Couleurs de l'incendie
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Trilogie de l’entre deux-guerres #2
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226392121
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Couleurs de l'incendie». Краткое содержание книги:
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l'Europe.
Elle l’aurait tué si elle s’était précipitée chez lui aussitôt, si elle était montée sans réfléchir. Elle aurait frappé et, dès l’ouverture de la porte, elle se serait jetée sur lui les deux bras tendus. Elle l’aurait alors repoussé si puissamment qu’il aurait reculé jusqu’à la fenêtre ouverte et, à l’instant où ses jambes auraient senti l’appui, il aurait compris, et il aurait basculé dans le vide en hurlant. Elle se serait penchée, aurait assisté à sa chute, le corps curieusement replié en position fœtale serait d’abord tombé sur le capot d’un camion, aurait rebondi et atterri sur la chaussée avec un bruit sourd, une voiture aurait freiné, mais n’aurait pu éviter le choc…
Oui, si elle s’était précipitée tout de suite, peut-être…
Mais elle ne l’avait pas fait et cela ne tenait pas seulement à l’énergie qui lui manquait, à la peur des conséquences auxquelles, pour être honnête, elle ne songea pas un instant.
Non, c’est parce qu’elle aussi était coupable.
Qu’avait-elle fait, mon Dieu, quel épouvantable champ de ruines elle avait provoqué…
Paul retrouva son calme. Ces révélations l’avaient épuisé, mais deux jours plus tard, il recommençait à manger, à écouter un peu de musique, Madeleine eut le sentiment confus qu’il était soulagé.
Mais pas elle.
On irait au commissariat. Mieux : le commissaire viendrait ici recueillir la plainte, enregistrer les faits, c’est tout.
Paul s’agitait, tournait la tête en tous sens en criant :
— Je… j… ja… ja… mais !
Madeleine jura qu’on ferait comme il voudrait, mais elle revint à la charge à deux reprises, provoquant chaque fois une nouvelle crise de panique, Paul ne voulait pas répéter tout cela, à personne ! Jamais !
Quand il regrettait de lui en avoir parlé à elle, elle se jetait à ses pieds, lui demandait pardon, elle ne savait même plus pourquoi.
Ce qui ressortit clairement de cette semaine confuse, c’est que Paul ne témoignerait jamais, il serait incapable de surmonter pareille épreuve.
Elle lui jura de ne jamais plus en parler, Paul fit signe qu’il comprenait, mais toute sa personne trahissait une rancune contre sa mère qui mit du temps, beaucoup de temps à s’apaiser.
Madeleine ajouta à la liste des fautes et des maux celui d’avoir proposé à Paul de souffrir une seconde fois en faisant des aveux qui avaient mis de longues années à émerger.
Des années qui débouchaient sur une décision prise en une seconde.
Elle alla à son secrétaire, l’ouvrit et, d’une traite, sans une hésitation, sans une rature, écrivit :
Paris, le 9 janvier 1929
Cher André,
Je suis bien navrée de ce qui est arrivé lors de votre venue. Paul a fait un affreux cauchemar qui nous a fait bien peur. Et qui, hélas, nous a privés de votre aimable visite.
Ne lui en veuillez pas, ne nous en veuillez pas. Vous êtes toujours le bienvenu, vous le savez.
Il y avait un petit quelque chose pour vous, pour la Noël, que Paul brûlait d’envie de vous offrir.
Ne nous faites pas languir, revenez-nous vite.
Votre amie et affectionnée,