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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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« Il y a quelque chose qui ne colle pas dans ton hypothèse, Pénélope, c’est que si Fujiwara avait entrepris de documenter lui-même le faux tableau, il n’aurait pas fait cette photo si maladroite qui laisse voir un morceau d’un tableau qui ne se trouvait pas, du temps de Monet, dans le salon-atelier. Il a en plus été victime d’un cambriolage, ne l’oublie pas.

— Il en a été le seul témoin. Cette histoire ne repose que sur son récit. C’est vrai que je ne comprends pas pourquoi la photo n’a pas été mieux faite, elle a de toute évidence été prise par quelqu’un qui n’avait pas assez bien regardé les vraies photos d’époque de cette pièce… Cette restitution, c’est le Japonais qui en a été le maître d’œuvre, il la connaît mieux que personne, il sait où est la faille. La photo c’est le détail qui ne va pas. Et si Fujiwara a mis la main sur des lettres qui documentent le tableau, à quoi bon ajouter cette fausse preuve par l’image ?

— Il reste que Fujiwara fait barrage. Marie-Jo t’a bien dit qu’il refusait de la laisser venir faire ses recherches à Giverny. Ce n’est pas normal…

— Tu dois comprendre pourquoi, dit Pénélope en pleine crise d’autoritarisme au téléphone. Je veux qu’on puisse apporter les preuves à Vernochet ce soir. Il fera la vente à l’émir de Barjah vers dix-neuf heures si aucune information ne lui parvient. Il me l’a dit. L’émir est très impatient. En revanche, si nous avons la preuve que le tableau est bon, Vernochet n’appellera pas Sa Grâce l’émir et laissera les Monégasques casser leur tirelire… Bref, c’est un peu mission impossible, mais tout va bien, tu as une grande heure devant toi. »

*

Une heure pour retrouver ces documents, fouiller la maison de fond en comble, Wandrille n’a pas l’air de s’inquiéter…

Il conduit sa MG dans le plus joli paysage de Normandie, les nuages pommelés n’ont rien d’extrême-oriental, le vent est frais, il se demande en sifflotant si Fujiwara ne sera pas surpris de sa visite à l’improviste.

Le Japonais n’a manifesté aucun étonnement. Il était dans son bureau, il est descendu lui-même accueillir le sympathique rédacteur en chef de Jardins Jardins.

« Tu restes assis dans cette cuisine, tu ne cherches pas ? Le compte à rebours est commencé. » Pénélope le harcèle de messages.

Sur le ton le plus aimable, Wandrille lui a demandé s’il pouvait visiter un peu mieux la maison, voir plus de choses que la première fois…

Fujiwara commence par lui faire visiter les pièces qu’on ne montre pas, toute la partie dans laquelle il habite. Wandrille remarque la décoration refaite au temps des réceptions mondaines des années 1980, l’ensemble a été très bien entretenu depuis, de confortables canapés, des orchidées, le dernier numéro du Journal du Louvre sur la table basse, l’appartement du directeur est agréable. Sur un chevalet, un éclat nacré et violet, une œuvre en cours, nébuleuse.

À l’étage, Fujiwara lui ouvre une petite pièce sans fenêtres où Monet avait installé son laboratoire photographique. Des placards partout, de hautes étagères. Faut-il chercher dans ce cabinet noir ? Wandrille fait attention à ne jamais tourner le dos à son hôte, qui ne le laisse pas explorer seul. S’il rabattait la porte pour l’enfermer là ?

Dans les lectures de son enfance, Wandrille adorait ces Arsène Lupin où, avant qu’on n’entende sonner le dernier coup de l’horloge, Lupin désignait la cachette sans avoir même pris la peine de chercher. Si Fujiwara a trouvé les documents, il ne les a pas laissés traîner. Il se met à sa place : en bonne logique, il les a laissés dans la cachette, là où ces pièces avaient été à l’abri pendant de si nombreuses années.

Wandrille maintient un sourire sur son visage. Il n’a rien ouvert, rien soulevé, mais il va trouver, par la seule force de son intelligence. Il sent qu’il a de quoi éblouir Pénélope.

