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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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Pénélope retient son souffle. Elle pense que Marie-Jo va se mettre à pleurer et tout avouer. Mais la religieuse se redresse et, d’une voix très claire malgré l’émotion, articule :

« Je tiens à affirmer solennellement mon innocence. Je n’ai jamais tué personne. Je ne sais même pas si ce monsieur est réellement l’époux de Mrs. Square. Je sais qu’elle est morte. Je ne l’avais rencontrée qu’une fois, au dîner où vous étiez ma voisine, mademoiselle.

— Sur quoi portent vos recherches actuelles ? demande Pénélope.

— J’étais venue ici à Monaco pour rencontrer l’archiviste du palais, je veux savoir s’il détient une correspondance entre Claude Monet et Albert Ier de Monaco. Je travaille à une étude historique, je ne suis pas un assassin… Dans cette correspondance, il doit se trouver deux choses, qu’il serait long d’expliquer en détail mais que je peux résumer ainsi : des lettres qui établissent que Monet et le prince ont travaillé ensemble, pour Clemenceau, à plusieurs affaires touchant la diplomatie secrète de cette époque, et par ailleurs des preuves établissant que le prince avait commandé à Monet une série de tableaux, dont celui qui est proposé à la vente cette semaine pourrait être l’élément principal. Je devais rencontrer cet homme, qui m’avait appelée, je ne cherchais que des papiers, parmi lesquels il y en a un, peut-être, qui peut donner beaucoup de valeur à ce tableau que j’ai eu l’occasion de voir, bien peint, lumineux, mais absolument pas “documenté”… »

Il était question d’archives, le colonel, qui n’y comprenait rien, s’est naturellement tourné vers Édouard.

Le jeune archiviste a été très bref, et a foudroyé Marie-Jo d’un regard sans pitié : il est l’homme qui connaît le mieux au monde les archives de Monaco. Il ne s’y trouve pas une seule lettre qui concerne Claude Monet, aucune trace d’une éventuelle correspondance entre le peintre et le prince navigateur. Il a conclu, à l’adresse de Pénélope : « C’est du roman. »

Marie-Jo ne s’est pas démontée. Elle affirme que ces lettres existent. Si Monaco n’a pas de trace des lettres envoyées par Monet au prince, elle sait, elle, que les lettres du prince à Monet ont bien existé.

Elle les a cherchées partout : rien dans ce qu’a légué Michel Monet, rien à Marmottan, rien chez les descendants de la famille Monet-Hoschedé qu’elle est allée trouver un à un.

Elle en est arrivée à la seule conclusion possible : ces lettres sont encore aujourd’hui à Giverny, et personne n’a su les trouver.

Monet avait une correspondance secrète. Elle serait capitale, si on la retrouvait, pour les historiens — et elle permettrait accessoirement d’authentifier ce tableau…

Pénélope sent que le colonel, qui ne semble pas avoir une passion particulière pour la peinture, s’impatiente. Elle murmure qu’elle peut aller à Giverny. Elle ne comprend pas pourquoi la religieuse n’y est pas allée elle-même…

La réponse fuse :

« Celui qui m’a toujours fait barrage s’appelle Kintô Fujiwara. Il ne veut entreprendre aucune recherche. Pour moi, c’est parce qu’il a dû trouver… »

L’entretien s’est clos ainsi, de manière un peu absurde. Les deux suspects ont été conduits séparément au poste central de police de la principauté, juste à côté, et mis aux arrêts. Et les agents qui se trouvaient là, qu’on avait d’abord envoyés à l’assaut dans une affaire d’enlèvement, n’ont pas bien compris comment ils avaient aussi assisté à une arrestation liée à une affaire de meurtre — pour finir par entendre une controverse d’histoire de l’art entre l’archiviste du palais, une conservatrice française, et une religieuse en civil…

En sortant, Pénélope téléphone à Wandrille. Il faut retrouver des documents liés à la commande du tableau et aux contacts secrets entre Monet et le prince Albert Ier. Sœur Marie-Jo a été formelle. Elle n’y a jamais eu accès parce qu’on ne l’a jamais laissée chercher à Giverny. Il doit foncer immédiatement chez Fujiwara et y arriver, même par la force.

