Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
— Ça fait deux. Et sans doute à Werner Beck.
— Beck ! cracha Nerissa avec mépris. Je ne lui ai jamais fait confiance. »
15
Garage de Dowd
Eugene Dowd avait réservé aux travaux de peinture une partie de sa grange reconvertie et Cassie l’observa non sans fascination s’occuper de la voiture volée. Son monologue incessant la fascina encore davantage, d’une manière beaucoup plus effrayante.
Il commença par enlever les plaques d’immatriculation, qu’il posa sur un coin de son établi. Il indiqua avoir l’intention de découper à la cisaille à métaux ces éléments à charge et d’enterrer les morceaux dans la cour avant leur départ. Il arracha ensuite les baguettes et moulures extérieures de la Ford, puis s’attaqua à la peinture à la ponceuse électrique. « En temps ordinaire, je décape complètement, mais on est un peu aux pièces. » Cassie comprit que ce n’était pas la première fois qu’il repeignait un véhicule, ni même sans doute un véhicule volé.
Quand Dowd se pencha pour poncer les flancs de la Ford, elle vit ses hanches jouer sous son jean. Les résidus de peinture tourbillonnaient autour de lui, mais il ne semblait pas s’en soucier même s’il ne portait pas de masque. Il parlait (entre deux bruyantes utilisations de ponceuse) en gardant les yeux fixés sur l’automobile, comme si Cassie, Thomas, Leo et Beth n’étaient pas vraiment là, comme s’il ne s’adressait pas à eux, mais à quelque chose d’invisible qui vivait dans le moteur.
J’étais dans une petite ville pas loin d’Amarillo, peu importe laquelle, quand Werner Beck est venu me trouver. Ça s’est passé, voyons, il y a cinq, presque six ans, maintenant.
C’est dans cette ville que j’ai grandi, mais j’en étais parti longtemps et j’y étais retourné parce que je ne savais pas où aller. J’avais vécu de petits boulots à l’étranger, surtout de menuiserie et d’électricité, mais j’en avais fini avec ça, pour des raisons auxquelles je vais venir.
Bref, j’étais de retour et au chômage. Mes parents étaient morts pendant mon absence, mais je ne l’ai appris qu’à ce moment-là. Je n’étais pas très doué pour garder le contact. La nouvelle m’a donc plutôt secoué. Même si ma famille n’en était pas vraiment une. Mon père buvait, quand il ne creusait pas des fondations, et ma mère a été esthéticienne toute sa vie. Le cancer l’a eue et mon père s’est tiré une balle peu après. Leur maison a été vendue pour payer les arriérés d’impôts. Autrement dit, à mon retour, je n’ai rien retrouvé. Moi qui voulais juste me terrer dans un coin sûr pour oublier ce que j’avais vu dans l’Atacama, je n’ai eu que des emmerdes en plus.
Je me suis loué un petit truc en périphérie et je comptais sans doute fumer de l’herbe en regardant des conneries à la télé jusqu’à ce que je n’aie plus un sou de côté, sauf qu’un jour Werner Beck a frappé à la porte. À l’époque, je n’avais pas la moindre putain d’idée de qui c’était. J’ai cru qu’il venait recouvrer une dette ou me vendre une Bible. Mais il a demandé : c’est vous, l’Eugene Dowd qui a vu des trucs bizarres au Chili l’année dernière ? J’ai voulu attraper un flingue, du coup, sauf que je n’en avais pas. Du calme, il a dit, mon sang est entièrement rouge. Et j’ai compris de quoi il parlait. Alors je l’ai fait entrer.
Évidemment, j’ai voulu savoir comment il m’avait trouvé. Il m’a expliqué qu’il avait vu un article dans le journal local. Qu’il était abonné à ce qu’on appelait un service de veille de presse. Qu’il recevait comme ça des articles parus dans des journaux de toute taille d’un bout à l’autre du pays, quand certains mots ou certaines phrases figuraient dans le texte.
