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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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— Il crée un musée dans le Golfe, on cite toujours son nom comme celui qui veut concurrencer Doha et Abu Dhabi. Je l’ai vu en photo, rondouillard et mystérieux…

— Vernochet bluffe. Il sait que nous sommes à quelques jours du cadeau, qu’on est les pigeons idéaux, il a peut-être même lu la liste de ceux qui ont cotisé, il se dit qu’il aurait dû demander plus cher. Tu veux mon avis, Vernochet est un escroc.

— Je le connais. Il fait son métier, tu ne peux pas le lui reprocher. Il est sympathique.

— Ma pauvre Pénélope. Comme tous les escrocs, il est très sympathique.

— Tu dois d’abord savoir que le tableau qu’il veut vous vendre est un faux. Malgré toutes ces analyses si précises que t’envoie Wallenstein. Un faux pour lequel on a commis, cette semaine, un assassinat. »

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Le peintre des Brigades du Tigre

Monaco et Paris, dimanche 26 juin 2011

Pénélope a tout de suite appelé Wandrille. Leur vieil ami maître Vernochet, qu’ils croisent depuis toujours dans tous les vernissages, un conteur, un charmeur, un dieu du marteau, a un vrai profil de suspect.

Il est à Monaco, il occupe une chambre à l’Hermitage, la police française ne peut pas l’arrêter sans que ce soit un scandale, d’autant qu’il y a des journalistes partout et qu’il les connaît tous.

Il n’y a d’ailleurs pour le moment aucune preuve contre lui. Pénélope n’a que des soupçons. Si Carolyne Square avait été assassinée pour que le résultat des analyses chimiques et macroscopiques puisse être trafiqué ? Qu’un autre rapport d’analyses parvienne à point nommé des États-Unis ? Un faux rapport au sujet de la toile et des pigments, une fausse photo pour documenter l’œuvre, les deux éléments nécessaires à l’adoubement dans le catalogue officiel se trouveraient réunis. Pénélope entend encore ces mots qui résonnent quand elle ferme les yeux : « On tue à partir de quel chiffre de nos jours ? La mère supérieure de notre couvent ne nous dit pas tout, vous savez… »

Wandrille s’est donné pour but de rencontrer Thomas Wallenstein. Pas facile, il n’accorde aucun rendez-vous, il fuit les journalistes. Wandrille pense que cet homme, qui est le pivot de tout ce qui est lié à Monet, doit pouvoir les aider — à moins que ce ne soit lui, leur adversaire.

Pour le joindre, il hésite encore à jouer son joker. Wallenstein est très lié au monde politique, il prend part aux « dîners du Siècle », on le voit à l’Automobile Club, Wandrille pense que son père, peut-être, peut l’appeler directement…

En attendant l’intervention ministérielle, Wandrille a laissé deux messages à une secrétaire à Paris, envoyé un e-mail, et comme il a des lettres, il a résumé la situation pour Pénélope : « Et nul, sinon l’écho, ne répond à ma voix. »

Thomas Wallenstein doit être averti. Il ne doit pas donner ce certificat. Il ne faut pas, s’il est mouillé dans cette histoire, qu’il puisse dire ensuite qu’il n’avait pas été informé.

Vernochet coupable de meurtre ? Cela devient vraisemblable. Pénélope n’en revient pas, ce voisin de dîner si disert qui pérorait doctement au sujet du surtout de table de Lucien Bonaparte… Marie-Jo et Carolyne avaient donc disparu pour lui échapper. Pour mettre au point une réponse définitive commune au sujet du tableau, sans passer par Wallenstein, pour bloquer tout de suite cette affaire frauduleuse, parce qu’elles savaient que ce Vernochet était en train de les manipuler. Et qu’il jouait suffisamment gros pour être prêt à tout.

