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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Je vais lancer les os. » Ils retombèrent d’une façon telle que le chaman ordonna : « Laisse-moi seul jusqu’à l’aube. »

Durant la nuit, Loup-Rouge et Petit-Saule l’entendirent chanter. Son tambour ne cessait de tonner. Leurs enfants rampèrent jusqu’à eux et ils se blottirent les uns contre les autres, impatients de voir le soleil se lever.

Dès les premières lueurs, Loup-Rouge se présenta devant la tente de Celui-qui-Répond. Le chaman en sortit hagard et tremblant. « Mon esprit a erré alentour, dit-il à voix basse. J’ai marché dans un pré où les fleurs étaient belles, mais elles m’ont interdit de savourer leur suc. J’étais hibou, éclos de la lune, et j’ai pris dans mes serres l’étoile du matin. La neige est tombée en plein été. Va si tu l’oses. »

Loup-Rouge inspira profondément et bomba le torse.

Cinq hommes l’accompagnaient. Que Renard-Véloce soit de la partie ne le surprenait pas, et il en allait de même pour Coureur-des-Neiges et Lame-Brisée. Il devina qu’Attrapeur-de-Chevaux et Bois-de-Caribou avaient besoin de dominer leur peur. Leur quête les conduisait vers le Sud, car c’était par là qu’était partie la femme aux cheveux jaunes ; par ailleurs, les traces de présence humaine étaient plus abondantes dans cette direction.

La contrée se faisait de plus en plus sèche à mesure qu’ils descendaient. Prairies et bosquets furent bientôt omniprésents. Enfin, les voyageurs parvinrent au point où la Grande Eau se déployait sous un ciel empli de vent, de fumée et de sifflements. Les vagues se fracassaient à grand bruit sur le sable, refluaient en susurrant. Les goélands croisaient sur un vent salé. Le sol était jonché d’os, de coquillages, d’algues et de bois flotté. Le Peuple des Nuages connaissait mal ce milieu ; il chassait le plus souvent à l’intérieur des terres. Rassemblant leur courage, Loup-Rouge et ses hommes suivirent la grève en direction de l’est, car ils avaient sans doute plus de chances de trouver quelqu’un de ce côté.

En chemin, ils prirent conscience des nombreuses richesses de ce pays. S’il y avait des poissons morts échoués sur la grève, les eaux devaient grouiller de poissons vivants. Ces coquillages avaient jadis abrité de la chair. Les récifs disparaissaient sous la masse des phoques et des cormorans. Lamantins et loutres de mer bondissaient sur les vagues. « Mais nous ne savons pas chasser ce gibier, regretta Lame-Brisée.

— Nous apprendrons », rétorqua Renard-Véloce.

Loup-Rouge garda son avis pour lui-même. Dans son esprit frémissait une idée, pareille à un enfant dans le ventre de sa mère.

Soudain, là où un fleuve courant au fond d’une ravine se jetait dans la mer, ils aperçurent deux personnes. Celles-ci les virent aussi et fuirent en remontant le courant. « Allez-y doucement, dit Loup-Rouge à ses compagnons. Il serait malavisé de les effrayer. »

Il s’avança à la tête du groupe, sa lance dans la main droite mais la gauche tendue, la paume en avant. Les étrangers continuèrent de reculer. C’étaient de jeunes garçons et non des hommes, avec un fin duvet sur les joues. Pour se protéger du vent, ils portaient des peaux de bêtes non tannées mais adoucies par mastication et attachées à leur cou par un cordon. Vu leur état, elles avaient été prélevées sur des charognes et non sur du gibier fraîchement tué. A leur taille pendait une bourse attachée par une lanière et non cousue. Leurs chaussons étaient également grossiers. Chacun d’eux portait une pierre taillée et un bout de peau contenant les moules qu’il avait ramassées.

Coureur-des-Neiges partit d’un petit rire. « Hé ! ils sont aussi courageux que des souris ! »

L’espoir fit battre les tempes de Loup-Rouge. « Peut-être sont-ils plus précieux que des mammouths. Doucement, j’ai dit. »

Des aulnes verts poussaient sur les berges, mais leur faible hauteur comme leur maigre feuillage ne gênaient ni les mouvements, ni la visibilité. L’un des garçons poussa un cri. Sa voix était mal assurée. Le vent l’emporta vers les arbustes bruissants. Les chasseurs s’avancèrent. D’autres hommes apparurent en haut de la ravine. Ils descendirent dans le lit du fleuve et se figèrent. Les deux garçons s’empressèrent de les rejoindre.

