Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
« Ah ! ça pue, lança Lame-Brisée. Et les terriers des lapins sont plus beaux. » Les huttes de terre que leur peuple édifiait pour se protéger du froid, en attendant d’avoir le temps d’en bâtir de plus solides, étaient plus spacieuses et plus propres. Quant à leurs tentes de cuir, elles étaient à la fois douillettes et bien aérées.
« Allez voir à l’intérieur, ordonna Loup-Rouge. Coureur-des-Neiges, monte la garde avec moi. »
De toute évidence, les Tulat étaient fâchés que l’on fouille leurs domiciles, mais seul Aryuk et le jeune adulte osèrent leur lancer des regards furibonds. Les chasseurs trouvèrent d’importantes réserves de viande et de poisson séchés, ainsi que des fourrures et des peaux d’oiseau. « Au moins savent-ils tendre des pièges, ricana Loup-Rouge. Tulat, nous acceptons votre hospitalité. »
Ses hommes prirent et mangèrent ce qui leur faisait envie. Aryuk finit par se joindre à eux, mais il conserva une position accroupie alors qu’ils s’étaient assis en tailleur. Il mâchonna un bout de saumon et leur lança à plusieurs reprises un sourire avenant.
Ensuite, Loup-Rouge et ses hommes explorèrent les alentours du fleuve. Une sente qu’ils avaient repérée grâce à leur œil entraîné les conduisit en un point situé au bord d’un ruisseau tout proche.
À en juger par le disque de terre nue et tassée, il s’était récemment trouvé ici un objet de belle taille. De quoi s’agissait-il exactement ? Qui l’avait fabriqué et pourquoi ? Qui l’avait emporté et comment ? Chacun d’eux s’efforça de cacher sa peur à ses camarades.
Loup-Rouge fut le premier à se ressaisir. « Je pense que c’est ici que demeurait la sorcière, mais qu’elle est partie. Craignait-elle les esprits qui nous viennent en aide ?
— Les indigènes nous le diront, une fois que nous saurons comment leur parler, dit Renard-Véloce.
— Les indigènes feront bien davantage », répondit Loup-Rouge d’une voix traînante. Exultant : « Nous n’avons rien à redouter, je crois bien. Rien ! Les esprits nous ont amenés dans un nouveau foyer, bien plus beau que nous n’osions le rêver. »
Ses hommes en restèrent bouche bée. Il ne leur exposa pas tout de suite son idée. Comme ils regagnaient le campement, il reprit d’un air pensif : « Oui, nous devons apprendre leur langue et nous devons leur enseigner… ce que nous voulons qu’ils sachent. » Son regard se porta sur Aryuk et sa famille. L’échine courbée, ils attendaient de subir leur sort. Les adultes s’agrippaient par les mains, les femmes serraient les enfants contre elles. « Nous allons commencer par emmener l’un d’eux à notre camp. » Il adressa un sourire à la jeune fille. Un regard de terreur pure y répondit.
1965 apr. J.C.
En ce bel après-midi d’avril, Wanda Tamberly venait au monde à San Francisco, de l’autre côté de la baie. Chrononaute ou pas, elle ne pouvait réprimer un certain frisson. Bienvenue, ô moi !
Simple coïncidence. Si Ralph Corwin lui avait fixé cette date pour leur rendez-vous, c’était parce que sa maison de Berkeley ne serait pas disponible avant ce jour-là. La Patrouille, qui souffrait d’un manque d’effectif chronique, ne pouvait affecter que quelques spécialistes aux migrations de l’homme dans le Nouveau Monde, si importantes fussent ces dernières. Totalement surmenés, ils ne cessaient d’aller et de venir entre présent et passé, transitant toujours par cette antenne administrative.