*

C’est Dechaume qui, en l’absence de sœur Marie-Jo, est le mieux informé sur les recherches qu’elle était en train de mener. C’est lui qui en sait le plus, lui et peut-être aussi sa chère Paprika — même si Pénélope a eu le sentiment bien net qu’ils ne se disaient pas tout.

Dechaume est seul à Marmottan. Il a décidé d’entreprendre son enquête. Il ne peut pas diriger ce musée sans comprendre ce qui se trame. Cette petite Pénélope l’a un peu déçu, il l’a lancée sur de bonnes pistes, elle ne l’a pas encore rappelé — pourtant la directrice des Musées de France lui a garanti qu’elle était la plus douée pour démêler les affaires compliquées, et que si elle n’était pas conservatrice du patrimoine elle aurait pu ouvrir une agence de détective.

Deux jours déjà et elle n’a donné aucune nouvelle. Elle devait aller à Giverny voir de près ce monstre louche de Fujiwara, elle devait aller rôder du côté de l’Institut de recherches Wallenstein, et rien ne vient.

Il va prendre les choses en main lui-même. Paprika est à son cours d’aquagym, à cette heure le musée est fermé, il erre dans l’exposition, seul, pour faire le point. Il a beaucoup encouragé cette petite souris de sœur Marie-Jo à écrire enfin les huit cents pages qui diront tout sur Claude Monet. Elle est la seule à avoir vu tous les documents, à avoir tout compris. Quinze jours avant ce dîner où elle a disparu, elle était venue travailler au musée, il lui a demandé où elle en était. Elle a simplement répondu : « Il me manque des preuves, il nous faudrait des lettres, des documents, je n’ai que des présomptions. » Si elle n’avait pas disparu, si elle n’avait pas été enlevée mystérieusement et si, tout simplement, elle était partie enquêter dans les autres lieux liés à l’aventure de Monet, à Étretat, à Sandviken en Norvège ou ailleurs… Elle aurait pu aussi aller à Monaco, cela n’aurait pas été absurde. La police est venue l’interroger deux fois : il n’a pas eu grand-chose à dire…

Marie-Jo et lui en ont souvent parlé. La clef de ce qu’il faut bien appeler « la carrière de Claude Monet » — même si l’expression a de quoi scandaliser ceux qui voient en lui le plus pur de tous les peintres, le moins carriériste qui fût — c’est Clemenceau. Leur amitié n’était pas faite que d’admiration mutuelle, elle a peut-être été une machine de guerre, une des plus secrètes qui soit dans la France de 1900.

C’est de cela qu’ils parlaient pendant des heures, ces derniers mois, dans la cuisine du pavillon au fond du jardin, avec Marie-Jo quand elle venait se plonger dans les dossiers d’œuvres, éplucher les livres de comptes et photographier les cartes postales.

C’est de tout cela que Dechaume aurait voulu discuter, avec Carolyne, qui a eu la gorge tranchée.

Il reste debout, devant la commode que surmonte Impression, soleil levant. Carolyne. Une si belle apparition, dans sa robe noire, ce soir-là… Il ne l’avait pas invitée uniquement pour la remercier de ses dons à la société des amis. Il s’en veut de ne pas avoir compris plus tôt qu’elle faisait les analyses pour Thomas Wallenstein — et que de sa rencontre avec Marie-Jo pouvait jaillir l’étincelle de la vérité. Carolyne Square ne lui avait jamais parlé de ses liens avec Wallenstein, elle avait respecté sans doute la clause de secret qui figure à son contrat. Avait-elle été simplement une scientifique, capable de déterminer la composition des pigments et d’analyser les toiles et les châssis ? Elle avait nécessairement fait aussi des recherches historiques sur les fournisseurs du peintre, les marchands chez lesquels il avait ses habitudes — et comme elle était américaine, elle avait pu avoir accès à des documents que les chercheurs européens ne connaissent pas, chez les héritiers des collectionneurs de Monet aux États-Unis, parmi lesquels figuraient peut-être des amis de Clemenceau.

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