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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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Elle adressa un signe de tête à Rebecca Hegen et sourit à Tim Rogers. Aucun visage ne lui était inconnu, à l’exception d’un seul : un jeune homme aux cheveux bruns coupés court et au teint pâle, affublé de lunettes à monture d’écaille démodées. Le type bouscula les autres journalistes et alla s’asseoir au milieu de la seconde rangée. Un de ses collègues lui jeta un regard furieux. Celui sans doute qui gardait cette place pour quelqu’un d’autre. Toujours est-il que l’homme aux lunettes ne prêta aucune attention à la réaction de son voisin, et concentra son regard sur la table à laquelle allait s’asseoir Jacobsen. Puis, il baissa la tête et se mit à tripoter une mallette-écran en cuir.

Mieux valait encore creuser des tranchées que de travailler comme journaliste à la télé, songea Andie. La compétition y était acharnée. À chacun des petits nouveaux de jouer des coudes pour se faire une place au soleil. Pour autant qu’elle pouvait en juger, le jeune homme aux lunettes était promis à une brillante carrière. Elle essaierait plus tard de savoir qui il était.

Lorsque Jacobsen entra par une porte latérale, le tumulte s’atténua dans la salle. En s’asseyant, elle fit un petit signe de tête à Andie, puis attaqua son discours.

— J’aimerais clarifier les déclarations qu’a faites mon collègue, le sénateur Horner, à propos des rumeurs concernant un prétendu supermutant.

Elle avait l’air confiante et sûre d’elle. Andie commença à se détendre.

— Nous devons nous garder, poursuivit Jacobsen, de laisser nos émotions prendre le pas sur les faits. Et à l’heure actuelle, les faits nous disent qu’aucune preuve n’a été avancée sur d’éventuelles expériences génétiques, telles celles auxquelles le sénateur Horner a fait allusion. Nous n’avons absolument aucune preuve non plus de l’existence d’un quelconque surhomme mutant. Je crains que mon estimé collègue ne se soit fait prendre à un canular et je l’invite à nous communiquer ses sources, aussi bien à moi qu’aux représentants des médias.

Tous les regards étaient rivés sur Jacobsen. Alors Andie vit l’étrange jeune homme aux lunettes du deuxième rang tendre vers le sénateur ce qui ressemblait à un magnétophone.

— Il est vital que nous considérions cette affaire pour ce qu’elle est : une chimère, une rumeur non corroborée…

Une plainte stridente traversa la salle, noyant la voix du sénateur. Interrompue en plein discours, Jacobsen tourna la tête vers la source de ce bruit incongru. Elle était enveloppée d’un tourbillon de lumière blanche.

Andie eut un sursaut et tenta de se porter en avant. Mais dans la salle bondée, elle était coincée, impuissante. Pétrifiée d’horreur, elle vit Jacobsen s’effondrer sur le devant du podium.

— Le type, là, hurla-t-elle. Le type aux lunettes ! Attrapez-le !

Mais l’homme en question était déjà en train de sauter par-dessus une rangée de chaises et, se faufilant entre les gens, fonçait vers la sortie. Alors, la foule explosa.

— Un docteur !

— Appelez la sécurité !

— Attrapez-le. Il a tiré sur Eleanor Jacobsen.

Un cameraman, en T-shirt bleu moulé sur un torse puissant, plaqua le tireur à un mètre cinquante de la porte, et ils disparurent l’un et l’autre sous une mêlée d’uniformes de gardes de la sécurité.

Andie se fraya un chemin jusqu’à l’estrade. Jacobsen gisait sur le plancher, telle une poupée de chiffon. Ses yeux étaient ouverts et ne cillaient pas, fixés sur le vide. Une femme en robe rouge se pencha sur elle et testa les signes vitaux.

— Comment va-t-elle ? Est-ce qu’elle respire ? Et son pouls ?

Andie avait posé les questions machinalement. Un simple coup d’œil suffisait à se rendre à l’évidence. Jacobsen était morte. Comme paralysée, Andie regarda la femme à la robe rouge fermer les yeux qui ne voyaient plus.