À la tête du petit groupe se trouvait un homme que Loup-Rouge reconnut. Derrière lui se tenait un jeune adulte. Encore derrière, deux femmes et une fille pubère, à peine mieux vêtues que les mâles, qui faisaient taire plusieurs enfants nus. « C’est là toute leur tribu ? s’émerveilla Bois-de-Caribou.

— Les autres sont peut-être à la cueillette, dit Loup-Rouge. Mais ils ne sont sûrement pas très nombreux, sinon nous les aurions repérés avant.

— Où est… la grande femelle avec des cheveux semblables au soleil ?

— Peu importe. Aurais-tu peur d’une femme ? Viens. » Loup-Rouge s’avança d’un pas décidé. Ses chasseurs se déployèrent autour de lui. C’était ainsi que le Peuple des Nuages avait affronté les Hommes Cornus, dont le nombre avait fini par leur imposer la retraite. Les chasseurs qui l’entouraient étaient alors des enfants, mais leurs pères les avaient bien éduqués. Un jour, peut-être devraient-ils se battre, eux aussi.

Loup-Rouge fit halte à trois pas du chef. Ils se jaugèrent du regard. Le silence se prolongea sous les assauts du vent. « Bienvenue, dit enfin Loup-Rouge. Qui êtes-vous ? »

L’autre remua les lèvres sous sa barbe. On aurait dit le gazouillis d’un oiseau. « Ils ne savent pas parler ? grommela Attrapeur-de-Chevaux. Sont-ils seulement humains ?

— En tout cas, ils sont hideux, rétorqua Bois-de-Caribou.

— La femme, pas tant que ça », murmura Lame-Brisée.

Le regard de Loup-Rouge s’attarda sur la jeune fille. Ses épaisses tresses encadraient un visage délicat. Elle frissonna et resserra sa cape sur son corps malingre. Il se tourna de nouveau vers l’homme, qui était sans doute son père. Se frappant le torse du poing, il prononça son nom. L’autre sembla comprendre lorsqu’il répéta son geste pour la troisième fois et il l’imita en déclarant : « Aryuk. » Puis, agitant la main, il ajouta : « Tulat.

— Eh bien, nous savons comment il faut les appeler, commenta Loup-Rouge.

— Ce sont leurs vrais noms ? » se demanda Renard-Véloce. Dans leur peuple, le vrai nom d’un homme n’était connu que de son esprit des rêves et de lui-même.

« Peu importe », fit Loup-Rouge. Il percevait sans peine la nervosité de ses hommes, leur sueur en était imprégnée. Lui-même était tendu. Qui était donc cette femme mystérieuse ? Ils ne devaient pas laisser la peur ronger leur courage. « Venez, nous allons jeter un coup d’œil. »

Il s’avança d’un pas conquérant. Aryuk et le jeune homme firent mine de lui barrer le passage. Il sourit et agita sa lance. Ils eurent un mouvement de recul et échangèrent quelques murmures. « Où est passée votre protectrice ? » railla Loup-Rouge. Seul le vent lui répondit. Enhardis, ses hommes se mirent en marche à leur tour. Les autochtones les suivirent dans le désordre, mi-maussades, mi-effrayés.

Un peu plus loin, le Peuple des Nuages trouva leur foyer. La ravine s’élargissait en amont et une corniche saillait au-dessus d’elle, à l’abri des eaux. On entendait couler un ruisseau sur le coteau couvert de fourrés – sans doute une source jaillissait-elle non loin de là, car l’eau du fleuve était trop salée pour qu’on la boive. Trois minuscules huttes étaient blotties les unes contre les autres. Les autochtones avaient commencé par empiler des roches jusqu’à hauteur de leurs épaules, laissant une ouverture pour entrer et sortir, comblant ensuite les interstices avec de la mousse. Pour le toit, ils avaient posé à plat du bois mort, qu’ils avaient ensuite recouvert de tourbe. En guise de porte, ils avaient pour les protéger du vent des fagots de branchages liés par des boyaux. Dans l’un des abris rougeoyait un feu couvert, sans doute entretenu en permanence. Non loin de là était aménagé un dépotoir, au-dessus duquel flottait une nuée de mouches.

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