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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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Thomas Wallenstein est peut-être devenu un homme d’affaires, il tient à montrer à ce jeune journaliste qu’il n’en est pas moins un excellent historien de l’art.

Pour montrer sa passion à Wandrille, il l’embarque dans une grande discussion sur Monet et Clemenceau, que Wandrille suit et relance avec maestria, sachant bien où il amènera tôt ou tard son interlocuteur…

Ils s’installent dans de grands fauteuils de cuir dessinés par Jean-Michel Frank, tout ce dont Wandrille a toujours rêvé, le mobilier le plus élégant qui soit.

Wallenstein attaque. Sa première visite aux Nymphéas de l’Orangerie date de ses deux ans. Enfant, on l’y conduisait très souvent, c’était la seule chose qui calmait ses colères et ses crises de larmes. Depuis, il a beaucoup réfléchi à cet univers pictural unique. Pourquoi, après la mythique visite du Tigre à Giverny, les négociations pour les Nymphéas ont-elles duré si longtemps ? À l’été 1920, rien n’est encore décidé. Monet veut bien donner à la France, mais « sous réserve d’usufruit », à condition de pouvoir vivre ses derniers jours au milieu de ses dernières toiles. Le critique Arsène Alexandre s’entremet ensuite, il entraîne à Giverny Paul Léon, le secrétaire d’État aux Beaux-Arts — Wallenstein donne tous les noms comme si Wandrille les connaissait depuis toujours —, qui, enthousiasmé, demande qu’on construise un bâtiment pour abriter ce qu’il appelle « un panorama ». Wallenstein vit depuis l’enfance avec les amis de Monet, il parle d’eux comme s’ils étaient des contemporains.

« Vous pourrez écrire ça, dans Jardins Jardins, parce que c’est vrai. C’est ma première interview, vous avez de la chance : je ne mens jamais. »

Les fonctionnaires des Beaux-Arts imaginent alors un absurde temple rond, dédié à la nature, posé dans les jardins de l’hôtel Biron — devenu depuis peu le musée Rodin. Monet, ça ne lui plaît pas.

Wandrille veut comprendre pourquoi ces toiles de la dernière période de Monet sont devenues aujourd’hui les plus recherchées. Wallenstein est allé jusqu’à une étagère en laque de Dunand chercher les volumes du grand catalogue, et il les feuillette avec respect. Il montre à Wandrille les extraits des lettres du peintre que son grand-père avait transcrites.

Ces peintures, pour l’artiste, c’était un combat, semblable à celui des poilus dans les tranchées. « Cela me cause plus d’ennui que cela ne vaut… », a écrit Monet, épuisé, furieux de ne plus pouvoir peindre avec l’élan d’autrefois, découragé et dépressif. Il dit à Alice que la peinture le dégoûte. Il sent que tous veulent transformer son dernier chef-d’œuvre en une attraction de foire : une salle ronde où le public aurait l’illusion de se trouver, en plein Paris, sur le pont japonais de Giverny. Comme le panorama de Rezonville donnait l’illusion d’être au milieu d’une bataille de la guerre de 1870, face aux Prussiens. Ils n’ont rien compris. Son œuvre n’a rien à voir avec ce genre de cirque !

Wallenstein feuillette le livre de son grand-père. Monet se plaint à tout le monde, il trouve que l’administration des Beaux-Arts ne veut pas payer assez cher pour le bâtiment. Il explose. Clemenceau après une lettre bien salée lui répond : « En recevant votre dépêche, je me suis dit : “Bon, en s’asseyant, il se sera enfoncé un clou dans la fesse.” » Rebondissement : les deux amis se brouillent. Blanche Monet, la fille adoptive, les réconcilie. En 1925, miracle, Monet a retrouvé la vue. Il peint comme jamais et traite Clemenceau de bourrique : « Vous la Vendée, moi l’Armorique, nous sommes des Gaulois, les fils de ceux qui n’ont pas capitulé devant César ! »

« Vous comprenez mieux pourquoi les Français ont aimé Monet, c’est Astérix ! C’est ça que j’admire, c’est l’énergie du vieil homme, sa résistance. Au début de 1926 les “grandes décorations” sont terminées. Il s’est battu pendant sept ans, il a traversé la Grande Guerre, il a vaincu la cataracte et dominé la tremblote, il a fumé des milliers de cigarettes, il a peint deux cent cinquante toiles avec des nymphéas, il a insulté des secrétaires d’État et refusé les propositions de l’Académie des beaux-arts qui voulait l’accueillir, il a boudé Clemenceau et failli renvoyer sa cuisinière, mais ça y est, ils se sont réconciliés, c’est fini, il rit, il peut mourir. »

Que faisait Thomas Wallenstein le soir du dîner à Marmottan ? Pourquoi n’y assistait-il pas, alors qu’il est presque toujours présent aux grandes expositions consacrées à Monet ? Wandrille a décidé de profiter de l’exaltation brillante de la dernière tirade de son hôte pour lui soutirer quelques informations, dans l’euphorie.