Seulement, il n’a plus qu’une demi-heure, et il n’a pas encore la moindre fichue idée de l’emplacement où il faudrait chercher. Si tant est qu’il y ait quoi que ce soit à trouver dans cette maison !

Il demande à Fujiwara s’il peut revenir une dernière fois dans les appartements de Monet, en commençant par les si jolies pièces du rez-de-chaussée… Le Japonais va commencer à trouver cela bizarre. Il fait semblant de prendre des notes et écrit dans son carnet : Pénélope, Pénélope, Pénélope…

Fujiwara est appelé par un des surveillants qui lui demande, sur le seuil, s’ils peuvent fermer, il est l’heure, il en profite pour transmettre quelques doléances à son patron… Wandrille saisit ce moment pour téléphoner :

« Allô, Pénélope ? J’ai trouvé.

— Tu es dans quelle pièce ?

— Je suis revenu dans la cuisine. Je suis seul pour deux minutes, il va revenir.

— Les documents y sont ?

— Non. Fouiller la maison n’aurait eu aucun sens, cette baraque a été refaite plusieurs fois, on a scruté les planchers, refait les sols, changé les poutres, dans les années 1980 on a tout remis aux normes une première fois, on a lancé un nouveau chantier il y a deux ans, les architectes des Monuments historiques ont dû sonder les murs, rejointoyer les pierres, démonter et remonter tous les lambris, tu penses bien qu’on a tout retourné depuis des années dans cette maison qui n’est pas si grande.

— Tu renonces, alors. Le petit tas de secrets de Claude Monet est ailleurs. On abandonne…

— Tu ne m’écoutes pas. J’ai trouvé. »

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Le bureau à cylindre

Paris, mardi 28 juin 2011

Wandrille a tenu un raisonnement enfantin. Ces papiers de Monet, s’ils existent, sont sans doute ce que le peintre avait de plus précieux.

Si Clemenceau était venu le voir au lendemain de l’armistice, c’est pour lui demander expressément de les brûler.

Ce que Monet, cabochard, n’avait évidemment pas fait. Il n’allait pas détruire ce qui prouvait qu’il avait servi la France, qu’il avait joué sa partition dans le grand orchestre du Père la Victoire.

Où cacher ce à quoi on tient le plus ? Dans ce qui pour vous est le plus précieux. Ce qui lie Monet à Alice, ce qui est le symbole de leur histoire. Ce qui est aussi le plus incongru et le plus rare de leurs biens. Ce qu’il voit tous les jours, devant son lit, dans sa chambre, ce qu’il surveille du coin de l’œil en permanence, là où les enfants auraient bien trop peur d’aller fouiller : son bureau.

Wandrille a en tête toute l’histoire de ce bureau. Il la fait défiler en deux minutes. Ce bureau c’est un meuble de prix, mais c’est surtout un symbole.

C’est un meuble qui surprend dans la chambre de Monet. Il lui venait semble-t-il d’Ernest Hoschedé.

Ernest Hoschedé est oublié, et Wandrille trouve que c’est injuste. On en fait toujours un cocu malheureux. Il avait joué un grand rôle dans la société artistique de la fin du XIXe siècle, il n’a pas eu de chance : il a fait faillite, il a été bien puni de sa passion pour l’impressionnisme. Claude Monet a séduit Alice, sa femme, et c’est tout ce que la postérité a retenu de cet homme de talent. Fils d’un commis et d’une caissière, il n’était pas du grand monde. Sa femme Alice, la future Mme Monet, a une dot de 100 000 francs et l’espérance d’hériter du château de Rottembourg à Montgeron. En 1870, à la mort du père Raingo, ils s’y installent, Hoschedé y place sa collection de vieux meubles chinés en salle des ventes et d’achats faits chez Paul Durand-Ruel, qui à cette époque vend de jolis Corot et des peintres de Barbizon. Monet, époux de la poétique Camille Doncieux, crève la faim. Dès 1872, Hoschedé achète un premier Monet. Il commence à revendre ses premières amours, ses Corot, Gustave Doré, Chintreuil ou Vollon.

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