Wandrille lui révèle alors l’information qu’il détient et qui remet tout en cause : Thomas Wallenstein vient de lui dire que Carolyne Square était la maîtresse d’Antonin Dechaume.

Ce qui fait de ce Paul Preston, le mari en blouson, un assassin de sa femme assez crédible… S’il s’agissait d’une histoire d’amour qui a mal tourné ? se demande Wandrille. Et Monet ? Il y a bien quelqu’un qui a fait fabriquer un faux tableau, et qui essaye de le vendre…

Pénélope réagit vite. Il y a une troisième possibilité. L’homme au blouson de daim a pu ne pas agir seul. Si on cherche un coupable, tout le monde peut être suspect dans cette affaire. Pourquoi chercher un seul criminel ? Ils pouvaient être deux. Et dès lors tout devient très simple.

Pour Pénélope, la vérité commence à se découvrir, avec une prodigieuse netteté. Le coupable ne peut être que l’homme le plus insoupçonnable qui soit, celui qui incarne une sagesse venue de l’autre côté du monde, Kintô Fujiwara, découvreur des documents secrets. Il a reconstitué la vraie histoire de Monet, y compris son séjour à Monaco. Il a compris aussi que ce gisement d’autographes de Monet sur lequel il est tombé, à Giverny, va sans doute permettre de retrouver des tableaux. Monet parle souvent de son travail dans sa correspondance : si dans ces lettres, comme c’est probable, il signale des tableaux dont on n’a pas la trace, l’idée a pu naître de les faire surgir du néant. Un nouveau tableau, qui déclencherait une bataille d’experts, et à qui ils pourraient, en sortant des lettres inédites, donner un brevet d’authenticité — à condition bien sûr qu’une expertise de laboratoire vienne appuyer cette redécouverte.

Il s’est donc associé à Paul Preston, l’homme qui a accès aux laboratoires « Square Lab » créés par sa femme dans le Connecticut, à côté de leur grande fabrique de meubles. L’homme qui hait avec autant de force sa femme et Antonin Dechaume, et dont le Japonais a dû encore aiguiser les rancœurs. Comment s’étaient-ils rencontrés ? Comment le Japonais avait-il pu savoir que les laboratoires Square travaillaient pour Wallenstein ? Il faudra éclaircir ce point. Le faire parler.

Ces deux hommes ont, ensemble, toutes les armes en main pour assouvir une vengeance parfaite : faire expier à Carolyne sa trahison, faire du faux tableau un vrai doté d’un pedigree, de pièces d’archives et d’analyses chimiques imparables. Le faux tableau qui, une fois vendu, permettra à Paul Preston d’avoir assez d’argent pour disparaître au bout du monde, tandis que Kintô pourra publier enfin, à partir de ces lettres et documents inédits que lui seul possède, le grand livre sur Monet que Dechaume, Wallenstein, et la religieuse de Picpus, ont tous rêvé d’écrire.

Mais le temps presse. Le mariage a lieu samedi. En une heure, Wandrille peut être à Giverny. Si Fujiwara y a vraiment trouvé ce trésor de documents, il ne sera pas facile de les lui faire rendre, et moins encore de lui faire avouer sa culpabilité.

Pénélope se demande si Wandrille peut y arriver seul. Elle ne va pas le mettre au défi, le pauvre, elle va simplement l’appeler à l’aide.

10

Le secret est à Giverny

Giverny, mardi 28 juin 2011

Il fallait faire avouer Kintô Fujiwara. Tout l’accusait. Il avait le mobile, le temps de commettre le meurtre, et, ce qui ne gâte rien, une duplicité désormais avérée servie par un pâle et tendre sourire d’assassin…

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