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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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Je lui ai expliqué ce qui était arrivé à Kaitlin.

« Ah oui, a-t-elle dit, il se trouve que je suis au courant. Quelques parents touchés par cet incident-là viennent de se joindre à nous – surtout les mamans, bien sûr. Dieu sait pourquoi, le type d’aide que nous proposons ne convient généralement pas aux papas. Mais vous-même ne semblez pas appartenir à ce clan de réfractaires…

— Je n’étais pas sur place quand Kait a disparu. » Je lui ai parlé de Janice et de Whit.

« Vous êtes donc un père absent.

— À mon corps défendant, madame Sadler. Je voudrais vous poser une question… si je peux vous parler franchement.

— Je préfère ça à l’inverse. Et appelez-moi Regina Lee, comme tout le monde.

— Qu’est-ce que cela va m’apporter de rencontrer ces gens ? Ça aidera à faire revenir ma fille ?

— Non, je ne peux rien vous promettre de ce genre. Notre groupe existe pour lui-même. C’est nous-mêmes que nous sauvons. Pas mal de parents désespèrent très vite dans des cas comme ceux-là. Discuter avec d’autres personnes dans la même situation qu’eux leur apporte éventuellement un certain réconfort. Et je vous soupçonne d’être en train de décider de vous en passer, de vous dire « ouais, je n’ai pas besoin de ces conneries de contact physique et émotionnel ». Je ne dis pas que vous avez tort, remarquez. Mais certains d’entre nous en ont besoin, et nous n’avons pas honte de l’admettre.

— Je vois.

— Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y ait aucun effet de réseau. Beaucoup de nos membres ont engagé des détectives privés, des free-lance spécialistes en recherche des personnes, des déprogrammeurs ou autres. Ils comparent leurs notes et partagent leurs informations, mais franchement, je crois très peu à ce genre d’activités, et ce ne sont pas les résultats que j’ai vus qui vont me faire changer d’avis. »

Je lui ai dit que j’aimerais justement parler à ces personnes-là, ne serait-ce que pour apprendre de leurs échecs.

« Eh bien, vous n’avez qu’à venir à notre réunion de ce soir…» Elle m’a donné l’adresse d’une salle paroissiale. « Si vous venez, vous pourrez sûrement avoir des conversations de ce genre. Mais je voudrais vous demander quelque chose en échange : n’amenez pas votre scepticisme. Venez l’esprit ouvert. Sur vous-même, je veux dire. Vous avez l’air calme et maître de vous, mais je sais par expérience personnelle ce que vous endurez et avec quelle facilité on s’accroche à de faux espoirs quand quelqu’un qui vous est cher court un danger. Et ne vous y trompez pas, votre Kaitlin est en danger.

— Je sais, madame Sadler.

— Il y a savoir et savoir. » Elle a jeté un coup d’œil par-dessus son épaule, peut-être sur une horloge. « Il faut que je me prépare, mais j’ose espérer vous voir ce soir.

— Merci.

— Je prie pour que vous parveniez à une issue favorable quoi que vous fassiez, monsieur Warden. »

Je l’ai remerciée à nouveau.

La réunion se tenait dans la salle paroissiale d’une église presbytérienne, au sein d’un quartier autrefois populaire qui avait dérapé dans la pauvreté absolue quelques années plus tôt. Regina Lee Sadler arpentait la scène en robe à fleurs, un micro mains libres à l’ancienne lui dansant devant le visage. Elle m’a semblé à la fois plus robuste et plus corpulente de dix kilos que sur l’écran vidéo, et je me suis demandé si elle était suffisamment coquette pour avoir équipé son interface d’une appli amincissante.

