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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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« Eh, il a fini par crever, hurla aux gardes le prisonnier enchaîné à côté de lui. Jetez-le aux loups ! Je veux pas voyager avec un cadavre ! »

Le coche s’arrêta. La portière s’ouvrit.

À ce moment-là, un trait d’arbalète traversa de part en part la gorge du garde qui venait d’ouvrir. Depuis l’intérieur de la voiture, Shimon et les autres prisonniers entendirent des cris, des chocs sourds. La terre tremblait sous les sabots de nombreux chevaux. Il y eut des jurons et des prières. Puis tout se tut.

Soudain, un visage creusé par la faim, laid et inexpressif, s’encadra dans la portière. Derrière lui une dizaine d’hommes souillés de sang. « T’es libre, chef », dit l’individu au visage creusé.

Celui que tous croyaient mort se releva.

Un des bandits monta dans le coche et lui détacha les chevilles. « Ça fait plaisir de te revoir, chef », dit-il.

L’homme ne répondit pas. Il s’empara du couteau que l’autre portait à sa ceinture et, toujours sans un mot, égorgea le prisonnier qui lui avait donné un coup de coude dans l’estomac. Puis il descendit du coche et dit à ses hommes : « Tuez-les tous ».

Un des bandits monta et enfonça sans hésitation son épée dans la poitrine du premier prisonnier, assis à côté de Shimon.

« Pas lui, dit le chef des bandits en revenant à cheval et en désignant Shimon. Je sais pas pourquoi t’as pas ri, muet… mais aujourd’hui c’est ton jour de chance. »

Les bandits achevèrent les prisonniers, lancèrent à Shimon les clés du cadenas et partirent au galop.

Shimon se libéra, descendit et chercha le capitaine des gardes. Un trait d’arbalète lui était entré par l’œil gauche et ressortait à l’arrière du crâne. Shimon le trouva comique à voir. Il fouilla dans ses poches et récupéra son certificat de baptême. Puis il trouva une pièce d’or, qu’il reconnut : c’était un de ses sept florins, la part du butin qui revenait au capitaine. En fouillant les autres gardes, il trouva un second florin, qu’ils avaient sans doute l’intention de se partager plus tard en le dépensant dans une taverne en compagnie de quelque putain. Cela voulait dire que le Général et la fille avaient les cinq autres.

Il ôta les bottes du capitaine, tapa des talons sur le sol. Les éperons tintèrent. Les bottes lui allaient bien. Il lui prit ses gants de cuir, jeta sur ses épaules sa cape aux armes du pape et se coiffa du casque léger.

Il entendit un gémissement et se retourna. Un des gardes tendait le bras vers lui. « Au secours… aide-moi… » Ce n’était qu’un gosse. Shimon s’agenouilla près de lui et lui tint la tête entre les mains, la posant contre sa poitrine.

Puis, d’un geste sec, il lui tordit le cou.

Il ramassa une épée ensanglantée, une arbalète et des traits puis détacha les chevaux flamands attelés, donna une claque sur leur puissant postérieur et les regarda s’éloigner. Il saisit par la bride le cheval d’un garde, un hongre blanc qui avait de larges rayures de sang sur l’encolure. Il le nettoya, le calma et monta en selle. Un petit coup léger des éperons du capitaine, et le cheval partit.

“J’arrive”, pensa Shimon en se dirigeant vers l’auberge.

22

Le lendemain matin, Mercurio et Benedetta flânaient sur le pont du Rialto en réfléchissant à un moyen de voler des vêtements neufs, quand ils furent approchés par un jeune homme qui avait un bandage sur l’œil.

« Suivez-moi, on va voir Scarabello », dit le borgne.

Ils descendirent du pont et tournèrent tout de suite à gauche, longeant le Grand Canal sur la fondamenta de riva[6] del Vin. Pour éviter de s’enfoncer dans la boue, ils essayaient de marcher sur les vieilles poutres de bois, généralement dédiées au roulage des tonneaux de vin, qu’on déchargeait à cet endroit pour fournir toutes les maisons et les auberges de Venise. Ils prirent le ramo del Fondego, tournèrent à gauche et se retrouvèrent sur le campo[7] San Silvestro.