A l’instar de la plupart des bureaux spécialisés, celui-ci avait l’apparence d’un immeuble résidentiel, loué pour une durée de plusieurs années par des personnes qui y avaient élu résidence. Le choix de l’Amérique du XXe siècle s’était tout de suite imposé. La plupart des spécialistes cités plus haut en étaient originaires et se fondaient sans peine dans la population. Ils ne pouvaient cependant pas utiliser le QG régional de San Francisco ; un surcroît d’activité l’aurait rendu un peu trop repérable. Le Berkeley des années 60 constituait une solution de rechange presque parfaite. Dans ce haut lieu du non-conformisme, nul ne prêtait attention aux excentriques de passage. Quelques années plus tard, cependant, le développement de la consommation de drogue entraînerait une trop forte présence policière ; mais la Patrouille en aurait fini avec ce projet et évacué sa base.
Seul défaut : le bâtiment n’abritait aucun local susceptible d’accueillir des scooters temporels. Tamberly emprunta les transports en commun, descendit à Telegraph Avenue, mit le cap au nord et fit le tour du campus. La journée était splendide et sa curiosité éveillée. Cette décennie avait acquis un statut légendaire durant son adolescence.
La déception était de taille. Ce n’était partout que saleté, arrogance et prétention. Lorsqu’un garçon au jean maculé de crasse et enveloppé dans une couverture indienne bidon lui brandit un tract vantant les vertus de la paix dans un style pompeux, elle se rappela l’avenir proche – le Cambodge, les boat-people – et lui déclara avec un sourire suave : « Non merci, je suis une fasciste doublée d’une belliciste. » Un jour, Manse avait évoqué devant elle ses souvenirs des sixties d’une façon qui aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Mais pourquoi se soucier de telles vétilles alors que les cerisiers étaient en fleur ?
Le bâtiment qu’elle cherchait étais sis dans Grove Street (une rue destinée à être rebaptisée Martin Luther King Jr. Way et que les étudiants de sa génération surnommaient Milky Way). Une maison modeste et bien entretenue ; un propriétaire satisfait n’est jamais trop curieux. Elle gravit les marches du perron et sonna.
La porte s’ouvrit. « Miss Tamberly ? » Comme elle opinait : « Comment allez-vous ? Donnez-vous la peine d’entrer. » Elle avait devant elle un homme mince, au profil de Romain, doté d’une moustache taillée en brosse et de cheveux ondulés grisonnants. Il portait une chemise marron avec des épaulettes et une batterie de poches, un pantalon de toile au pli impeccable et des sandales Birkenstock. La quarantaine bien tassée, mais ça ne voulait rien dire quand on bénéficiait du traitement de longévité de la Patrouille.
Il referma la porte derrière elle et la gratifia d’une solide poignée de main. « Corwin. » Sourire. « Pardon pour le « Miss ». Je ne pouvais pas vous appeler « Agent Tamberly », vous auriez tout aussi bien pu faire la quête pour quelque bonne cause. Mais peut-être préférez-vous « Miz » ?
— Peu importe, répondit-elle sur un ton volontairement décontracté. Manse Everard m’a expliqué que ces appellations avaient tendance à muter. » Oui, fais-lui comprendre que tu es pote avec un agent non-attaché. Au cas où il serait en mal d’autorité. « Ces derniers temps… oui, l’expression est bien choisie, vu que j’ai quitté la Béringie il y a moins de huit jours dans mon temps propre… j’étais Khara-tse-tuntyn-bayuk, Elle-qui-Connaît-l’Étrange. » Montre à ce grand anthropologue que l’humble naturaliste que tu es n’est pas tout à fait idiote.
Elle se demanda si c’était son accent pseudo-britannique qui la hérissait. En interrogeant le QG, elle avait appris qu’il était né à Détroit en 1895. Mais, avant d’entrer dans la Patrouille, il avait fait de l’excellent travail sur les Indiens durant les années 20 et 30.
« Ah bon ? » Son sourire s’élargit. Il est plutôt charmant, en fait, s’avoua-t-elle. « Préparez-vous à souffrir. Je vais vous presser comme un citron pour découvrir tout ce que vous savez sur ce milieu. Mais commençons par vous mettre à l’aise. Quels sont vos goûts en matière de rafraîchissements ? Café, thé, bière, vin, quelque chose de plus corsé ?