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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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Les cinq policiers descendent avec calme. Ils arrivent à un premier palier, qui forme comme un balcon sur la mer orné de créneaux. Il faut descendre encore. « Alcatraz », c’est plus bas. L’escalier est remplacé par des barres de métal moussu fixées dans la muraille entre lesquelles volent les mouettes. Pénélope, du haut du palier, voit le premier policier qui descend à pic, le long de l’immense monument, palais en forme de falaise.

Plus bas, au ras des flots, deux silhouettes sortent d’une cavité de pierre : un homme en blouson de daim qui tient une femme dans ses bras. Il s’en sert pour se protéger. Lui aussi a une arme.

Pénélope, Édouard et le directeur veulent descendre à leur tour. Le colonel leur fait signe de rester cachés dans l’espèce de mâchicoulis 1900 où ils se sont arrêtés.

« Je le connais, murmure le maître des lieux, glissant un œil en bas. C’est un Américain, il était dans le groupe de ceux à qui j’ai fait visiter ça il y a un mois. Je ne sais plus son nom. C’est lui, aucun doute. Il a énormément donné d’argent pour la restauration des aquariums. Je lui avais tout montré. Il vient souvent. Il se présentait comme un milliardaire écolo. »

Un coup de feu. Pénélope veut regarder mais Édouard la tire en arrière. Ils s’accroupissent, protégés par les créneaux.

Plus bas les deux policiers sont « au contact ». Si on a des morts la semaine du mariage, pense le directeur, il va falloir étouffer l’histoire tout de suite.

Grand silence, bruit du ressac. Pénélope a l’impression que tout se ralentit. Elle ne pense même pas qu’elle est en danger. Elle attend, et cela dure trop. Personne n’a crié. Pas d’autre coup de feu. Une silhouette remonte. C’est un policier.

« On l’a désarmé. Appelez les renforts pour sécuriser le périmètre. Restez à l’abri, monsieur le directeur. La petite dame n’a rien. »

C’est la fin. Ils n’ont pas pu prendre la vedette qui était prête. Sœur Marie-Jo lève les mains au-dessus de sa tête, l’homme au blouson en fait autant.

Pénélope, devant l’aquarium aux requins, donne son bras à la religieuse, elle tente de la rassurer, elle lui dit qu’elles se sont déjà vues, qu’il n’y a plus rien à craindre. Sœur Marie-Jo semble incapable de répondre. Elle garde les yeux fermés. Sa jupe est trempée, elle a dû tomber dans les vagues.

Les hommes de la police française viennent d’arriver, il y a maintenant neuf hommes armés qui encerclent le fugitif et la religieuse.

Pénélope pense à dix choses à la fois. Ils vont enfin le connaître, cet homme au blouson de daim, l’instigateur de cette histoire. Celui qui sciemment tente de vendre ce tableau comme un vrai Monet.

Il est là, face à eux, cinquante-cinq ans, portant beau, avec des mocassins de bateau et une montre de yachtman, le style parfait du résident monégasque. Rien d’un assassin. Il pourrait être un ami de Vernochet, ou un commensal du couple Dechaume, il pourrait très bien aussi être un client de Wallenstein. Il fuit le regard du directeur du Musée océanographique.

Pénélope ne sait pas s’il faut rompre ce silence. On met les menottes à l’homme, qui se tait toujours. Il avait fallu qu’il s’introduise dans le salon-atelier, le temps de faire ce cliché qui avait trompé tout le monde, et qui avait failli faire entrer au catalogue une œuvre fausse. Y était-il allé lui-même ? Fujiwara avait évoqué une silhouette menue, de petite taille, peut-être féminine. Avait-il agi avec une complice ? Il avait fallu qu’il arrive à faire envoyer à Wallenstein des analyses bidonnées. Qu’il fasse taire sœur Marie-Jo en la faisant venir à Monaco pour l’empêcher de parler pendant que la vente du tableau s’effectuait. Le cercle se refermait sur lui.

