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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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Au cours du deuxième numéro, Mélanie réussit à éviter les mains tendues des paras et se concentra sur les Coréens. Ils lui fourrèrent tant de plaques sous la ceinture qu’elle osait à peine bouger. Elle ne prit pas de risques dans sa danse, se contentant d’exciter deux hippies, et échappa même au terrible Tamlin. Quel timbré celui-là ! Elle termina son numéro avec panache et décida d’aller fumer un joint dehors.

L’air frais de la nuit la débarrassa rapidement de la sueur qui lui collait à la peau. En juillet à Washington, la chaleur était incroyable, mais au moins le soir apportait-il un peu de soulagement. Elle s’adossa à la porte et là, dans la ruelle qui donnait sur l’arrière du club, elle se mit à songer à sa famille. Ils seraient bien surpris d’apprendre combien d’argent elle se faisait. Un instant, Mélanie éprouva quelque chose qui ressemblait au bonheur. Elle n’avait plus besoin d’eux. Elle se débrouillait fort bien toute seule.

— Euh… excusez-moi. Miss Vénus ?

Oh non, pas lui ! Tamlin l’avait suivie dehors. À présent, il bloquait l’entrée. Mélanie recula lentement, esquissant un sourire.

— Oui ?

— Je voulais vous dire le plaisir que j’ai à vous regarder danser.

Il s’avança vers elle, les yeux rivés aux siens.

— Merci.

— Je me demandais si vous danseriez juste pour moi…

Il était de plus en plus près, tendit la main vers elle.

— Oh, Arnold, je ne sais pas. Je suis vraiment fatiguée.

Elle continua à reculer, tentant de le contourner pour gagner la porte. Pourquoi Dick n’avait-il envoyé personne la chercher ? La pause était pourtant terminée.

— Danse pour moi, Vénus. Lévite et danse dans les nuages, rien que pour moi.

Il l’empoigna aux épaules. Les mains étaient rudes, les doigts s’enfonçaient dans sa chair.

— Arnold, je ne peux pas léviter, dit-elle en se tortillant pour se dégager. Laissez-moi.

— Mais si, tu peux. Fais-le pour moi. Tous les mutants peuvent léviter, non ?

— Vous me faites mal.

Il ne semblait pas l’entendre. Mélanie voulut lui donner un coup de pied dans le tibia tandis qu’il la poussait devant lui, mais elle trébucha sur une brique qui traînait et tomba à la renverse sur le trottoir, Tamlin sur elle. Il mit les mains autour de sa gorge et serra.

— Lévite, salope ! Espèce de sale mutante ! Monstre ! Lévite ou je te tue !

Mélanie essaya de crier, alors même qu’elle savait que le bruit du bar couvrirait le son de sa voix. Elle lutta désespérément, griffant les mains du type tandis que les beuglements à ses oreilles devenaient plus forts. De plus en plus forts. La poigne de Tamlin était trop forte. Suffoquant, elle chercha son souffle. Des points brillants jaillirent derrière ses paupières, puis commencèrent à s’effacer. Ne parvenant plus à respirer, elle eut envie de se laisser aller. Mais il y avait quelque chose qui l’en empêchait.

— Mademoiselle ? Ça va ?

Quelqu’un la secouait. Mélanie ouvrit les yeux. Un jeune homme, penché sur elle l’air anxieux, la regardait. Il avait des cheveux châtains assez longs, le teint olivâtre et des yeux bruns expressifs. Elle se redressa précautionneusement.

— Où est-il ?

— Il s’est sauvé quand je l’ai tabassé.

— Mon Dieu, dit Mélanie en se tâtant la gorge. Je crois que vous m’avez sauvé la vie.

— Disons que je n’allais pas le regarder vous étrangler.

Il passa un bras rassurant autour de ses épaules, et l’aida à se relever. Reconnaissante, elle se laissa aller contre lui. C’était l’un des hommes d’affaires dont elle avait remarqué la présence dans le bar tout à l’heure.

