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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Il plissa les yeux pour l’examiner. Sans doute devait-elle lui apparaître comme fort bizarre, de par sa taille, la couleur de sa peau, son accoutrement. Mais, contrairement aux Nous, il ne semblait nullement intimidé en sa présence. Au bout d’un moment, sa main s’avança avec une lenteur calculée, jusqu’à ce qu’il lui pose le bout des doigts sur la gorge. Puis il descendit poursuivre son exploration.

Elle s’était raidie, étouffant aussitôt une envie de fou rire. Mais c’est qu’il me pelote, le bougre ! Il lui palpa les seins, le ventre, l’aine. Mais, ainsi qu’elle le constata, ses gestes demeuraient délicats et impersonnels. Il vérifiait qu’elle était la femelle dont elle avait l’apparence, tout simplement. Comment réagirais-tu si je t’agrippais les parties ? Elle avait chassé cette idée de sa tête. Inutile de semer la confusion dans son esprit. Lorsqu’il eut achevé son examen, elle recula d’un pas.

Il cracha quelques mots à ses congénères. Ceux-ci lancèrent un rictus à Tamberly, puis à Aryuk. Les femmes de leur tribu ne chassaient probablement jamais. Supposaient-ils qu’il était son conjoint ? En ce cas, pourquoi restait-il derrière elle ?

Le chef s’adressa à Aryuk sur un ton qui semblait méprisant. Le Tula réprima un frisson puis lui fit face. Le chef des étrangers leva sa lance comme pour l’en transpercer. Aryuk se jeta à terre. Les hommes éclatèrent de rire.

« Hé, minute ! Attendez un peu ! » s’exclama Tamberly en anglais.

Elle perdit tout désir de visionner la suite. Ordonnant à la capsule de transférer sans délai le reste du fichier, elle soupira et reprit : « Comme vous le voyez, nous ne nous sommes pas attardés. Ces types-là étaient de sacrés clients. Mais loin, très loin d’être stupides. » Elle les avait calmés en dégainant son couteau à lame d’acier, qui n’avait pas manqué de les impressionner. Ils ne savaient quoi penser d’elle, mais ils n’avaient pas bougé lorsque Aryuk et elle avaient battu en retraite, les gardant à l’œil jusqu’à ce qu’ils aient disparu derrière l’horizon. « Je me félicite de n’avoir pas été obligée de tirer des coups de feu en l’air. Dieu seul sait quelles auraient été les conséquences. »

Une seconde plus tard : « Et Dieu seul sait où ils sont passés désormais. Ce sont sûrement des Paléo-Indiens venus de Sibérie. À présent, je me tiens coite et j’attends de nouvelles instructions. »

Elle récupéra son enregistrement, l’inséra dans l’une des capsules dont était équipé son scooter, entra les coordonnées et pressa un bouton. Le cylindre disparut dans un pop. Il n’était pas parti pour l’antenne locale, car il n’y en avait aucune à cette époque reculée. Sa destination n’était autre que le QG du projet, sis dans son pays et son siècle d’origine. Soudain, elle se sentit seule et épuisée.

Pas de réponse en retour. On devait estimer qu’elle avait besoin d’une bonne nuit de repos. Et d’un bon dîner. Le préparer, l’engloutir, laver la vaisselle… tout cela la détendit. Mais elle n’avait pas sommeil. Elle se lava avec une éponge de bain, enfila un pyjama et s’allongea sur sa couchette, calant son oreiller contre la paroi pour y appuyer la nuque. Comme le soleil sombrait et que l’obscurité montait, elle alluma une lampe. Elle hésita un bon moment avant de choisir un film à voir ou un livre. Dans ses bagages était niché un exemplaire de Guerre et Paix, qu’elle pensait avoir le temps de lire pendant cette expédition ; jusqu’ici, elle ne l’avait pas ouvert et, vu les événements de la journée, ce n’était pas ce soir qu’elle allait s’y décider. Et les enquêtes de Travis McGee qu’elle avait rapportées à l’issue de sa dernière permission ? Non, John D. MacDonald était parfois trop incisif.

Ah ! oui, ce cher vieux Dick Francis…

II.

