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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Chéri, il est presque cinq heures et demie. Veux-tu écouter la Bourse ?

— Bien sûr.

Joanna pressa le bouton de sa montre. Le journaliste débita son chapelet habituel de publicités, parla un peu du marché des changes, puis énuméra les chiffres du jour à la clôture.

« Les cours ont plongé, suite à l’assassinat perpétré cet après-midi… L’indice Dow Jones a terminé la séance à cinq mille quatre cent quarante, en baisse de sept cent vingt. »

McLeod redressa brusquement la tête, manquant de se cogner contre un des panneaux du moteur.

— Un assassinat ?

Joanna chercha la station des informations.

« Et maintenant, cette nouvelle qui nous arrive à l’instant de Washington : Arnold Tamlin, l’assassin présumé du sénateur Eleanor Jacobsen, a été trouvé mort dans sa cellule de la prison de Washington à une heure trente-huit de l’après-midi. Aucune cause immédiate de la mort n’a été déterminée. Une autopsie est prévue dès que la famille aura été retrouvée et informée. »

— On a tué ce sénateur mutant. Bill, je n’arrive pas à le croire, dit Joanna qui se sentit soudain bizarre, comme prise de vertige.

McLeod fronça les sourcils.

— Je savais qu’un jour ou l’autre il se produirait quelque chose comme ça…

— Chut… Écoute !

Le communiqué se poursuivit.

« Tamlin a été appréhendé quelques instants après que le sénateur de l’Oregon, Eleanor Jacobsen, eut été assassiné, en pleine conférence de presse. C’était au moment où le sénateur Jacobsen, une mutante, était en train de réfuter les déclarations du sénateur Joseph Horner à propos des rumeurs faisant état d’un prétendu surhomme mutant. Elle a été frappée à bout portant par un rayon laser et elle est morte sur le coup. Dans l’échauffourée qui a suivi, le suspect, répondant au nom de Tamlin, a été maîtrisé et mis en état d’arrestation.

« Le sénateur Horner a eu ce commentaire : C’est une tragédie. Une véritable tragédie. Mais je le dis, que la volonté de Dieu soit faite. Courbons la tête et prions…»

Sans un mot, Joanna éteignit la montre-radio. Un nuage passa devant le soleil, jetant des ombres sur la chaussée.

— Je n’ai jamais pu supporter ce type, dit McLeod.

Joanna en eut le souffle coupé.

— C’est tout ce que ça t’inspire ? s’écria-t-elle. On vient de tuer une femme exceptionnelle, et tu te contentes d’un commentaire narquois au sujet de cet idiot de révérend !

De rage, elle lâcha la trousse à outils dont le contenu s’éparpilla sur l’asphalte.

— Joanna, qu’est-ce qui t’arrive ? demanda-t-il en la dévisageant, ahuri.

Elle se planta face à lui, les mains sur les hanches.

— J’en ai assez de ton attitude vis-à-vis des mutants, Bill. Notre fille est amoureuse de l’un d’entre eux, et tout ce que tu trouves à dire, c’est qu’il te flanque la frousse. Une femme courageuse et brillante a été assassinée, et tu n’as même pas un mot de regret. Je commence à croire que Kelly a raison. Tu es sectaire.

— Hé, une minute, Jo ! Je pense sincèrement, malgré tout ce que j’en dis, que le fils Ryton est un garçon très bien. Et je pense aussi que ça doit être un sacré coup pour les mutants que leur sénateur ait été tué. Mais tu ne peux pas me demander de tout foutre en l’air à cause de ça.

— Non, dit-elle. Mais je te demande de t’en inquiéter.

Il sauta de son perchoir et prit sa femme dans ses bras.

— Jo, je m’inquiète. Un meurtre, quel qu’il soit, je trouve ça inquiétant. Effrayant. Mais tu ne vois pas que ces mutants semblent attirer ce genre de violences ? Ça n’a jamais cessé depuis qu’ils se sont manifestés dans les années 90. Je ne veux pas que notre fille se trouve mêlée à cela. Et toi ? acheva-t-il, le visage grave.