— Vous allez bien ? Vous voulez voir un médecin ?

Elle secoua la tête.

— Ça va.

— Alors, permettez que je vous reconduise chez vous. Il pourrait bien être encore dans les parages et vous suivre.

— Vous croyez ?

— Tout est possible avec ce genre de maniaque.

— Qui êtes-vous ?

— Je m’appelle Benjamin. Benjamin Cariddi. Ben.

Elle lui serra la main, se trouvant un peu idiote.

— Moi, c’est Mélanie.

— Je me doutais bien que ce n’était pas Vénus.

Il eut un sourire moqueur.

— Donnez-moi cinq minutes pour me changer, dit-elle en souriant à son tour. Et prévenez-les que j’ai eu ma dose pour ce soir.

— Je vous retrouve à l’entrée.

Il l’attendait dans un glisseur de couleur sombre aux formes aérodynamiques. Les sièges gris avaient l’air recouverts de cuir. Une bonne imitation, sans doute, pensa-t-elle.

— Vous avez faim ? demanda-t-il.

— Oui.

— Vous aimez les hamburgers ?

— Les vrais ? Oh oui !

— Je connais un endroit formidable pour ça.

Il engagea le glisseur dans une rue latérale qui menait à une entrée d’autoroute, entra un code au tableau de bord et s’adossa à son siège.

— Il est entièrement autoguidé ?

— Presque.

— Ces glisseurs coûtent follement cher, non ?

Ben sourit avant de répondre.

— Oui.

Mélanie rougit. Cesse de poser des questions stupides, se morigéna-t-elle. Contente-toi de regarder le paysage.

Celui-ci ne lui était pas familier : un quartier résidentiel tranquille. À la sortie suivante, le glisseur quitta l’autoroute et fila entre des pelouses bien entretenues et des maisons élégantes aux murs baignés d’une lumière jaune que dispensaient des éclairages indirects. Un autre carrefour, et ils foncèrent à travers un défilé de gratte-ciel brillants. Le glisseur s’immobilisa devant une tour verte dont le dernier étage se perdait dans le brouillard et les ténèbres, puis manœuvra jusqu’à un monte-charge. Dans un grincement et une secousse, l’ascenseur les déposa sur une aire de stationnement profondément enfouie sous terre.

— Tout le monde descend, dit Ben en ouvrant la portière de Mélanie.

— Où sommes-nous ?

— Chez moi.

— Je croyais que nous allions manger un hamburger.

— C’est cela. Je fais les meilleurs hamburgers du coin. (Il lui adressa un grand sourire et la conduisit vers un second ascenseur.) Vingt-troisième étage, s’il vous plaît.

Mélanie n’eut pas le temps de compter les étages que l’ascenseur s’était immobilisé. Ben la guida le long d’un couloir gris recouvert d’une somptueuse moquette. Il posa sa paume contre la plaque détectrice qui leur ouvrit la porte sur un duplex spacieux. Le salon aux allures d’atrium regorgeait de plantes vertes et de canapés bas en cuir fauve.

— Mettez-vous à l’aise, dit-il avant de disparaître dans la cuisine.

Les murs étaient tapissés d’une toile où jouaient des reflets vert et or. Un vestibule reliait le hall d’entrée à trois chambres, une salle de bains et un petit bureau. Plus loin, se trouvait la chambre du maître des lieux, une pièce sombre lambrissée de boiseries sombres et précieuses. Au mur du fond, un ascenseur dont Mélanie présuma qu’il desservait le second niveau.

Une odeur de viande grillée flotta jusqu’à ses narines.

— À table, annonça la voix de Ben depuis une enceinte murale.

La cuisine était longue et étroite, bordée de meubles de rangement d’un blanc éclatant. Elle donnait sur un coin-repas circulaire où une table était dressée – fines assiettes noires et couverts rutilants. Ben servit la sauce dans un bol à côté du plat de hamburgers et désigna une chaise.

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