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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Merci, sénateur Horner. Le temps qui nous était imparti…

Andie quitta l’écran des yeux.

— Bon sang, marmonna-t-elle. Un renard lâché dans la basse-cour. Le salaud.

Devait-elle déranger Jacobsen pendant sa réunion ? Il fallait prendre une décision. Sans tarder.

La lumière indiquant un appel en attente se mit à clignoter sur l’écran d’Andie, puis d’autres, jusqu’à ce que sonnent toutes les lignes du bureau.

— Fallait s’y attendre, dit Caryl en courant vers son écran. Qu’est-ce que je leur dis ?

— Pas de commentaire, répondit Andie. Le sénateur est en réunion et ils devront rappeler. S’ils insistent, prenez leurs noms et leurs numéros de téléphone. Vous enregistrez tous les appels, mais tenez-vous-en au strict « sans commentaire » s’ils posent des questions.

— Compris.

Dans sa tête, Andie voyait déjà les propos de Horner se répercuter partout à travers le pays, et tout autour de la planète, retransmis par toutes les cabines vidéo à chaque coin de rue, provoquant l’hystérie collective. Les gens étaient déjà suffisamment montés contre les mutants. Les émeutes d’il y a vingt ans laissaient encore dans les esprits des traces terribles. La crainte d’un supermutant monstrueux pouvait provoquer la panique, ou pire encore. Était-ce là ce que cherchait Horner ?

Cela étant, se pouvait-il qu’il dise vrai ? Le monde était-il capable de créer des mutants aux pouvoirs étendus ? Elle se souvint de la cartouche que Skerry lui avait donnée à Rio. Elle avait eu l’intention de la montrer à Jacobsen dès leur retour du Brésil, mais il s’était déjà écoulé trois semaines depuis lors. Par trop sollicitée, elle n’avait jamais trouvé le temps. Et chaque fois qu’elle avait pensé à la requête de Skerry, celle-ci lui avait paru de plus en plus relever de l’imagination paranoïaque. Elle s’était promis de montrer la cartouche à Jacobsen cet après-midi. En aurait-elle le temps ?

En dépit des efforts effrénés de Caryl, les lumières continuaient à clignoter. Elle prenait les appels aussi vite qu’il était possible. Elle avait l’air furieuse.

— Non. Je regrette. Nous n’avons pas de déclaration à faire pour le moment. Non. Absolument pas.

Andie inspira profondément et composa le code prioritaire qui la mettait en communication avec son patron.

— Où avez-vous eu ça ? demanda Jacobsen.

L’écran était vide. Elles venaient de visionner par deux fois le contenu de la cartouche. Andie poussa un soupir.

— Je vous l’ai dit…

— Ce mystérieux étranger vous a abordée à Rio, semblait me connaître, et vous a donné ça ? (Jacobsen s’adossa à son fauteuil, incrédule.) Est-ce que vous vous rendez compte qu’en acceptant cette chose vous auriez pu tous nous compromettre ?

— Oui, mais…

— Bon, je suppose qu’il est trop tard à présent. Mais vous auriez dû venir m’en parler tout de suite.

Andie ne l’avait jamais vue si contrariée.

— J’aurais peut-être dû vous laisser pousser Horner par la fenêtre à Rio. Cette ordure.

— Je croyais que vous ne lisiez jamais dans les esprits sans en demander la permission, remarqua Andie en rougissant.

— C’est exact. Mais c’était pratiquement comme si vous le criiez sur les toits. Même les non-mutants sont capables de faire ça, à l’occasion. (Le visage de Jacobsen se radoucit, jusqu’à sourire.) Pourquoi ne m’en avez-vous pas parlé, Andie ?

— Je pensais que nous étions surveillées.

— Vous aviez probablement raison. Néanmoins, j’aurais aimé le savoir plus tôt. Maintenant, j’ai la preuve que je recherchais, si du moins celle-ci est digne de foi, à savoir que des expériences génétiques sur des embryons humains ont bel et bien lieu à Rio. J’ignore encore comment, mais je dois trouver un moyen de réparer les dégâts que cet imbécile de Horner a commis sans pour autant mentir carrément.

— À mon avis, il vaudrait mieux que vous donniez cette conférence de presse demain matin, suggéra Andie. Avant que les choses empirent. J’ai déjà fait installer deux répondeurs automatiques dans le bureau.