Joanna appuya sa tête contre l’épaule de son mari.

— Moi aussi, ça me fait peur, mon chéri. Je trouve les enfants Ryton parfaitement adorables. Je ne peux pas croire que les mutants méritent qu’on les traite ainsi. Et je ne sais plus que dire à Kelly. (Elle battit des paupières, refoulant ses larmes.) Peu importe combien de mutants sont assassinés, je n’interdirai pas à Kelly de voir Michael. Je ne peux pas faire ça. Et je veux que tu l’acceptes. Maintenant, termine ce que tu as à faire et partons d’ici.

Elle tourna les talons et se dirigea à grandes enjambées vers le glisseur.

James Ryton était assis dans son bureau, incapable de détourner les yeux de l’écran à présent brouillé. Il avait regardé la conférence de presse et vu la caméra s’affoler tandis qu’Eleanor Jacobsen s’effondrait. Des visages flous, un rideau jaune, puis une femme vêtue d’un ensemble blanc, une mutante, étendue sur le dos à même le sol, les yeux ouverts sur le vide.

— Je leur avais dit qu’il fallait être prudents, dit Ryton d’une voix aiguë, presque hystérique, en s’adressant à un public imaginaire. Mais ils ne m’ont pas cru. Non, ils n’écoutent jamais, n’est-ce pas ? Et voyez ce qui est arrivé maintenant. Les normaux ont tué Eleanor Jacobsen. Je le savais. Je le savais.

Et voilà que l’assassin était mort, lui aussi.

Ryton mit sa tête dans ses mains et se massa les tempes. Les crises avaient repris leur vacarme quotidien. Les normaux nous tueraient tous l’un après l’autre s’ils le pouvaient, pensa-t-il plein d’amertume. Et ma fille qui est quelque part, à leur merci.

Aux Armes du Devonshire, dans Soho, Skerry, juché sur un tabouret en bois, sirotait un Red Jack tout en suivant le journal retransmis par satellite. En différé, il vit et revit tomber la femme aux cheveux d’or. Puis le visage blême, sans vie, de l’assassin dans sa cellule. Le barman regardait, lui aussi.

— Tu vois, mon vieux, dit-il, c’est triste pour cette femme, cette mutante. Comme ministre, elle avait l’air plutôt bien.

Skerry hocha lentement la tête, les yeux rivés à l’écran.

— Elle l’était, fit-il avant de vider son verre. Bon, il faut que j’y aille, ajouta-t-il en lançant d’une chiquenaude une plaque de crédit sur le comptoir. Garde la monnaie.

Dans son bureau, assis devant l’écran, Stephen Jeffers se passa la main sur les lèvres.

— Bon sang, lança-t-il. Ça fiche tout en l’air.

Sue Li Ryton se renversa dans son fauteuil, les yeux rivés sur l’écran. Trevan, l’auxiliaire du service, entra dans le bureau et, sans un mot, lui tendit un verre de couleur ambrée empli d’un liquide. Elle le remercia d’un signe de tête et y trempa les lèvres. L’odeur d’anis était perceptible mais, curieusement, ses papilles n’en enregistrèrent pas la saveur. Elle prit une seconde gorgée. Puis une troisième.

— Ouzo, dit Trevan comme pour s’excuser. C’est tout ce que j’avais.

— C’est parfait, déclara Sue Li en lui rendant le verre vide. Vous pouvez m’en verser un autre ?

Benjamin Cariddi garda les yeux sur son écran de bureau jusqu’à la fin du journal. Il était blême. Il composa un code privé et ferma son écran.

— Oui ? fit une voix fatiguée.

— C’est Ben.

— Tu as vu les nouvelles, évidemment.

— Oui. Je croyais que ça ne devait pas arriver ?…

— Ce cinglé a un peu forcé la note.

— Je t’avais prévenu…

— Au diable, tes conseils ! Il est trop tard, maintenant. On va devoir agir encore plus vite.

— Tu t’es occupé de Tamlin ?

— Bien sûr. Tu as toujours la fille ?

— Au grand complet, yeux dorés compris.

— Alors, vas-y.

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