La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Asseyez-vous. C’est une recette de mon invention.
Mélanie contempla les assiettes et les verres étincelants, les couverts en argent disposés dans un alignement impeccable. Ces derniers temps, elle avait mangé un peu trop souvent dans des gargotes à soja. Saisissant un hamburger, elle en croqua un énorme morceau. Puis un autre.
— Oooh ! Génial, dit-elle entre deux pleines bouchées.
Elle avait oublié combien la vraie viande était bonne. Elle ajouta de la sauce, qui semblait faite à base de tomate et d’oignon, avec une forte saveur piquante et sucrée à la fois.
— Je ne crois pas à toutes ces publicités fallacieuses, dit Ben. (Tout en buvant une gorgée de bière, il jaugea son invitée.) Que faites-vous dans une boîte comme ça ?
— C’est un travail. J’en avais besoin.
— Où sont vos parents ?
— Morts.
Mélanie concentra son attention sur la nourriture.
— D’où êtes-vous ?
— New York, répondit-elle avant de se servir un deuxième hamburger.
— Des membres de votre clan ne pourraient pas vous aider ?
Elle s’arrêta de mastiquer et le regarda.
— Que savez-vous sur le clan ?
— J’ai vu un documentaire à la télé qui expliquait que les mutants faisaient des réunions de clan et des choses comme ça.
— Je ne me rappelle pas avoir jamais vu ce truc-là.
Ben haussa les épaules :
— Peut-être ne l’a-t-on pas passé à New York.
— Peut-être, dit-elle avant d’engloutir le dernier morceau et de s’essuyer les lèvres. Merci pour le repas.
Elle se leva, prit son sac et se dirigea vers la porte.
— Où allez-vous ? demanda Ben en la rejoignant.
— Chez moi.
— Dans un studio plein de puces, sans doute.
— Sans doute. (Mélanie essaya d’ouvrir la porte, qui résista.) Laissez-moi partir.
Ben passa devant elle et composa un code sur le panneau mural. La porte glissa.
— Vous ne trouverez pas de taxi à cette heure-ci.
— En ce cas, je prendrai le métro.
— Il n’y a pas une seule station à des kilomètres à la ronde. Et vous ne savez même pas où vous êtes. (Il s’appuya contre le chambranle de la porte.) Ce n’est peut-être pas une si bonne idée de suivre chez eux des inconnus, hein ?
Ben ébaucha un sourire et Mélanie sentit battre son cœur. Dans quoi s’était-elle fourrée à présent ?
— Calmez-vous, dit Ben en secouant la tête. Je ne vous veux pas de mal. Vous êtes libre de partir si ça vous chante. Ou de rester.
— Pourquoi est-ce que je resterais ?
— Parce que c’est un endroit plus agréable que celui où vous dormez. Parce qu’il y a un verrou à la porte de votre chambre que vous seule serez en mesure d’actionner. Parce que vous avez besoin d’aide et que je peux vous l’apporter.
— Comme quoi, par exemple ?
— Un travail plus intéressant. Pour quelqu’un qui débute.
— Et que devrai-je vous donner en échange ?
Le même sourire éclaira un instant le visage de Ben.
— Je vais y réfléchir. Mais pas ce soir. Allons. Il se fait tard.
Mélanie se laissa convaincre, et Ben referma la porte. Il fit glisser le panneau d’une penderie qui révéla des étagères chargées de serviettes et de draps bleus.
— Prenez ce dont vous avez besoin. Votre chambre est la première porte sur la droite. Elle a sa propre salle de bains.
Elle le dévisagea, encore hésitante.
Ben poussa un soupir et se dirigea vers la chambre. Il entra un code dans l’ordinateur placé dans un coin. L’écran resta vide jusqu’à ce que bourdonne une voix artificielle.
« Vous êtes en liaison avec le commissariat de police du district sud de Columbia. En cas d’urgence, composez le sept cent trente-trois ; pour le fichier des arrestations, le six cent vingt-deux ; pour la brigade des stupéfiants…» Ben coupa la communication, puis effectua un autre réglage.