Avait-il deviné que Dechaume réunirait ce soir-là ses deux spécialistes, et qu’elles feraient connaissance — malgré son interdiction formelle ? Il aimerait le lui demander, mais ce serait dévoiler ses cartes.

Wandrille n’ose pas aller aussi loin, il sait qu’il n’a aucun intérêt à montrer qu’il en sait aussi long. Il fait ce qu’il aime faire par-dessus tout, et que Pénélope lui a enseigné : il prend son air de mondain imbécile mais attachant, il lance un regard admiratif, il écoute.

« Selon moi, Wandrille — Wallenstein passe vite au prénom, à l’américaine —, Antonin Dechaume notre cher plus grand sculpteur français vivant nous ment, à tous. Il en sait beaucoup plus qu’il ne dit. La police a d’ailleurs demandé à le voir deux fois. Et il a pris l’initiative de parler au Figaro, pour que sa version des faits soit publiée, vous ne trouvez pas cela bizarre ? Vous avez lu l’article, sorti très vite.

— Oui.

— Lors de sa première audition, la police a dû écouter son boniment de vieil homme de goût et le laisser partir en le remerciant. Ensuite, les enquêteurs ont écouté les potins et appris ce que tout le monde sait à Paris…

— Pardonnez-moi, j’ai longtemps vécu à Neuilly, je ne sais rien.

— Ah bon, à Neuilly ?

— Non, je plaisantais. J’ai fait une terminale au lycée Saint-James. Mais je ne sais rien, ça c’est vrai.

— J’ai commencé à vous cerner quand j’ai vu votre jolie MG, couleur parfaite, c’est le bleu d’origine. Vous l’avez garée juste en face, j’adore regarder la rue de Tilsitt avec nos deux caméras de sécurité. On est obligé de tout filmer à cause du stock de tableaux. Une grande partie est ici, dans les caves, le reste, je ne vous dirai pas où, si vous aviez l’idée d’en informer les lecteurs de Jardins Jardins ! Dechaume, ce n’est pas vraiment le milieu de vos parents, c’est vrai. Votre père c’est un pur politique, je veux dire un grand politique. Je parle souvent avec lui au dîner du Siècle, heureusement qu’il est là de temps en temps, c’est d’un ennui, quand on pense à ces magazines qui croient que c’est le cénacle secret du pouvoir en France, les pauvres, s’ils écoutaient ces conversations consternantes, ce concentré de raseurs qui font leur café du commerce… Dechaume, pour tout vous dire, a des maîtresses. Il a en particulier depuis quatre ans une maîtresse américaine, par ma faute, et je n’avais pas vu les choses venir…

— Il était l’amant de Carolyne Square ?

— Il aurait dû vous le dire. J’espère qu’il a fini par le notifier à la police, ça peut être utile à l’enquête. Carolyne me racontait tout. Quand je pense que je devais la retrouver au Cercle, j’étais en retard, mon avion était parti de New York deux heures après l’heure prévue… Vous êtes membre du Cercle je crois, Wandrille, vous aussi, c’est bien, n’est-ce pas, idéal pour le sport ? On ne s’y est jamais croisés. J’avoue que je n’ai pas le temps d’y aller aussi souvent que je voudrais, je suis toujours en voyage, ou chez moi à New York. J’aurais dû être sur les lieux quand on l’a… Je m’en voudrai toute ma vie. C’était une fille formidable, Dechaume avait de la chance. Sa femme fermait les yeux, elle en avait pris son parti. Elle invitait quelquefois Carolyne à prendre le thé à Marmottan, dans le pavillon du fond du jardin. Paprika Dechaume est une femme intelligente, les années glissent sur elle. Elle joue fin. Je crois même qu’elle aimait sincèrement Carolyne, elle l’avait intégrée à la famille… Un peu comme Hoschedé avait intégré à son clan Claude Monet, dont il aimait tant la peinture, et qui était l’amant de sa femme Alice… Il ne faut pas juger ces histoires, mais bon, Ernest Hoschedé n’a pas été égorgé, lui… Dechaume sait qui a tué Carolyne, j’en suis convaincu. Mais je vous ennuie, Wandrille, vous n’étiez évidemment pas venu pour parler de cette affaire… »

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