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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Adoptant une allure soutenue mais peu fatigante, ils avaient repris leur route en direction du nord-ouest. Elle repassa en accéléré. Pourquoi me suis-je arrêtée sur cette scène ? Elle ne présente aucun intérêt. A moins que ce ne soit la dernière de ce type que j’aurai vécue.

Elle s’autorisa à en revivre deux autres. Le troupeau de poneys sauvages à poil long qu’elle avait vu galoper sur une crête devant un ciel ennuagé. La harde de bisons des steppes qu’elle avait aperçue au loin, dont le mâle dominant mesurait près de deux mètres cinquante au garrot. Aryuk avait honoré ces puissantes créatures par un chant émerveillé.

Son peuple n’était pas un peuple de chasseurs. Les Nous péchaient avec leurs mains les poissons des lacs et des rivières, édifiant parfois des barrages pour les piéger. Ils ramassaient les coquillages, les œufs, les oisillons, les larves, les racines et les baies en saison. Ils capturaient des oiseaux, des rongeurs et autre menu gibier. De temps à autre, ils attrapaient un jeune mammifère, faon ou bisonneau, ou tombaient sur une carcasse encore comestible ; ils en récupéraient également la peau. Pas étonnant qu’ils soient si peu nombreux et n’aient quasiment laissé aucune trace de leur passage, même bien au sud du glacier.

Une lueur sur l’écran attira son attention. Elle appuya sur « pause », reconnut la vue et hocha la tête. Reprenant l’enregistrement, elle humecta des lèvres soudain sèches et dit : « Nous avons atteint notre destination vers midi. » L’heure précise était gravée sur des molécules distordues. « J’insère ici le fichier audiovisuel sans l’éditer. » Elle aurait pu effectuer cette opération en une fraction de seconde mais décida de revoir les images à vitesse normale. Cela lui permettrait peut-être d’observer des détails qui lui avaient échappé sur le moment ou d’esquisser une nouvelle interprétation des événements. Quoi qu’il en soit, il est toujours sage de se rafraîchir la mémoire. Une fois de retour au QG, elle aurait droit à un débriefing exhaustif.

Elle revit l’endroit où ils s’étaient rendus. Les forêts éparses de la zone côtière se trouvaient loin derrière eux. En dépit de son humidité, la région qu’ils arpentaient tenait davantage de la steppe que de la toundra. Elle était recouverte d’un tapis d’herbe d’un vert terne, éclairé çà et là par des saules herbacés et des flaques argentées de cladonies. Au loin les attendaient des bouleaux, relativement frêles mais serrés les uns contre les autres, signe avant-coureur d’une prochaine invasion. On ne comptait plus les mares et les étangs envahis de laîches. Deux faucons voguaient au vent, les seuls volatiles visibles alentour ; les grouses et les lagopèdes avaient dû se cacher, à l’instar des lemmings et des rats musqués. À moins de quinze cents mètres de là, les mammouths avançaient en broutant. Le grondement de leurs estomacs résonnait sur la plaine.

Aryuk l’entendit pousser un cri. Il se tendit. « Que se passe-t-il ? »

Sur l’écran, on voyait son bras tendu et les minuscules silhouettes qu’elle pointait du doigt. « Regarde ! Tu les vois ? »

Aryuk mit une main en visière et plissa les yeux. « Non, les choses éloignées sont floues. » L’acuité visuelle du sauvage est une légende, au même titre que sa santé resplendissante.

« Des hommes. Et… et… oh ! viens. » L’image tressauta. Tamberly s’était mise à courir. Serrant un peu plus fort sa pierre taillée, Aryuk trottina à ses côtés, le visage déformé par la peur.

Les étrangers les repérèrent, firent halte, échangèrent quelques mots et coururent à leur rencontre. Tamberly en dénombra sept. Autant d’adultes que n’en abritait le campement d’Aryuk, si l’on comptait les grands adolescents ; sauf que tous les nouveaux venus étaient mâles.

Plutôt que de foncer droit sur eux, ils avaient adopté une trajectoire oblique. En voyant le signe que lui lançait leur chef, elle changea à son tour de direction. Elle se rappelait avoir pensé à ce moment : C’est vrai, ils ne doivent pas affoler les mammouths. Ça doit faire plusieurs jours qu’ils les harcèlent, les guidant vers une zone qu’ils n’ont pas l’habitude de fréquenter, où la provende est chiche mais où abondent les mares et autres trous d’eau dans lesquels les chasseurs ont de bonnes chances de les piéger.

C’étaient des hommes trapus, aux cheveux noirs, portant des tuniques, des culottes et des bottes de cuir. Chacun d’eux était armé d’une lance s’achevant par une pointe taillée dans un os, où étaient insérées des lamelles de silex, le tout formant une lame aussi longue qu’affûtée. A leur ceinture étaient accrochées une bourse contenant sans doute des vivres et une pierre taillée faisant office de couteau. Ils étaient aussi armés d’une hache. Le rouleau de peau attaché à leurs épaules devait être une couverture. Deux ou trois lances s’y trouvaient stockées. Sous les sangles, on distinguait un propulseur à gorge. Pierre, bois, bois de cerf, os, peau… ils savaient travailler tous ces matériaux. Comme Tamberly et Aryuk s’approchaient, les hommes firent halte avant de se déployer, prêts à passer à l’attaque.

Jamais une bande de Tulat n’aurait pensé à une telle manœuvre. S’ils connaissaient la violence, et même l’homicide, elle était fort rare chez eux. Un conflit collectif leur était tout bonnement inimaginable.

Les deux groupes se figèrent. « Que sont-ils ? » hoqueta Aryuk. Une sueur mauvaise faisait luire sa peau basanée et, s’il respirait par à-coups, ce n’était pas l’effet de la fatigue. Pour lui, l’inconnu était par essence surnaturel et terrifiant, du moins tant qu’il n’était pas parvenu à le comprendre. Pourtant, elle l’avait vu s’aventurer sur les flots en pleine tempête, afin de tuer un bébé phoque et nourrir ainsi sa famille.

« Je vais tâcher de le savoir », répondit-elle d’une voix un peu tremblante. Les paumes de ses mains tournées vers l’extérieur, elle s’avança vers les étrangers ; auparavant, elle avait pris soin de déboucler ses deux étuis, celui de l’étourdisseur comme celui du pistolet.

Ils semblèrent se détendre en la voyant animée d’intentions pacifiques. Ses yeux ne cessaient d’aller et venir de l’un à l’autre.

Elle s’efforça de faire abstraction de leur individualité pour déterminer leurs caractéristiques ethniques. Encadré par de lourdes tresses, un visage naturellement basané, avec des yeux en amande, un nez épaté, une pilosité quasi inexistante. Des traits de peinture leur barraient le front et les joues. Je ne suis pas anthropologue, se rappelait-elle avoir pensé, mais je suis sûre que ce sont des Mongols archaïques. Ils viennent sûrement de l’Ouest…

« Que votre assemblée soit riche », leur lança-t-elle en arrivant à leur niveau. Le langage tula ne comportait aucun mot signifiant « Bienvenue », car un tel sentiment allait de soi. « Que pourriez-vous me dire qui vous apporte la chance ? » Certaines révélations étaient susceptibles d’attirer des esprits maléfiques ou une magie hostile.

Le plus grand des hommes, qu’elle ne dominait que de quelques centimètres, jeune mais rude d’aspect et de manières, vint se planter face à elle. La succession de grondements et de ronronnements qui sortit de sa bouche était incompréhensible. Elle tenta de le lui faire comprendre par signes, souriant, haussant les épaules et secouant la tête.

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