Loup-Rouge et ses hommes ne parvenaient plus à conduire les mammouths vers un terrain propice à l’abattage de l’un d’eux. Les grands animaux avaient cessé de s’écarter devant les minuscules créatures qui les harcelaient. De plus en plus souvent, ils faisaient halte pour marteler le sol de leurs grosses pattes, et ils ne repartaient pas avant d’avoir mangé toute la végétation à leur portée. Hier, un mâle avait chargé les chasseurs, les obligeant à se disperser pour ne pas revenir avant l’aurore. De toute évidence, le troupeau ne s’éloignerait pas davantage de son territoire.

« La faim s’est installée dans le camp, déclara Chasseur-de-Chevaux. Je crois que notre partie de chasse était condamnée à l’avance. Si les petits êtres de la terre sont fâchés, gardons-nous de les offenser davantage. Attaquons-nous à un autre gibier et offrons-leur notre première prise.

— Pas encore, répondit Loup-Rouge. Nous devons abattre un mammouth, c’est urgent. Et nous le ferons. » Bien plus que de viande et de graisse, le Peuple des Nuages avait besoin d’os, de défenses, de dents, de peau et de fourrure, autant de matériaux qui se faisaient rares. Et il y avait la victoire elle-même, qui leur apporterait à nouveau la chance. Le périple avait été long et rude.

La peur fît ciller les yeux de Bois-de-Caribou. « Cette sorcière aux cheveux de paille l’a-t-elle interdit ? marmonna-t-il. Ces vents sont porteurs de bien trop de murmures.

— Pourquoi penses-tu donc qu’elle possède des pouvoirs ? lança Loup-Rouge. Elle nous a fuis, ainsi que son petit homme. C’était il y a trois jours. Attends d’écouter les nouvelles que rapportera Renard-Véloce. »

Ses paroles maintinrent l’ordre dans le groupe jusqu’à ce que l’éclaireur le rejoigne. Renard-Véloce leur signala une grande tourbière toute proche. Loup-Rouge harangua ses hommes, qui acceptèrent de faire une nouvelle tentative.

Ils commencèrent par collecter des brindilles, des roseaux secs et autre petit bois qu’ils lièrent en fagots. Loup-Rouge se chargea ensuite de faire du feu. Tout en s’activant, il entonna le Chant du Corbeau et ses camarades se mirent à danser lentement autour de lui. La nuit était tombée, mais c’était la nuit courte et lumineuse de l’été, un crépuscule où l’on voyait luire les mares et l’herbe grise courir d’un horizon à l’autre. Le ciel au-dessus d’eux était pareil à une plaine d’ombre où clignotaient quelques étoiles à peine distinctes. La froidure s’intensifia.

Pendant que ses compagnons s’approchaient des mammouths, Loup-Rouge resta en retrait afin que sa torche ne les alerte pas prématurément. Sous leurs pieds, les brindilles craquaient, les herbes bruissaient, la terre humide ployait. Un coup de vent apporta à ses narines l’odeur forte des bêtes et un peu de leur chaleur, du moins le crut-il. Cela lui donna le vertige ; il n’avait guère mangé ces derniers temps. En entendant les bruits qu’émettaient leurs gorges, leurs trompes et leurs pattes, il sentit son cœur battre plus fort et son esprit se raffermir. Rendus nerveux par plusieurs journées de harcèlement, les mammouths étaient prêts à la débandade.

Il siffla lorsqu’il estima venu le moment d’agir. En l’entendant, les hommes coururent vers lui. Ils allumèrent leurs torches à la sienne. Loup-Rouge à sa tête, le groupe se déploya en arc de cercle et passa à l’attaque. Les hommes agitaient leurs torches dans les airs ; les flammes montaient, les étincelles s’envolaient. Ils poussèrent le hurlement du loup, le rugissement du lion, le grondement de l’ours et ce cri terrifiant, brutal et modulé, passant sans cesse du grave à l’aigu, qui est l’apanage de l’homme.

Un mammouth glapit. Un autre barrit. Le troupeau prit la fuite. La terre se mit à trembler. « Ya-a-ah, ya-a-ah ! hurla Loup-Rouge. Par ici ! Celui-là – chassez-le… Vers moi, mes frères, vers moi, à droite et à gauche, chassez-le ! Yee-i-i-i-ya ! »

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