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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Il doit penser que ça date et que ça n’intéresse personne.

— Penses-tu ! Il ne voulait pas nous en parler, j’en suis sûr.

— Pourquoi ?

— C’est ce qu’on va lui demander la prochaine fois.

— Amusante cette passion pour l’onomastique, j’avoue qu’il m’a bluffée avec la signification de ton nom, disait Bérangère.

— C’est bidon.

— Je suis restée sur ma faim.

— Rassure-toi, tu auras d’autres occasions de te documenter, nous n’avons pas fini avec la clique du libraire. Leur discours sonne faux.

— Voilà que tu remets ça avec tes impressions. Je les trouve marrants, moi, ces Bobos.

— Ce sont de sacrés renards.

Vers 17 heures, le divisionnaire du 18e appelait Saulieu, le divisionnaire de la brigade. Cette affaire devenait troublante et les patrons commençaient à ruer dans les brancards. Les policiers du 18e avaient retrouvé la femme qui avait crié lors de l’agression de Lavigne, rue Custine. Il s’agissait d’une étudiante, de passage dans la rue au moment où la scène s’était produite. Grâce à la jeune femme, on était en mesure d’ébaucher un portrait-robot de l’agresseur : un homme encore jeune, la trentaine, cheveux châtains, assez grand, carrure moyenne, et portant une paire de lunettes. L’identité judiciaire se mit aussitôt au travail et, le soir même, un portrait-robot était diffusé au cours du journal de 20 heures, dans un appel à témoins.

De nouveau, les standards collapsaient.

27

Marinne occupait un ancien atelier de menuiserie, au fond d’une cour pavée de Belleville. Elle en avait fait un atelier d’artiste, lumineux et confortable. Escoffier lui rendait de rares visites improvisées. Quand ils étaient ensemble, ils n’évoquaient du passé que la courte période « africaine » de leur enfance. C’était un beau souvenir qu’ils aimaient à se raconter indéfiniment. On prenait soin de ne jamais parler d’un sujet qui pouvait raviver le souvenir de Cécile et cette réticence n’était pas étrangère au fait qu’ils se voyaient au fond assez peu. Parler eût été violer un tabou et Damien ne s’en sentait pas le courage. Chacun de son côté en souffrait secrètement.

Escoffier déboucha du métro Pyrénées. Il avait oublié son duffle-coat à la brigade et un froid polaire lui tomba sur les épaules au moment où il émergeait de la station. Peu de temps après la promenade sur les quais avec Bérangère et la leçon d’onomastique de Sentenac, une migraine lui avait enserré la base de la nuque. La fièvre commençait à présent à bourdonner dans ses oreilles. Depuis la découverte du cadavre du SDF, il dormait mal, et vit un lien de cause à effet entre ses insomnies et ces symptômes. Il préféra ne pas s’attarder sur cette nouvelle sensation de fatigue.

Sur la porte vitrée de l’atelier, une affichette portait cette mention sibylline, calligraphiée : Après avoir peint un paysage de brume, le peintre y pénétra et disparut. Marinne accueillit son frère, un pinceau à la main.

— Tu m’excuses, je ne peux pas interrompre mon travail.

— Continue, je t’en prie.

Il s’installa sur le vieux canapé à proximité de la table de peinture. La moquette tachée témoignait d’une vie et d’une créativité intenses. En barbe de rat, crin de cheval, plume de coq, montés sur corne de buffle, bois verni ou tige de bambou, les pinceaux s’imposaient partout. Au mur, des peintures de l’artiste et le portrait de son maître chinois.

— Comment va la vie ? questionna-t-elle sans quitter sa planche des yeux.

Une longue natte châtain se répandait de sa nuque jusqu’à sa taille. Marinne travaillait toujours pieds nus, comme si elle eût besoin de rester en contact direct avec le sol pour laisser monter l’inspiration en elle. Son tablier bleu faisait penser au sarrau d’un écolier d’un temps révolu ou à la blouse d’un artisan. De ses gestes amples, une énergie, une puissance se dégageaient. Damien eut le sentiment que sa sœur était heureuse. Comme il ne répondait pas, elle posa une autre question :

— Et cette enquête ?

