Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
— Tu crois peut-être que je ne le sais pas ? » s’exclama Nafai. Il était furieux : il n’avait vraiment pas besoin qu’on lui fasse un sermon ! Mais bientôt sa colère reflua, car l’avertissement de Luet faisait apparaître certains événements récents sous un jour nouveau.
« C’est donc pour ça que Meb est allé prier, dit Nafai, et qu’Elya a fermé le portail intérieur. Ils étaient au courant de quelque chose – ou bien ils n’avaient que des soupçons – mais ils avaient peur d’en parler. C’est ça que veut dire ton rêve : non qu’ils vont faire du mal à Père, mais plutôt qu’ils savent ce qui l’attend et n’osent pas l’avertir. »
Luet acquiesça. « Oui, les rêves fonctionnent souvent ainsi, dit-elle. Ce pourrait être en effet la véritable signification, mais ma tête ne se vide pas quand j’y pense.
— Peut-être que Surâme lui-même n’en est pas sûr. »
Luet lui tapota gentiment la main. Il eut l’impression d’être redevenu un enfant, alors que la fillette était plus jeune et beaucoup plus petite que lui, et cela l’agaça.
« Surâme sait tout, dit-elle.
— Pas tout ; c’est impossible, rétorqua-t-il.
— Tout ce qui peut être connu », corrigea-t-elle. Puis elle se dirigea vers la porte de la chambre des voyageurs. « Ne dis à personne que je suis venue.
— Sauf à Père, répondit Nafai.
— Tu ne pourrais pas prétendre que c’est toi qui as fait ce rêve ?
— Et pourquoi ? demanda Nafai. Il y croira si c’est toi qui as rêvé ; un rêve à moi, ça n’aurait aucune valeur pour lui.
— Tu sous-estimes ton père, et aussi Surâme, à mon avis. Et enfin, tu te sous-estimes toi-même. » Elle sortit devant la maison baignée de lune et voulut prendre à droite, vers la route de la Corniche.
« Non », souffla Nafai en l’attrapant par le bras – un bras mince et fragile ; elle était si petite et si menue, cette gamine ! « Ne passe pas devant le portail. »
Elle leva vers lui de grands yeux interrogateurs qui reflétaient la lune à demi levée au-dessus des monts. « J’ai peut-être réveillé quelqu’un en l’ouvrant », expliqua-t-il.
Elle acquiesça. « Je vais faire le tour de la maison par l’autre côté.
— Luet ?
— Oui.
— Tu ne risques rien, en rentrant maintenant ?
— La lune est là, répondit-elle. Et le garde de la porte du Goulet ne me gênera pas : Surâme l’a fait dormir quand je suis passée à l’aller. »
Il la rappela.
« Luet ! »
Elle s’arrêta encore et se retourna.
« Merci », dit-il. Mais ce mot était impuissant à exprimer ce qu’il ressentait. Elle avait sauvé la vie de son père et, pour quelqu’un qui n’avait jamais quitté la cité, elle avait eu bien du courage à faire tout ce chemin, à la seule lumière des étoiles, guidée par un simple rêve.
Luet haussa les épaules. « C’est Surâme qui m’a envoyée, dit-elle. C’est elle qu’il faut remercier, pas moi. » Puis elle s’éloigna.
Nafai revint au portail, et cette fois il ne prit aucune précaution pour entrer et le bloquer, au contraire : si un de ses frères était vraiment à l’affût, il ne voulait pas le surprendre par un retour inopiné. Comme ça, il m’entendra et rentrera dans sa chambre avant que j’aie passé le portail intérieur.
Comme il l’avait espéré, la cour était déserte. Il se dirigea droit vers la chambre de Père, par le salon d’audience et la bibliothèque. Wetchik était allongé à même le sol, sans natte, sa barbe blanche étalée sur la pierre. Nafai l’imagina un instant, la gorge ouverte, avec sa barbe d’un rouge brunâtre, imbibée de sang.
Puis il remarqua que les yeux de son père brillaient. Il était éveillé.
