Intrigue à Giverny
- Автор: Goetz Adrien
- Серия: Les enquêtes de Pénélope #4
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253182757
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:
Vernochet explique en détail qu’il a de grandes inquiétudes au sujet de ce tableau qu’on lui a demandé de vendre. D’abord il n’a jamais vu son client, ce qui peut arriver mais n’est pas si fréquent. La proposition est arrivée par un courtier de ses amis, qui lui a transmis un numéro de téléphone correspondant à une société de gardiennage et de surveillance qui dépend d’une compagnie d’assurances helvète.
Ensuite, Thomas Wallenstein, qui n’est pas à proprement parler un ami, mais à qui il téléphone de temps en temps, a éludé toutes ses questions, impossible avant ces derniers jours de lui faire donner son sentiment sur l’œuvre. Comme si Wallenstein lui cachait des choses.
Il a eu aussi un étrange coup de fil de Dechaume, qui lui disait d’être prudent. Il n’a pas bien compris, le sculpteur lui a dit que cette semaine était dangereuse, qu’il devait faire attention à lui. Il a lu comme tout le monde ce qui concerne cette Carolyne Square, assassinée, avec laquelle ils ont dîné pour le vernissage de l’exposition. Il est inquiet.
Le tableau est très beau, il l’avait vu l’an dernier aux Ports Francs de Genève, mais on ne lui connaît aucune provenance, aucun nom de collectionneur important n’est attaché à son histoire, il ne figure dans aucun des catalogues de ventes publiques qu’il a consultés. Pénélope hoche la tête, avec l’air de la parfaite imbécile.
En réalité, Vernochet préférerait que ce soit l’émir de Barjah qui achète, ce ne serait pas son premier tableau douteux. La collection des princes de Monaco est réduite mais de bonne qualité, les deux Monet qui sont déjà là sont très beaux, il y a de jolis petits Bruegel, de beaux portraits, le commissaire-priseur a plutôt tenté de dissuader le jeune archiviste de faire cet achat. Le commisaire-priseur n’aura le droit de servir d’intermédiaire dans ce genre de « vente de gré à gré » que lorsque la loi le permettra, en septembre de cette année, puisque ce sera la fin d’une vraie hypocrisie française, précise-t-il. Mais il veut jouer le rôle d’un intermédiaire sérieux, de confiance. Il a essayé de dissuader le conservateur monégasque, mais sans desservir son client, sans « griller » l’œuvre — et bien sûr, pense Pénélope, en tenant compte du pourcentage qui sera le sien.
Si Vernochet est bien le coupable, les mobiles ne lui manqueraient pas — et le plus évident : vendre une fortune ce Monet, à un client célèbre, en comptant sur l’euphorie du mariage princier. Il élimine, ou fait éliminer par un sbire — cet homme au blouson de daim — les deux personnes susceptibles de tout faire échouer, Carolyne et Marie-Jo. Mais en même temps, que de risques. Vernochet est prospère, il réussit un ou deux jolis coups chaque année dont tout le milieu fait des gorges chaudes — et que la presse admire —, pourquoi imaginer qu’à son âge il commence une carrière d’assassin ?
« Dans cette affaire, le coupable, je le vois, Pénélope, mais personne n’osera l’arrêter, c’est un homme trop puissant. Je vais être franc avec vous. Il s’appelle Thomas Wallenstein. Un monstre froid, qui sait exactement combien il faut payer pour écarter définitivement un pion gênant dans une affaire. J’ai voulu aller revoir le tableau à Genève, le lendemain de notre dîner, j’y suis allé deux jours, et je n’ai pas pu y avoir accès. Le tableau était, à ce que m’ont répondu les responsables de ces containers géants qui sont le plus grand musée d’art d’Europe, aux Ports Francs, indisponible. Il avait été transporté à l’Institut Wallenstein sur ordre de son propriétaire pour analyses complémentaires, à Paris, et on ne me l’avait pas dit, alors que j’avais annoncé ma visite. J’ai passé deux jours pour rien au bord du lac Léman, mais bon j’ai retrouvé plein d’amis, je suis allé voir une exposition Corot au musée Rath, je n’ai pas perdu mon temps… »
Vernochet venait de se disculper. Le jour où Carolyne Square était assassinée, il n’était pas à Paris, et il y aurait des témoins pour le dire.