Jacobsen fronça les sourcils.

— Cette affaire va à l’encontre de toute jurisprudence. En premier lieu, je dois en référer au Congrès. Et il me faut une copie de cette cartouche pour l’Assemblée des Mutants. Toutefois, vous avez sans doute raison. Les déclarations de Horner vont se répandre comme une traînée de poudre. Il faut d’abord que j’arrête ça.

— J’ai réservé la salle présidentielle pour dix heures demain matin.

— Parfait. Appelez-moi Craddick sur ma ligne privée, voulez-vous, Andie ? Puis faites diffuser un communiqué sur tous les réseaux habituels.

Le restant de la journée se déroula pour Andie dans une espèce de brouillard : régler l’ordre de passage des diverses interviews consécutives à la conférence de presse, répondre à d’autres appels, sans cesser de distribuer ses directives aux autres membres de l’équipe. Ses nerfs étaient à vif, un peu plus écorchés chaque fois que quelqu’un prononçait le mot « supermutant ».

À six heures trente, Karim téléphona pour lui rappeler qu’ils devaient dîner ensemble. À regret, elle se décommanda. À neuf heures trente, elle s’aperçut qu’elle n’avait toujours pas mangé et se fit monter un sandwich. Deux heures plus tard, elle se résigna à rentrer chez elle. Livia, la chatte abyssine, l’accueillit à la porte avec des miaulements de reproche.

— Désolée, ma chérie. Dure journée au bureau. Oui, tu as faim, je sais.

Andie fit valser ses chaussures, bénissant la douce et somptueuse moquette bleue sous ses pieds douloureux. Elle nourrit la chatte, ajoutant une portion supplémentaire pour se faire pardonner, puis s’installa sur le canapé pour revoir les notes qu’elle avait prises pour le discours de Jacobsen prévu le lendemain. Livia se pelotonna à côté d’elle en ronronnant et, tout heureuse, commença sa toilette. Lentement, la tête d’Andie s’inclina. Ses yeux se fermèrent. Mais son sommeil resta agité, empli de rêves où des monstres de Frankenstein aux yeux dorés la suivaient et la conduisaient vers des églises dont le portail s’ouvrait sur des rangées de dents aiguisées et des sourires grimaçants.

Entre deux numéros de danse, Mélanie s’appuya au bar et regarda la foule qui se pressait dans la salle du Star Chamber. Elle repéra deux hommes élégamment vêtus, qui promettaient de se montrer généreux sur les pourboires. Près d’eux, un groupe de touristes coréens ; ceux-là déboursaient toujours assez facilement et n’avaient pas la main trop rude. Elle aperçut des habitués et nota quelque part dans sa tête de rester à l’écart du type à cheveux gris adepte du plongeon, qui essayait toujours de lui arracher ses flèches.

Depuis deux semaines qu’elle travaillait au club, elle avait vite appris qui éviter et qui encourager. Les plus enclins à se montrer brutaux étaient les défoncés du grand plongeon, ce qui expliquait sans doute leur agressivité. En revanche, ceux qui s’en tenaient à la petite piquouse étaient inoffensifs ; ils se contentaient de rigoler et de la chatouiller, et il leur arrivait de donner de bons pourboires, quand ils y pensaient. Mélanie jeta un regard vers l’angle le plus éloigné. Oh, non ! Il y avait ce cinglé, Arnold Tamlin, assis seul à une table. Ce soir, il avait l’air tout à fait incapable de concentrer sa vision sur quoi que ce soit.

— Je vois que ton petit chéri est revenu, remarqua Gwen.

— Va te faire foutre.

Depuis ce premier soir où, encore trop naïve, elle n’avait su repousser les avances de la grande rousse, Mélanie gardait ses distances. Aujourd’hui, elle comprenait mieux ce qui se passait en elle. La nuit, quand elle émergeait, en sueur et l’esprit confus, de rêves où elle essayait désespérément d’échapper à des mains qui la caressaient et à des lèvres qui la suçotaient, elle se disait qu’elle avait dû trop boire. Des cauchemars. C’étaient des cauchemars qui lui faisaient battre le cœur. L’angoisse, pas le désir. Non, pas le désir.

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