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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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— Et alors ? demanda Benedetta, déconcertée.

— Et alors, c’est simple : il faut faire comme si on ne l’avait pas, cet argent », répondit Mercurio. Il la regarda. « On ferait quoi si on n’avait pas d’argent ?

— Oh, non ! s’exclama Benedetta.

— Oh, si, petite sœur.

— On a plein d’argent et on va risquer la prison pour vol ?

— Notre argent, il faut l’utiliser pour notre projet.

— Encore ! lâcha Benedetta. On n’en a pas, de projet !

— On en aura un. Du moins, j’espère. Et de toute façon, tôt ou tard, l’argent finirait. Et reconnais qu’on ne sait rien faire d’autre que voler.

— Non… souffla Benedetta, découragée.

— Si.

— Alors pour aujourd’hui je vais garder ma peau de poisson, dit-elle d’un ton chagrin en montrant sa robe qui puait. On mange quelque chose et on va se coucher. Je suis morte, j’ai les pieds gonflés et les chaussures pleines de boue.

— J’aime te sentir aussi joyeuse, rit Mercurio.

— Va te faire foutre. »

Ils pénétrèrent dans une gargote, où ils mangèrent du poisson cuisiné d’étrange manière. C’était collant mais les autres clients semblaient apprécier. Puis ils retournèrent vers l’auberge.

Mercurio examinait la foule. Comment parviendrait-il à retrouver Giuditta au milieu de tous ces gens ?

« Tu cherches quelqu’un ? lui demanda Benedetta quand ils arrivèrent à la Lanterna Rossa.

— Moi ? ».

Le vieux, à l’entrée, était toujours assis sur sa chaise. Il les regarda avec rancune et cracha dans son pot de chambre.

« À mon avis, c’est pas une chaise, dit Mercurio. C’est son cul qui a pris racine. »

Benedetta rit. « Alors ? Tu cherches qui ?

— Personne. »

Dans la chambre, Mercurio alluma une chandelle et inspecta la pièce. Sans bruit, il écarta une table de bois de la paroi et commença à creuser un trou dans le mur avec une cuillère volée dans la gargote. Il y glissa le sac de pièces et remit la table en place. « Ils cherchent toujours dans le plancher », dit-il à Benedetta.

Ils se regardèrent, gênés.

« Bon, on dort, fit Benedetta. Qu’est-ce que t’attends ?

— De quel côté tu veux dormir ?

— Suffit que tu restes loin », avertit-elle. Elle se coucha du côté gauche et tira la couverture sur elle. « Celle-là, je la prends. Toi, tu as ta tunique fourrée en peau de lapin. »

Mercurio se coucha contre le bord droit. « J’éteins ?

— Éteins », dit Benedetta.

Il souffla sur la chandelle et ce fut le noir. Ils gardèrent quelque temps un silence embarrassé.

« Tu dors ? demanda Mercurio tout bas.

— Non. Qu’est-ce que tu veux ? répondit Benedetta d’un ton désobligeant.

— Je voulais te dire que quand les brigands nous ont pris les chevaux et tout le reste…

— Eh ben ?

— Eh ben… t’as été très courageuse.

— Bon, maintenant tu l’as dit. On dort.

— Oui, t’as raison. Bonne nuit. »

Benedetta ne répondit pas.

« Je peux te demander quelque chose ? reprit Mercurio.

— Quoi encore ?

— T’y penses jamais, toi, à Ercole et à l’homme que j’ai tué ? » Benedetta resta silencieuse un instant. Puis, d’une voix moins brusque, elle lui demanda : « Il s’appelait comment, l’ivrogne qui t’a sauvé et qui est mort noyé ?

— Je sais pas…

— T’y penses jamais à… “Je-sais-pas” ?

— Tout le temps, répondit doucement Mercurio. Puis il ajouta : Et à ce marchand aussi.