Je me suis glissé au dernier rang sans juger bon de me présenter. La réunion ressemblait beaucoup à celles qu’organisaient les Alcooliques Anonymes, avec toutefois quelques différences. Cinq nouveaux membres se sont présentés et ont exposé leurs problèmes. Quatre d’entre eux venaient de perdre un enfant dans un hadj on une cellule kuiniste au cours du mois. La cinquième, dont la fille avait disparu depuis plus d’un an, cherchait à partager sa peine… non qu’elle ait perdu espoir, a-t-elle tenu à préciser, pas du tout, elle était juste très, très fatiguée et pensait qu’elle arriverait peut-être à dormir une nuit entière, pour une fois, si seulement elle avait quelqu’un à qui parler.

Il y a eu quelques applaudissements compatissants.

Puis Regina Lee s’est relevée pour lire une liste imprimée de nouvelles et de mises à jour : des enfants retrouvés, des rumeurs de nouveaux mouvements kuinistes dans l’Ouest et le Sud, un tas de mineurs en pèlerinage interceptés à la frontière mexicaine. J’ai pris des notes.

La réunion a alors pris un tour plus personnel comme les gens se répartissaient en « ateliers » pour discuter de « stratégies de soutien ». Je me suis éclipsé.

Je serais rentré directement au motel s’il n’y avait eu une femme assise sur les marches de l’église en train de fumer une cigarette.

Elle avait à peu près mon âge, l’air accablé de soucis mais en même temps songeur et concentré. Ses cheveux courts luisaient dans la lumière de la rue. L’ombre a masqué ses yeux quand elle les a levés vers moi. « Désolée », a-t-elle dit automatiquement en écrasant sa cigarette.

Je lui ai dit de ne pas s’en faire pour moi. Une loi récente prohibait la vente de préparations à base de tabac à toute personne qui ne pouvait présenter un certificat de dépendance ou une ordonnance, mais comme le tabac était légal dans mon enfance, j’avais les idées larges sur le sujet. « Vous en avez eu marre ? a-t-elle demandé en désignant la porte de l’église.

— Plus ou moins », ai-je répondu.

Elle a hoché la tête. « Regina Lee est super pour beaucoup de gens, et Dieu sait qu’on ne peut pas l’arrêter. Mais je n’ai pas besoin de ce qu’elle propose. Du moins, je ne pense pas. »

Nous nous sommes présentés. Elle s’appelait Ashlee Mills, et avait un fils de dix-huit ans, Adam, qui était très impliqué dans le réseau kuiniste local et avait disparu six jours plus tôt. Le même jour que Kaitlin. Aussi avons-nous comparé nos notes. Adam avait appartenu au mouvement auxiliaire junior de Whit Delahunt et à une poignée d’autres organisations radicales. Kait et lui se connaissaient donc probablement.

« Quelle coïncidence », a dit Ashlee.

Je lui ai répondu que non, que cela n’existait pas.

Nous étions toujours en train de discuter lorsque la réunion de Regina Lee a commencé à se disperser, nous chassant des marches de l’église. Je lui ai proposé de lui offrir un café dans les environs : elle habitait le quartier.

Ashlee m’a jaugé d’un regard pensif, franc et un peu intimidant. Elle m’a donné la nette impression d’une femme qui ne se faisait aucune illusion sur les hommes. Puis elle a dit : « D’accord. Il y a un café-restaurant ouvert toute la nuit à côté du drugstore, au coin de la rue. » Nous nous y sommes rendus à pied.

Ashlee ne nageait visiblement pas dans l’opulence. Sa jupe et son chemisier, soignés mais loin d’être neufs, avaient l’air de provenir d’une association caritative. Elle les portait néanmoins avec une dignité toute naturelle, sans aucune affectation. Au café, elle a commencé à compter des pièces de un dollar. Je lui ai dit de laisser tomber et j’ai posé ma carte sur le comptoir. Elle m’a gratifié d’un autre long regard avant de hocher la tête. Nous avons trouvé un coin tranquille loin du caquetage des panneaux vidéo.

Elle a dit : « Vous voulez que je vous parle de mon fils. »

J’ai hoché la tête. « Mais nous ne sommes pas dans un des ateliers de Regina Lee. Ce que je veux vraiment savoir, c’est comment je peux aider ma fille.

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