Face à eux tous, dans la verte lumière des aquariums, il se redresse, et parle :

« Mon nom est Paul Preston, je suis citoyen américain et résident monégasque depuis cinq ans. Je ne raconterai tout qu’avec mon avocat. Mais je veux d’abord dire que je ne suis ni un voleur ni un assassin. Je suis venu ici pour venger ma femme, Carolyne Square, qui a été égorgée par cette femme qui est ici, que j’étais en train de faire avouer. Je voulais l’entendre tout me dire et ensuite la conduire moi-même à la police. »

Tous se tournent vers la sœur qui esquisse un sourire léonardesque — qui s’efface en un instant.

Un craquement les a fait sursauter : une fissure vient d’apparaître dans la paroi de verre, dans la partie haute de l’aquarium des requins.

9

Alcatraz

Monaco, lundi 27 juin 2011

Enfin, sœur Marie-Jo était là ! Pénélope avait attendu si longtemps le moment de la retrouver. Elle s’attendait à tout sauf à cette accusation.

Le policier qui n’a pas lâché son arme n’hésite pas : « C’est lui qu’on arrête. Elle, vous l’emmenez aussi, mais comme témoin. Monsieur l’archiviste, et vous mademoiselle, vous voulez bien nous accompagner. On va remonter. Vous permettez, monsieur le directeur, qu’on prenne votre bureau pour faire un premier interrogatoire. Ça ne va pas être long. »

Wandrille, aux anges, s’esclaffera quand Pénélope lui racontera tout : heureusement que Marie-Jo n’était pas planquée dans le bassin des orques, elle aurait été indiscernable ! Mais sur le moment, personne ne plaisantait. Le directeur a ordonné qu’on vide de deux mètres la fosse des requins, pour s’occuper de la fissure, une catastrophe.

Le colonel des carabiniers, chargé de la sécurité du prince et de sa famille, était resté en retrait mais sa présence en imposait.

Aux questions de Pénélope, posées à mi-voix, dans l’escalier, Marie-Jo, qui est juste à côté d’elle, se trouble. Elle reste prostrée. Pénélope lui dit à quel point Picpus est un lieu qui lui a laissé une forte impression. Elle dit, dans l’obscurité, qu’elle a vu la mère supérieure, qu’elles sont allées ensemble chercher des indices dans sa cellule. Marie-Jo hoche la tête. Pénélope lui parle de Monet, de Giverny, espérant lui arracher un sourire. La religieuse baisse la tête. Elle ne parle toujours pas.

Soupçonner une bonne sœur de meurtre ? Et pourquoi pas ? Sœur Marie-Josèphe pouvait-elle avoir tué Carolyne Square ? Pénélope aurait dû y penser tout de suite.

Elles n’avaient pas disparu ensemble, ce fameux soir : l’une avait enlevé l’autre… Mais pourquoi l’assassiner le lendemain, et au Cercle ? Personne n’était mieux placé que la bonne sœur experte en art pour faire le faux parfait, ou pour donner des indications à un faussaire. Comme criminelle, au rasoir, elle devait, à l’évidence, être moins douée…

Tout le monde entre dans le grand bureau, on ferme les hautes fenêtres sur la mer. Il y a deux suspects.

Soit ce Paul Preston tente un monstrueux coup de bluff, et il est coupable. Soit il est ce qu’il a l’air d’être, un homme dont on vient d’assassiner la femme — et qui peut être encore aveuglé par le chagrin…

Sous le grand tableau montrant le prince Albert Ier au Spitzberg, le colonel des carabiniers prend enfin la parole. Un des policiers a ouvert un petit ordinateur portable et prend des notes. Le colonel explique qu’on maintiendra en détention Mr. Paul Preston cette nuit, et qu’on attendra qu’il ait désigné un avocat pour recueillir sa déposition. Mais si l’autre suspect veut faire une première déclaration, avant d’être, elle aussi, conduite au poste, c’est possible.

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