Il n’a pas dit lesquels. Mais je savais de quel article il parlait. Une chronique dans le journal local, qui n’en est pas vraiment un, plutôt un ensemble de bons de réduction et de petites annonces. Eh bien, un connard qui ne savait pas comment s’occuper tenait là-dedans une chronique sur ce qu’il appelait « les personnages pittoresques » et j’avais eu le malheur de le rencontrer dans un bar à un moment où j’étais trop bourré pour mon bien… Je lui avais raconté deux ou trois trucs sur l’Atacama et il les avait mis dans son papier sur le ton de la grosse déconnade. Un loser du coin voit des hommes verts, ce genre de conneries.
Ouais, j’ai répondu à Beck, c’est ce qui m’est arrivé, du moins en partie, mais le journal n’avait pas donné mon nom, alors je répète, comment vous m’avez trouvé ? Je me suis renseigné, il a dit. Vous vous êtes donné beaucoup de mal, j’ai dit. Ouais, mais il se trouve, monsieur Dowd, que je vous crois.
Bon, il n’y avait vraiment pas grand-chose à croire dans ce papier, pour moi. J’avais prétendument raconté qu’on trouvait des Martiens en Amérique du Sud, sauf que j’avais pas dit ça. Y avait même une chute : « J’ai demandé à mon nouveau camarade si les Martiens étaient verts, comme dans les bandes dessinées. “Oui, m’a-t-il avoué, verts comme de l’herbe… mais seulement à l’intérieur !” »
Foutrement humiliant.
Beck a vu la tête que je faisais. Écoutez, monsieur Dowd, il a dit, je ne plaisante pas. J’en sais un rayon sur les gens à l’intérieur vert. Par exemple que tuer ne leur fait pas peur. Ils ont assassiné un paquet de mes amis. Ils ont essayé de me tuer.
C’est là que j’ai compris qu’il ne plaisantait pas. Comment je sais que vous n’en êtes pas un ? j’ai demandé.
Il m’a répondu que c’était une bonne question, il a défait sa ceinture et remonté sa chemise pour me montrer une cicatrice qu’il avait depuis son opération de l’appendicite. Je lui ai demandé ce que c’était censé prouver. Il m’a répondu que l’hôpital où il s’était fait opérer se serait aperçu qu’il saignait du vert. Ensuite il a dit : Et vous ?
Je n’étais pas d’humeur à lui montrer des cicatrices, mais il a dit que ce n’était pas grave, qu’il me croyait sur parole. « Pour le moment », il a ajouté.
Ensuite on est passés aux choses sérieuses. Vu ce qu’il m’avait déjà raconté, je lui ai demandé ce qu’il voulait. Je veux entendre votre histoire, il a répondu. Ensuite, je vous raconterai la mienne.
Une fois la peinture d’origine poncée, Dowd lava la voiture à l’eau savonneuse, la sécha et la rinça à nouveau avec une solution d’essence minérale. Il recouvrit ensuite de ruban adhésif les parties qu’il voulait protéger — vitres, pare-chocs, moulures. De temps en temps, quand Dowd se taisait et ne se servait pas d’appareils électriques, Cassie entendait le vent secouer les recoins et creux du garage. L’hiver approchait. Elle n’était pas sûre de savoir à quoi il ressemblait, dans la région… sans doute pas à celui de Buffalo, où la neige paralysait parfois plusieurs jours la ville.
Dowd prit sa pause-déjeuner aussitôt la voiture prête à être repeinte. Le repas fut identique à celui de la veille : sandwichs achetés dans une supérette. Cassie observa Dowd qui en enfournait un au jambon et les miettes qui s’accumulaient sur sa moustache. Il s’aperçut qu’elle le regardait et lui adressa un sourire pas tout à fait amical. Werner Beck lui fait confiance, se rappela Cassie. Mais que savait-elle au juste du père de Leo ?
« Assez mangé ? » demanda Dowd, les yeux toujours fixés sur Cassie.
Elle hocha la tête.
« Vous alliez nous dire ce que vous avez raconté à mon père, rappela Leo.