— Et moi je pense à Ercole. Et aussi à ce crétin de Zolfo. »

Benedetta avait un ton de voix amical. « Et tu penses quoi ? », ajouta-t-elle.

Mercurio ne répondit pas tout de suite. « Que j’ai peur…

— Ah…

— … et ça me fait un grand froid à l’intérieur. »

Les deux jeunes gens restèrent longtemps silencieux.

« Mercurio…, finit par dire Benedetta.

— Hein ?

— Si tu veux venir plus près, avoir un peu de couverture. » Benedetta se déplaça vers le milieu du lit, en continuant à lui tourner le dos.

Mercurio resta un moment immobile, puis s’approcha, avec raideur.

« N’essaie pas de m’embrasser, fit Benedetta.

— Non », dit Mercurio.

Benedetta soupira, tendit une main derrière elle, prit celle de Mercurio et la posa contre elle. « Si tu te mets pas plus près, on va jamais se réchauffer, dit-elle. Mais pas touche…

— Non.

— Et dis à ce truc que tu as entre les jambes de rester à sa place… enfin, de se tenir tranquille.

— Oui », fit Mercurio, qui se sentit rougir.

Il s’écoula un peu de temps, puis Benedetta dit : « Ça te fait quelque chose que j’aie couché avec ce curé et tous ces autres porcs ?

— La vie, c’est de la merde. » Dans la voix de Mercurio, il y avait de la colère et de l’embarras.

« Pourquoi t’es toujours en colère ?

— Je suis pas toujours en colère.

— Si, tu l’es. »

Mercurio réfléchit. « J’ai pas envie d’en parler. »

Benedetta resta un certain temps silencieuse avant de demander : « Alors ? Ça te fait quelque chose que je ne sois pas vierge ?

— Quelle importance si une fille est vierge ou pas ?

— Les hommes respectent les femmes seulement si elles sont vierges, tu sais pas ça ?

— Hum… oui, bien sûr que je le sais… »

Benedetta rit doucement. « T’as jamais fait l’amour, c’est ça ?

— Si, au contraire, je l’ai déjà fait.

— Ah oui ? fit Benedetta avec une pointe de malice. Et c’était comment ?

— Ben, disons… disons que nos mains à tous les deux… elles faisaient quelque chose, tu vois ? bredouilla Mercurio, mal à l’aise.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Ben, c’était pas grand-chose… bref… il y a mieux.

— Menteur, ricana Benedetta. Tu l’as jamais fait.

— J’ai sommeil, on dort. »

Benedetta sourit dans le noir. « Oui, on dort. » Puis elle glissa sa main dans celle de Mercurio.

Mercurio, à ce contact, se raidit.

« Détends-toi, c’est juste pour me réchauffer. »

Mercurio ne répondit pas. C’était vrai. Il n’avait jamais fait l’amour. Il ne savait rien de l’amour. Il resta immobile pendant un temps qui lui parut interminable, les yeux grand ouverts. Et ce fut seulement quand il entendit la respiration de Benedetta se faire plus lourde, qu’il commença à s’abandonner à la fatigue. Il ferma les yeux. Et aussitôt le souvenir de Giuditta revint à son esprit. Il repensa à l’instant où ils s’étaient retrouvés main dans la main, dans le chariot des vivres, à Mestre. Il lui sembla que la même chaleur particulière l’envahissait de nouveau. Il supposa que c’était cela, l’amour. Comme ce qui était arrivé à Anna del Mercato et à son mari. Et si l’amour faisait tout ce remue-ménage dans le ventre, ce n’était pas si mal, sourit-il. Il se concentra sur Giuditta sans résister. Elle pouvait peut-être devenir son projet. Il s’imagina de nouveau dans le chariot, à côté d’elle.

Et il serra la main de Benedetta.

Benedetta lui rendit son étreinte et s’approcha plus près.

Mercurio se sentit rougir de honte. « Pardon, murmura-t-il, embarrassé.

— De quoi ? demanda Benedetta.

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