Scarabello était debout, bras ouverts en croix, devant la boutique d’un fourreur. Dans l’air humide s’élevait l’horrible puanteur des acides de tannerie. Scarabello était vêtu d’une grande et épaisse fourrure. Deux apprentis s’affairaient autour de lui, tenant un pinceau qu’ils trempaient dans une boîte en fer-blanc remplie de teinture noire. Mercurio remarqua qu’à certains endroits, sur lesquels les apprentis insistaient, la fourrure était marron. Difficile de savoir de quel animal il s’agissait. Le poil, hirsute, aurait pu être aussi bien du poil de chien que d’ours. Scarabello mordait de temps en temps dans un morceau de viande planté sur la pointe d’un couteau. Trois de ses hommes, que le borgne rejoignit, étaient assis à l’écart sur des pierres blanches qui dépassaient du mur d’une maison.

« Alors, c’est comment, Venise ? », fit Scarabello quand Mercurio se présenta devant lui. Il n’eut pas un regard pour Benedetta.

« Pleine de volaille à plumer, à ce qu’il me semble », répondit Mercurio. Et il fut encore une fois frappé par la couleur de ses cheveux, presque blancs.

« Et qu’est-ce qui te fait penser que tu peux les plumer ? demanda Scarabello.

— J’imagine que j’ai besoin de ta permission. »

Scarabello approuva d’un sourire. Puis il se tourna vers les deux apprentis, agacé. « Alors, c’est bientôt fini ? »

Ils ne répondirent pas, mais le fourreur sortit précipitamment de sa boutique pour vérifier l’état des opérations. Il hocha la tête. « Messer Scarabello, ce n’est pas du travail bien fait, se lamenta-t-il. Il faut fixer la teinture.

— Pas le temps, répondit Scarabello d’un ton sec. C’est bientôt fini ?

— C’est presque terminé », dit tristement le fourreur.

Scarabello fit un signe pour le chasser. Puis il prit une bouchée de viande. « Alors, explique-moi ce que tu voudrais faire, demanda-t-il à Mercurio.

— Je veux des vêtements neufs pour nous deux. Avec ceux-là, on nous renifle à une lieue de distance. »

Scarabello ne fit aucun commentaire.

« Moi je suis un bon escroc, je te l’ai dit, et elle, un bon guetteur, fit Mercurio. Tu nous dis ce que… »

Scarabello le fit taire d’un geste de la main. « Ça suffit, dit-il aux apprentis.

— C’est fini, messer Scarabello, dit l’un des deux.

— Mais faites attention, si jamais…, commença l’autre.

— Va au diable », le coupa Scarabello, qui fit signe à Mercurio de le suivre. Il se glissa dans l’étroite calle del Luganegher. Ses hommes suivirent. Benedetta aussi. Scarabello marcha d’un pas vif jusqu’au campo Santo Aponal, où il s’arrêta et indiqua à Mercurio une boutique misérable, déserte. « Il y a cinq ans, là-dedans, est né un monstre à deux têtes, quatre bras et trois jambes. Un garçon et une fille collés l’un à l’autre. C’étaient les enfants du marchand de légumes. » De son couteau qui portait encore le morceau de viande, il désigna un homme penché sur le comptoir. « La fille, ils l’ont appelée Maria, le garçon Alvise. Ils ont survécu une heure. Après, un docteur a emmené le monstre et l’a fait embaumer. Depuis ce jour, plus personne n’est entré dans cette boutique. »

Mercurio regarda l’homme dans son magasin. « Et pourquoi il reste ouvert, alors ?

— Parce que maintenant il travaille pour moi. Tu lui porteras un tiers de ce que tu gagnes. Et lui il me le donnera.

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6

Fondamenta : rue bordée d’un canal. Riva : quai de déchargement.

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7

Place. Pluriel : campi. La seule place à être dénommée piazza est la place Saint-Marc.

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