« C’est donc toi ? murmura Père.
— Que voulez-vous dire ? » demanda Nafai.
Père se redressa lentement, d’un air las. « J’ai fait un rêve. Ce n’était rien… rien que mes craintes.
— Quelqu’un d’autre a fait un rêve cette nuit, dit Nafai. Je viens de lui parler dans la chambre des voyageurs. Mais il vaudrait mieux que vous ne disiez à personne qu’elle était ici.
— De qui s’agit-il ?
— De Luet. Et d’après son rêve, il ne faut absolument pas que vous alliez à votre rendez-vous de ce matin. Vous risquez de vous y faire assassiner. »
Père se leva d’un bond et alluma la lumière. « Ce n’est donc pas un simple rêve que j’ai fait !
— Je commence à croire qu’il n’y a pas de simples rêves, dit Nafai. Moi aussi, j’ai rêvé, Père ; ça m’a même réveillé, et Surâme m’a fait sortir pour parler à Luet.
— Je risque donc de me faire assassiner… J’imagine la suite. Gaballufix va aussi faire tuer Roptat et maquiller la scène pour donner l’impression que l’un des deux a tué l’autre ; il ne se présentera qu’après, sans doute avec plusieurs témoins crédibles pour jurer que les meurtres ont eu lieu avant son arrivée. Bien sûr, ils seront tous horriblement choqués à la vue de ce carnage. Ah ! comment ai-je pu me montrer aussi aveugle ? C’était évidemment le meilleur moyen pour nous réunir, Roptat et moi, au même endroit et au même moment, sans témoins gênants !
— Donc, vous n’irez pas à ce rendez-vous ? dit Nafai.
— Mais si ! répondit Père. Si, j’irai !
— Non !
— Mais pas à la serre froide, reprit Père. Parce que mon rêve à moi m’a montré autre chose.
— Et quoi donc ?
— Des tentes. Mes tentes, dressées sous le soleil du désert. Si nous restons ici, Gaballufix n’aura de cesse de réitérer sa tentative, sous une autre forme. Et puis d’autres raisons me poussent à partir, à arracher mes fils à cette cité avant qu’elle ne les détruise. »
Nafai sentit que le rêve de son père avait dû être affreux ; aurait-il vu qu’un de ses fils allait le tuer ? Cela expliquerait ses premiers mots : « C’est donc toi ? »
« Alors, on va dans le désert ? demanda Nafai.
— Oui, Nafai, dit Père.
— Et quand ça ?
— Mais tout de suite, évidemment !
— Tout de suite ? Vous voulez dire demain matin ?
— Non, non ! Tout de suite, cette nuit même ! Avant l’aube, en tout cas, afin de passer la crête sans que les hommes de Gabya nous repèrent.
— Mais en allant par là, est-ce qu’on ne passe pas juste devant chez Gaballufix, au croisement de la Piste-en-Lacets et de la route du Désert ?
— Il existe un chemin écarté, répondit Père. Ce n’est pas le meilleur pour les chameaux, mais il faudra bien le prendre. Il nous amènera sur la route du Désert bien au-delà de chez Gabya. Allons, maintenant, aide-moi à réveiller tes frères.
— Non », dit Nafai.
Père se retourna, avec une expression où l’ébahissement le disputait à la colère.
« Luet, reprit Nafai, a demandé qu’on ne dise à personne que le rêve venait d’elle, et elle avait raison. Il ne faut pas non plus qu’on sache, à propos de moi. Il faut que ce soit votre rêve, à vous seul.
— Mais pourquoi ? Trois personnes contactées cette nuit par Surâme…
— Père, si c’est votre rêve, vos fils se demanderont ce que vous savez exactement et ce que vous avez vu. Alors que si nous sommes plusieurs, ils auront l’impression qu’on vous manipule ; ils résisteront, ils discuteront, alors que vous devez absolument les emmener avec vous ! »
Père acquiesça. « Tu es très avisé, dit-il, pour un garçon de quatorze ans. »