— Voilà. Je l’ai mis sur rappel automatique. Ils peuvent repérer un appel en trois secondes, mais vous trouverez mon adresse dans le tiroir du haut si ça vous dit de me dénoncer pour gentillesse envers les invités de passage.
— Je ne comprends pas, dit Mélanie.
— Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ?
— Je ne vous connais pas. Pourquoi faites-vous ça pour moi ?
Ben sourit.
— Il se trouve simplement que j’étais ce soir dans cette boîte parce qu’un collègue qui arrivait du Tennessee avait envie de voir un numéro de danse exotique. Cela dit, j’ai beaucoup apprécié votre spectacle. En revanche, fit-il avec une grimace, ce que je n’ai pas apprécié, c’est de voir un psychopathe tenter de vous étrangler. Et je ne serai pas là tous les soirs pour vous protéger. (Il posa sa main sur la joue de la jeune fille.) Vous n’êtes pas faite pour ce boulot.
Ça commence par les compliments, songea Mélanie, puis vient le numéro de séduction. Bon, très bien, finissons-en. Et pourtant, cet homme avait une expression bizarre. Allait-il se décider à l’embrasser ?
Du doigt, il dessina délicatement le contour de ses lèvres.
— Vous êtes vraiment adorable, vous savez. Je ne voudrais pas qu’il vous arrive quelque chose.
Il retira la main et recula vers la porte.
— Si vous entendez du bruit au milieu de la nuit, ne vous inquiétez pas. Je travaille assez souvent à des heures incongrues. J’ai plusieurs correspondants outremer. Je suis exportateur d’articles spécialisés. Bon, dormez bien.
Il longea le couloir et entra dans sa chambre dont il referma la porte. Mélanie l’avait suivi des yeux, ne croyant toujours pas à ce qui lui arrivait. Que cherchait-il ? Il lui avait sauvé la vie, l’avait nourrie, et maintenant il lui offrait un toit. Il n’avait même pas vraiment essayé de lui faire du plat. Bizarre. Elle huma avec bonheur l’odeur des draps fleuris qui respiraient le propre. Le sommeil l’appelait. Mais avant toute chose, elle ferma la porte derrière elle et à deux reprises vérifia le verrou.
12
Andie se réveilla en sursaut. Elle était couchée sur le canapé, tout habillée. Il était sept heures du matin, à l’horloge murale. Zut ! La conférence de presse de Jacobsen avait lieu dans trois heures. Elle bondit sur ses pieds et courut vers la salle de bains. Deux minutes sous la douche, cinq devant le miroir, et cinq de plus pour enfiler son ensemble en soie gris et se refaire un chignon austère. Elle saisit sa mallette-écran et se rua vers le métro en priant que celui-ci soit à l’heure. La chance était avec elle, et elle débarqua au bureau dix minutes avant que n’arrive Jacobsen, à huit heures et quart, ce qui lui laissa juste le temps de transférer ses notes sur l’ordinateur du sénateur.
Caryl leva la tête de devant son écran, l’air exaspéré.
— Ça fait une heure que je suis là. Quatre-vingt-dix appels.
Au même moment, un de plus s’afficha, aussitôt reçu par le répondeur automatique : l’image enregistrée d’Andie assura le correspondant que le sénateur Jacobsen examinerait cet appel et lui demandait de laisser un message après la tonalité.
Sur ce, Jacobsen entra d’un pas décidé. Dans son tailleur couleur ivoire, on la sentait déterminée, compétente.
— Tout est en ordre ?
— Autant que je sache. Vos notes sont prêtes.
Le sénateur approuva d’un hochement de tête et disparut dans son bureau.
À huit heures trente, le reste de l’équipe était sur place. Andie commença à se sentir plus optimiste. Ils gagneraient la partie. Il le fallait.
Un quart d’heure avant le début de la conférence, Andie descendit dans la salle présidentielle pour vérifier les micros. Les cinq étaient en place. Puis, elle regarda entrer le défilé de journalistes, juste à l’heure prévue.