, reprises encore et encore.
Il courait, en proie à un chagrin mêlé de colère. Ses yeux lui brûlaient.
Ils l’ont tuée ! Maudits soient-ils, ils l’ont tuée !
Il déboula dans le bureau de son père.
— Qu’est-ce que nous allons faire ?
Son père releva la tête – qu’il tenait entre ses mains – et posa un regard abattu sur Michael.
— Faire ?
— On ne va pas exiger une enquête ?
— Bien sûr que si. Halden est probablement en ce moment même en train de formuler une requête officielle.
Le jeune homme eut un regard surpris.
— Je t’aurais cru plus furieux que ça.
— Je suis furieux, Michael. Mes pires craintes se sont réalisées.
— Est-ce qu’on fait une réunion du clan ?
— Oui. Mardi. Chez Halden.
La voix était sourde.
— Je veux y aller.
— Très bien, acquiesça son père. Occupe-toi donc des préparatifs de voyage.
Mélanie s’arrêta à l’ombre d’une cabine vidéo, mâchouillant un petit pain à la gelée. Benjamin lui avait déniché à Betajef un poste de réceptionniste et c’était la pause déjeuner. Le contact de tous ces hommes d’affaires étrangers l’amusait et elle préférait de loin le joli tailleur rose fourni par la compagnie à la tenue du Star Chamber.
Sur l’écran, un vieil abruti de sénateur était interviewé. Qu’est-ce qu’il racontait ? Un truc à propos de supermutants. Le plan changea ; apparut à l’image le décor d’une salle de conférences avec, gisant sur le plancher, le corps élancé d’une femme blonde aux yeux dorés. Mélanie cessa de mastiquer. Mais c’était Eleanor Jacobsen ! Son père n’arrêtait pas de parler d’elle. Et que disait le journaliste à présent ?
«… assassinée hier après-midi. Son meurtrier présumé a été trouvé mort aujourd’hui à Washington. Les leaders mutants arrivent de tout le pays pour se réunir à la maison d’État de l’Oregon afin de discuter de la succession de Jacobsen…»
Morte ? C’était impossible.
La scène montrait à présent un plateau de journalismes en vestons gris ou noirs, le visage sombre. L’un d’eux, une femme aux cheveux gris, déclara : « Allen, à la suite de cette tragédie, je pense que nous pouvons nous attendre à une intensification de l’activité politique chez les mutants. »
« Oui, Sarah », répondit un homme blond. « On peut aussi craindre que cet assassinat ne soit que le premier épisode d’un vaste complot destiné à éliminer TOUS les mutants qui prennent part aux affaires publiques. »
— Ces foutus mutants, ils l’ont bien cherché, si vous voyez ce que je veux dire, marmonna une voix.
C’était un vieil homme avec des rides profondes autour des yeux, qui regardait l’écran lui aussi.
Mélanie baissa vivement la tête, sortit ses verres teintés et s’écarta du petit groupe qui s’était formé devant la cabine. Était-elle suivie par tous les regards ? Les gens avaient-ils remarqué ses yeux ? Sans doute que non. Elle se répéta trois fois de suite le psaume invitant à l’apaisement et se hâta de rentrer au bureau.
Dans le couloir de l’hôpital, l’éclairage paraissait à la fois accueillant et impersonnel. Assise sur une chaise jaune proche de l’entrée de la salle des urgences, Andie jouait distraitement avec des petites mèches échappées de son chignon. Elle avait l’impression de ne pas avoir dormi depuis des jours, qu’elle était née et mourrait dans le même ensemble de soie gris qu’elle avait mis le matin pour se rendre au bureau. Elle regarda sa montre : 3 H 30 du matin. Puis 3 H 31. 3 H 32. Elle se frotta les paupières. La Valédrine que lui avait donnée l’interne commençait à faire effet ; à la torpeur et aux nausées avait succédé une sensation de chaleur doublée de bourdonnements.
