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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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« Puis-je vous offrir un apéritif ? » proposa Guion. Il parlait l’anglais couramment, avec à peine un léger accent.

« Eh bien, un petit verre de sherry, s’il vous plaît, monsieur », répondit-elle dans la même langue.

Il gloussa et s’assit en face d’elle. « Oui, vous voulez garder la tête froide pour demain matin. Le dîner que j’ai prévu ne bouleversera pas outre mesure votre régime Spartiate. Vous plaisez-vous dans notre organisation jusqu’ici ? »

Elle passa plusieurs secondes à composer sa réponse. « Beaucoup, monsieur. C’est ardu mais fascinant. Mais vous connaissiez déjà ma réponse. »

Il acquiesça. « Les tests préliminaires sont fiables.

— Et vous avez accès aux rapports portant sur ce que j’ai accompli… ce que je vais accomplir… Non, laissez-moi tenter de le dire en temporel. »

Il la fixa d’un œil un peu sévère. « N’en faites rien. Vous êtes trop avisée pour cela, cadette Tamberly. »

Une machine roula jusqu’à eux, portant sur un plateau son verre de sherry et le verre de cordial qu’avait commandé son hôte. Elle profita de ce répit pour se ressaisir. « Je vous prie de m’excuser. Les paradoxes temporels…» Rassemblant son courage : « Mais, pour être franche, monsieur, je reste persuadée que vous avez jeté un coup d’œil à ces rapports.

— Oui, concéda-t-il. Dans un environnement protégé comme celui-ci, il est possible de le faire en toute sécurité ou presque. Je ne vous surprendrai pas en disant que vous vous comporterez très bien.

— Ce qui ne me dispense pas de finir mon année, pas vrai ?

— Bien sûr que non. Vous devez assimiler la théorie et maîtriser la pratique. Certains individus, se sachant promis au succès, seraient tentés de relâcher leurs efforts ; mais vous êtes trop avisée pour cela.

— Je sais. Le succès n’est pas garanti à cent pour cent. Je pourrais altérer l’histoire en commettant une gaffe ; ce que je n’ai aucune envie de faire. » En dépit de l’affabilité de son hôte, elle sentait monter sa tension. Elle sirota une gorgée d’alcool parfumé et s’efforça de détendre ses muscles, comme on le lui enseignait en cours de gym. « Qu’est-ce que je fais ici, monsieur ? Je ne pensais pas être quelqu’un d’exceptionnel.

— Tous les agents de la Patrouille sont exceptionnels.

— Euh… oui, mais moi… je me prépare à un travail purement scientifique. Dans les époques préhistoriques, qui plus est, et sans lien aucun avec l’anthropologie. Je ne risque pas de tomber sur un nexus, du moins j’en ai l’impression. Qu’est-ce qui peut bien vous… vous intéresser chez moi ?

— Les circonstances de votre recrutement étaient extraordinaires.

— Mais qu’est-ce qui ne l’est pas ? s’exclama-t-elle. Quelle était la probabilité pour que je naisse telle que je suis, avec précisément la combinaison de gènes que je porte ? Ma sœur ne me ressemble en rien ou presque.

— Objection des plus raisonnable. » Guion se carra dans son fauteuil et porta son verre à ses lèvres. « La probabilité est chose relative. Certes, les événements dans lesquels vous avez été embarquée tenaient du mélodrame ; mais, dans un certain sens, le mélodrame est la norme de la réalité. Qu’y a-t-il de plus sensationnel que l’embrasement qui présida à la création de l’univers, des étoiles et des galaxies ? Ce magma pouvait-il engendrer plus étrange chose que la vie ? La nécessité, les conflits, le désespoir furent ensuite les moteurs de son évolution. Nous survivons au prix d’une guerre de tous les instants contre des envahisseurs microscopiques et des cellules défaillantes. Par contrastes, les querelles opposant les humains entre eux semblent bien dérisoires. Mais ce sont elles qui décident de notre destinée. »