— Depuis quand t’intéresses-tu aux enquêtes de la brigade criminelle ? rétorqua Escoffier.

En général, elle ne lui posait jamais de questions sur son travail de peur de glisser sur des sujets sensibles. Ce désintérêt apparent faisait partie de leur accord tacite. Chacun en respectait les règles depuis le retour de Marinne de Chine.

— Depuis qu’on nous rebat les oreilles avec ces affaires du matin jusqu’au soir, qu’un criminel en série se balade dans les rues de Paris et que mon frère est sur les dents.

Elle se dégagea de la table et se planta devant Damien, son pinceau pointé vers le plafond. Le plaisir qu’elle éprouvait à peindre la rendait belle.

— Comment tu t’en sors ? demanda-t-elle.

— De l’enquête ? Bah ! couci-couça. Nous cherchons.

— Non, je m’en fiche de ta clique de limiers et autres inspecteurs Gadget, c’est toi qui m’intéresses.

— Moi ?

— Oui. Tu sais bien de quoi je veux parler, il m’arrive de lire les journaux, figure-toi. Vous avez du nouveau en ce qui concerne le dessin ?

— Le dessin ? Oui. Nous pensons que ce n’est qu’un habillage pour camoufler le véritable mobile des crimes.

— Aucun rapport possible avec l’affaire de Cécile, tu en es sûr ?

Escoffier resta muet. Depuis quand Marinne avait-elle tiré un trait sur le passé au point de pouvoir prononcer ce prénom, d’en parler aussi librement, sans gêne apparente ?

Son émotion fut telle qu’il rougit comme s’il dût avoir honte des propos qu’elle avait tenus. Il n’était pas préparé à ce changement d’attitude qui bouleversait leur accord. Elle ne lui avait même pas demandé son avis. Il sentit une douleur aiguë lui lacérer le ventre. L’ami Benavent avait raison, c’était lui, Damien qui faisait obstruction, lui, qui avait bloqué les compteurs à zéro un certain soir de janvier. Marinne avait continué son petit bonhomme de chemin, sans déranger personne, sans faire de bruit.

Comme la fièvre galopait, son regard se brouilla, il sentit les premiers frissons secouer son corps et ne résista plus.

— Ça ne va pas Damien ? s’inquiéta-t-elle.

— J’ai dû attraper la crève, s’entendit-il prononcer.

Mais ses paroles lui semblèrent émaner d’un étranger qui venait de prendre possession de lui. Une cloche de cathédrale résonnait dans son crâne, ses yeux avaient du mal à distinguer les meubles de la pièce. Il rétrécit, il chavira, se dilua.

— Tu es épuisé, allonge-toi, je te fais du thé.

Combien de temps était-il resté allongé à contempler le portrait du Chinois ? À peine quelques minutes, le temps qu’il faut pour faire bouillir de l’eau et infuser des feuilles de thé, pourtant il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée. Marinne prit son poignet d’une main et posa l’autre sur son front.

— Tu as une fièvre de cheval, Damien, avale ça, tu vas dormir comme la Belle au bois dormant et demain tout ira mieux. C’est un remède chinois.

Il aurait voulu connaître les feux de l’enfer pour ne plus sentir ce froid pénétrer ses os. Un tremblement qu’il ne contrôlait plus agita sa mâchoire, ses dents s’entrechoquèrent. Une sueur glaciale glissait le long de sa colonne vertébrale. Toute envie de lutte l’ayant abandonné, il fondit hors de la conscience. Des images se succédèrent, les lieux et les gens se mélangèrent. Il vit Titinga manipuler une poulie dogon aux fesses callipyges, un gamin de Château-Rouge lui demanda s’il avait été marabouté, un homme menaçant, qui portait des lunettes, marcha vers lui, lui demanda ce qu’il lui voulait exactement, le procédurier le sermonna gentiment, ensuite, plus rien.

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