Elle s’adossa au mur et ferma les yeux, cherchant à se détendre la nuque. Une fois de plus, elle passa en revue les événements de la journée à la manière d’un journal télévisé.
Elle n’arrivait pas à y croire. Un mètre la séparait de Jacobsen. Si seulement elle avait pu la sauver ! Elle récapitula une fois encore les faits, s’imaginant en train de retenir Tamlin avant qu’il ne pointe son arme, ou de se jeter sur la trajectoire du rayon.
Un cauchemar. Un affreux cauchemar. Un délire grotesque et sans fin.
Quand Tamlin avait été retrouvé mort dans sa cellule, Andie avait commencé à croire que la planète avait véritablement dévié de son axe. Malgré la surveillance vidéo, l’homme s’était tout simplement pris la tête entre les mains, il avait basculé puis était mort. Les résultats de l’autopsie préliminaire indiquaient une forte hémorragie cérébrale. Il faudrait des jours pour mettre la main sur les dossiers médicaux de Tamlin, pour retracer ce qu’avait été sa vie et décider si la mort était due à des causes naturelles ou non.
— Vous dormez toujours au boulot ? demanda une voix familière.
Andie ouvrit les yeux. Près d’elle, se tenait un jeune homme barbu, grand et musclé, vêtu d’un treillis de l’armée et d’un T-shirt blanc orné d’inscriptions en japonais.
— Skerry ?
— Pour vous servir.
Elle se hérissa.
— Comment pouvez-vous être si gai ?
— Réflexe. Est-ce que vous tenez le coup ?
— Pas très bien.
— Autrement dit, mieux que la plupart. (Il s’assit à côté d’elle.) Je suppose que vous étiez là ?
— Oh oui. J’étais aux premières loges, dit Andie d’une voix qui tremblait.
— Calmez-vous, dit-il en posant la main sur son épaule. Écoutez, je sais que ça a été dur pour vous, mais nous avons un travail à finir, un travail qui ne peut pas attendre.
— Que voulez-vous dire ?
— Ce petit cadeau que je vous ai offert à Rio. Il faut me le rendre.
— Ce soir ? Pour quoi faire ?
— Maintenant que Jacobsen est morte, c’est à moi de l’apporter au Conseil des Mutants.
— Je croyais que vous n’y étiez pas bien vu ?
— En effet. Mais je suis le seul à pouvoir faire le boulot.
Andie respira profondément tandis que lui venait une idée délirante.
— Skerry, laissez-moi m’en occuper, dit-elle. J’y tiens. Pour Eleanor.
— Vous êtes folle.
— Non, Skerry. Je vous en prie. J’étais à Rio avec elle. J’en sais autant qu’elle. Peut-être davantage. Et j’ai toujours quelques relations au gouvernement.
— Ils n’accepteront pas de non-mutant à la réunion.
— Qu’est-ce qui nous empêche d’essayer ?
— Vous ne franchirez jamais la porte d’entrée.
— Même avec vous ?
Il laissa passer quelques secondes avant de répondre.
— Eh bien, avec moi, peut-être. (Un sourire plissa les coins de sa bouche.) Très bien. J’ignore ce que ça peut donner, mais ça ne peut sans doute pas faire de mal. Je suis déjà tellement enfoncé avec eux, ça n’a plus grande importance. Ou bien ils me banniront ou j’aurai droit au blâme.
— Ils ne se rendent donc pas compte de ce que vous faites pour eux ?
Skerry secoua la tête ; son sourire se durcit.
— Les mutants ont l’esprit lent, ils sont entêtés et suivent les règlements. Les règlements du Livre. Si vous ne menez pas une existence en accord avec ce qui est dit dans le Livre, vous êtes déclaré hors-la-loi.
— Bon, hors-la-loi ou pas, nous les obligerons à nous écouter !
Andie sentit l’espoir revenir pour la première fois de la journée.
— Où est-elle ? La cartouche ? demanda Skerry.