Sauf si celui qui a égorgé était l’homme au blouson, celui qui a enlevé Marie-Jo, celui qu’elle cherche ici… Si l’homme au blouson était le tueur payé par Vernochet… Elle n’y croit pas. Elle a mis Vernochet en confiance, elle a fait l’idiote, il a parlé.
Pénélope a du coup presque honte d’avoir suspecté ce vieil ami. Vernochet est sans scrupules, il fait des affaires, il jouit de la vie, mais il n’a rien d’un assassin. Aux assises, se serait pour elle une « intime conviction », bien solide.
Il n’en avait pas moins porté une accusation directe, et donné un nom…
7
Derrière la façade de l’Institut Wallenstein
Paris, lundi 27 juin 2011
L’immeuble de la rue de Tilsitt est un mystère. Cet anneau qui entoure l’Arc de Triomphe est ponctué d’hôtels particuliers qui ont été la gloire de la IIIe République et sont devenus des bureaux. Mais l’immeuble Wallenstein, avec ses persiennes de métal toujours fermées et son absence de plaque sur la façade, a su devenir invisible. Tout le monde passe devant sans le remarquer.
Thomas Wallenstein peut-il être le coupable ? Wandrille le croit. La déduction a été facile.
Les bonnes analyses ont dû lui être transmises, il a vu la photo et écrit sur sa carte : « OK pour moi » avant de renvoyer le tout à Picpus pour analyses complémentaires. A-t-il vu le tableau de ses propres yeux ? Sait-il qui en est le propriétaire ? Il est très probable, se dit Wandrille, en sonnant à l’unique bouton de cuivre qui se trouve sous l’interphone, qu’il va tout nier et dire qu’il n’a pas regardé tout cela de très près, ou qu’il ne s’en souvient pas, qu’il est occupé par d’autres affaires à Londres ou à New York. Aujourd’hui, l’empire Wallenstein, ce n’est pas seulement un prodigieux stock de tableaux anciens, c’est aussi une collection de voitures de course, la fabrication industrielle des éoliennes qu’on installe partout en Europe. Thomas Wallenstein, issu de deux générations de grands historiens de l’art, est d’abord un chef d’entreprise discret qui réussit tout.
Cette affaire est forcément pour lui plus qu’un incident. Ce qui compte à ses yeux, c’est la fiabilité absolue de ces grands indicateurs des chemins de fer du monde de l’art que sont ces immenses « catalogues raisonnés » d’artistes, qu’il confie à des savants incorruptibles. Pour Monet, il n’a jamais voulu révéler qui étaient ses enquêteurs. Il ne doit avoir qu’un seul souci en ce moment : le remplacement de Carolyne Square… Il ne peut pas l’avoir fait assassiner. En revanche, il peut avoir quelques idées sur un possible meurtrier. Et si quelqu’un a des nouvelles de la religieuse enlevée, ce ne peut être que lui.
Un sphinx, c’est ce qu’a tout de suite pensé Wandrille. Le bureau n’a pas changé depuis les années 1930, murs de parchemin, portes d’acajou, lustre en bronze Art déco, au-dessus d’une console deux photos Harcourt, le père et le grand-père. Entre les fenêtres, un grand paysage de Seurat.
Derrière ses lunettes d’or, Thomas Wallenstein, cheveux poivre et sel de jeune sportif impeccablement coiffés et coupés court, costume Cifonelli — Wandrille, même depuis qu’il a adopté le dégriffé, reste un expert —, a tout du play-boy sérieux qui a su bien vieillir.
Cordial, dès l’abord, il n’ignore pas, lui qui fuit par principe les médias, qu’il accueille chez lui le fils du ministre des Affaires étrangères. Wandrille a mis une pochette blanche, discret rappel…