— Allez chercher un docteur ! Vite ! cria quelqu’un.

Andie s’obligea à garder les yeux sur le visage livide de Jacobsen, réprimant l’envie de caresser les cheveux blonds en désordre. Cette intelligence remarquable, cet esprit incisif, cet engagement inébranlable, tout cela anéanti en un instant. Eleanor, l’héroïne des mutants, la légende dorée, assassinée par un non-mutant. Andie sentit des larmes lui piquer les yeux. Elle s’accroupit au bord de l’estrade et enfouit son visage dans ses mains. C’était la fin de tout. La fin de tout.

— Passe-moi le niveau à laser, dit McLeod en se penchant sur le nez du vieux Cessna.

Joanna fouilla dans la trousse à outils.

— À quoi ça ressemble ?

— C’est long et noir, avec L.E.D. écrit en jaune.

— Je ne le trouve pas, dit Joanna. Il fallait vraiment que tu nous imposes cet engin pendant les vacances ?

— T’occupe pas de ça. Passe la trousse.

Elle la lui envoya en grimaçant un sourire. Si elle ne prétendait pas prendre plaisir à travailler sur l’avion de son mari, la visite à la vieille piste d’atterrissage du lac Louise en revanche faisait partie de la tradition familiale. Et puis, elle aimait bien voir les pilotes qui venaient le week-end bricoler leurs appareils. La peinture métallisée brillant de tous ses reflets, le ciel bleu sans nuages vers lequel s’élançaient les petits avions, cette ambiance lui plaisait.

Bien qu’elle eût suivi les cours de l’école de pilotage, à la demande pressante de Bill, et qu’elle eût même passé son brevet de pilote, depuis la naissance des enfants elle s’y intéressait moins. Certes, elle aimait se rappeler son premier vol en solitaire. Mais ce souvenir lui suffisait.

— Tu te rappelles quand Kelly venait ici avec nous ? demanda-t-elle.

— Oui. Elle aurait fait un sacré bon pilote.

— C’est sûr. Je me demande ce qui l’intéresse aujourd’hui, soupira Joanna.

— En dehors des bagarres au couteau ?

— Bill !

Il leva les mains en signe de reddition, puis revint à son avion.

— Je plaisantais. On a des nouvelles de cette jeune mutante ?

— Mélanie Ryton ? Kelly n’a pas été très bavarde.

— J’ai remarqué. Depuis qu’on est ici, elle erre comme une désœuvrée.

— Michael lui manque. C’est normal.

— Je me demande si on peut en dire autant de lui.

— Tu sais que je n’aime pas quand tu parles de lui de cette façon, rétorqua Joanna en croisant les bras, fâchée.

— Bon Dieu, Jo, je ne peux pas m’en empêcher. Il me flanque la trouille. C’est un gentil garçon, mais ces yeux ! Et bridés, par-dessus le marché. Je me demande qui était le plus mal à l’aise quand Kelly lui a fait faire cette démonstration de lévitation. On aurait cru qu’il voulait ramper sous le canapé. D’ailleurs, il faut le comprendre. C’était comme qui dirait un numéro d’exhibitionnisme.

Joanna émit un petit rire.

— Remarque, c’était assez étonnant. Autant que je me souvienne, c’était la première fois que je voyais un mutant montrer ce qu’il savait faire. Je l’enviais presque. Ça doit être très rigolo.

Un instant, Joanna s’imagina en train de flotter dans les airs.

— Peut-être. Mais si tu veux mon avis, ce mutant n’avait pas l’air de rigoler.

— Non, c’est vrai. Il fait si sérieux. Bon, je suppose qu’il s’inquiète pour sa sœur.

— Oui. Et maintenant il y a ce truc complètement dingue qui nous tombe dessus, ce supermutant, à en croire le sénateur… comment s’appelle-t-il ? Horner.

McLeod cessa de bavarder. Sans doute était-il occupé à retendre un câble. Joanna s’appuya au fuselage argenté.

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