Sa voix posée et sa diction professorale calmèrent Tamberly avec plus d’efficacité que l’alcool ou les techniques de relaxation. « Eh bien, monsieur, que pourrais-je vous dire ? Je ferai de mon mieux. »

Il soupira. « Si je connaissais les questions que je dois vous poser, notre conversation serait sans doute superflue. » Nouveau sourire. « Ce que je serais le premier à regretter. Je ne vous suis pas étranger au point de ne pas goûter votre compagnie durant les quelques heures que nous allons passer ensemble. » Elle comprit sans peine ce que ses mots ne disaient point, à savoir que la courtoisie dont il faisait preuve était dénuée de toute arrière-pensée – hormis peut-être le désir de la mettre à l’aise afin qu’il puisse capter les nuances de son propos – et qu’il était très certainement sincère.

« Je cherche des indices ayant trait à certaine question, reprit-il. Vous êtes à mes yeux comparable à un témoin, à un spectateur innocent qui a pu remarquer un détail important lors d’un accident ou d’un crime, un détail susceptible de mettre l’enquêteur sur une piste. C’est pour cela que je m’adresse à vous dans votre langue maternelle. Vous seriez bien moins expressive dans tout autre idiome, le temporel y compris. Votre langage corporel serait dissocié de vos propos. »

Un crime ? Elle frissonna. « Je suis à votre disposition, monsieur.

— Ce que j’attends de vous, c’est que vous parliez en toute liberté, notamment de vous-même. Rares sont les gens qui rechignent à faire cela, pas vrai ? » Redevenant grave : « Je le répète, vous n’avez rien fait de mal et sans doute n’avez-vous aucun rapport avec la question qui me préoccupe. Mais, vous le comprendrez, je dois en avoir le cœur net.

— Comment ? souffla-t-elle. Quelle est cette… question ?

— Je ne peux vous le dire. » Elle se demanda si cela lui était interdit. « Mais imaginez les innombrables lignes de vie parcourant le continuum comme une toile d’araignée. Touchez un fil, et vous en ferez vibrer beaucoup d’autres. Déchirez-en un, et vous bouleversez l’ordonnancement de toute la toile. Vous avez appris que la causalité ne coulait pas nécessairement du passé vers le futur ; elle peut décrire une boucle, voire s’annuler elle-même. Il y a des cas où nous savons seulement que la toile est perturbée, sans pouvoir localiser dans l’espace-temps la source de cette perturbation ; car celle-ci n’existe peut-être pas encore dans notre réalité. Il ne nous reste qu’à remonter jusqu’à elle en suivant les fils…» Il se tut. « Il suffit. Je ne voulais pas vous effrayer.

— Il n’est pas facile de me filer la pétoche, monsieur. » Mais tu y es presque arrivé.

« Considérez ma démarche comme relevant d’une précaution, insista-t-il. Tout comme l’agent Everard, vous avez été mêlée de façon intime…» Il esquissa un sourire. «… quoique involontaire, aux agissements des Exaltationnistes, une force disruptive majeure.

— Mais ils ont tous été tués ou capturés, ou alors ils le seront tous, protesta-t-elle. N’est-ce pas ?

— En effet. Cependant, ils ont peut-être un lien avec une menace plus importante. » Il leva la main. « Pas une organisation plus puissante que la leur, ni une quelconque conspiration, non. Nous n’avons aucune raison d’entretenir des soupçons de ce type. Mais le chaos lui-même n’est pas sans présenter une cohérence fondamentale. Les choses ont tendance à se répéter. Et les êtres aussi.

» Par conséquent, la sagesse commande d’étudier ceux qui ont pris part à un grand événement. Peut-être le referont-ils, que nos archives en aient ou non connaissance.

— Mais je n’étais que… qu’un poids mort dans cette histoire, bafouilla-t-elle. C’est Manse… c’est l’agent Everard qui a joué le rôle le plus important.

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