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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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Mercurio récupéra le sac de pièces d’or restantes. Il les fit tinter doucement. « C’était le seul moyen pour sauver ça.

— Pourquoi sur moi et pas sur toi ?

— Parce qu’ils t’auraient tripotée de toute façon. Et s’ils n’avaient rien trouvé, ça aurait pu être pire.

— T’es qu’une merde », râla Benedetta.

Mercurio resta silencieux, puis lui demanda : « Il t’a fait très mal ?

— T’es qu’une merde », répéta Benedetta, mais sans colère, cette fois. Elle ajouta : « Petit frère ».

20

« Tu as une chambre pour ma sœur et moi ? », demanda Mercurio en entrant sans un bonjour à la Lanterna Rossa, qui était un bouge ruga[3] Vecchia di San Giovanni, non loin du marché aux poissons de Rialto.

Le patron de l’auberge était assis sur une chaise bancale. Malingre, la soixantaine, peu de cheveux sur la tête et peu de dents à la mâchoire. Il avait un visage antipathique et se grattait les jambes et l’aine. “Les poux sont en train de le dévorer vivant”, pensa Mercurio.

Le vieux ne répondit pas et cracha dans un pot de chambre à côté de la chaise. Sa salive était rouge de sang. « Vous puez comme des harengs pourris, fit-il alors à l’adresse des deux jeunes gens.

— Tu as peur qu’on empuantisse ton palais ? lui répondit Mercurio. Tu as une chambre ?

— Tu as de l’argent ? demanda l’aubergiste.

— Non, pourquoi ? dit Mercurio, d’un air insolent. Faut payer pour venir dans un endroit pareil ? »

Benedetta rit.

« C’est un sol par semaine, fit le vieux, qui cracha de nouveau dans le pot de chambre.

— Je te prends les poux de tes matelas et en plus tu voudrais un sol par semaine ? dit Mercurio.

— Il y a des gens qui dorment sous les ponts. Quelques-uns survivent. Vous pourriez essayer.

— Je te donne un sol par mois », rétorqua Mercurio.

Le vieux cracha et ferma les yeux, pour indiquer la fin de la conversation.

« Allons chercher quelque chose de mieux que cette merde, dit Mercurio à Benedetta. Scarabello se débrouillera bien pour nous retrouver. »

Le vieux ouvrit les yeux brusquement. « Qui ? demanda-t-il.

— Tu te réveilles ? fit Mercurio.

— Scarabello ? Fallait le dire tout de suite, mon gars. Alors ça fait… un sol pour deux semaines, si vous êtes des amis de Scarabello. »

Mercurio mit les mains dans ses poches et le fixa en silence.

Le patron de l’auberge bougea sur sa chaise, mal à l’aise, se gratta l’aine à nouveau. « Un sol pour trois semaines. Mais toi, tu dis à Scarabello que je t’ai fait un prix d’ami.

— Je lui dirai, oui. Il m’avait assuré que dans cette porcherie, on pouvait dormir pour un sol par mois. »

Benedetta se cacha derrière lui, se retenant de rire.

Le vieux réfléchit un instant. « Bon, allez, malédiction ! T’es un voleur, mon gars.

— Merci du compliment », dit Mercurio.

L’homme, en marmonnant, les accompagna jusqu’à leur chambre, un galetas qu’occupait presque entièrement un matelas de son crasseux. Dans un coin, un pot de chambre qui avait dû servir à Mathusalem. La pièce n’avait pas de fenêtre.

« On étouffe ici, soupira Mercurio. Moi, je sors faire un tour.

— Je viens avec toi », dit aussitôt Benedetta.

Mercurio n’avait jamais vu de ville aussi bizarre. « Il y a trop d’eau », dit-il, mal à l’aise. Mais petit à petit il se laissa gagner par la magie de cet endroit unique, de ces ruelles remplies de gens qui s’affairaient, de boutiques, de marchés, d’étals.

Il voulut d’abord monter sur le pont du Rialto, un pont majestueux fait de deux rampes de mélèze et d’une machinerie extraordinaire qui les relevait au passage des plus grandes galères : tout un système de poulies et d’engrenages laissait filer des câbles et le pont s’ouvrait en grinçant. C’était inouï : on aurait dit de la prestidigitation.

Ce qui frappait le plus Mercurio, c’était le nombre d’embarcations de toutes sortes qui sillonnaient les canaux. Il n’avait jamais vu un tel trafic. Ce n’était que cris, disputes, choc des bois qui se heurtaient. Il y avait plus de barques à Venise que de charrettes dans les rues de Rome.

Tout de suite après le pont, sur la rive où se dressait le marché aux poissons, à côté de l’église de San Giacomo, une vaste zone qu’on appelait les Fabbriche Vecchie, était en pleine effervescence. Un barbier qui arrachait les dents dans la rue lui raconta que cette zone avait été frappée par un terrible incendie l’année précédente, et qu’elle était en cours de reconstruction. Mercurio regarda longuement les tailleurs de pierre et les charpentiers qui y travaillaient sans trêve, et pensa à la complication énorme que c’était de transporter tant de pierres et de briques sur des bateaux. Une infinité de porteurs, chantant dans un étrange dialecte, ne cessait de franchir le pont, poussant des carrioles aux roues de bois plein, larges et plates.

Tous avaient quelque chose à vendre, semblait-il, dans cette ville où la quantité de boutiques était inimaginable : les plus riches avaient des étagères en pierre d’Istrie projetées, et de grands auvents aux couleurs éclatantes. Il y avait un sotoportego[4], dit du Banco Giro, où un banquier garantissait officiellement les transactions qu’il notait dans un registre. Ainsi les marchands n’avaient pas besoin de porter leur argent sur eux, ce qui leur évitait d’être détroussés. Et tout près de ce sotoportego, calle[5] della Sicurtà, se trouvait un petit palais de deux étages aux fenêtres en ogive et aux vitres colorées qui évoquèrent à Mercurio le glaçage d’un gâteau. Là, on pouvait assurer des navires entiers ou des cargaisons entières d’étoffes, d’épices ou toute autre marchandise en instance d’arrivée ou de départ.

Une marée humaine mouvante envahissait les rues et les sotoporteghi : une foule de vendeurs ambulants qui offraient sur leur bras de pauvres marchandises, et plus de prostituées et de mendiants que Mercurio n’en avait vu à Rome en période de Carême. Et au milieu de toute cette foule, naturellement, des escrocs et des voleurs qu’il repéra vite. Les trucs étaient les mêmes partout. Le faux bras, en tissu, tandis que le vrai dérobait discrètement une bourse ou un mouchoir. Le faux aveugle qui butait contre sa victime et en profitait pour la “nettoyer”. Les voleurs de bas étage qui se contentaient d’attraper la marchandise et de se sauver, espérant être plus rapides que leur poursuivant.

« On a de la concurrence », murmura-t-il à Benedetta.

Rialto était le cœur commercial de la ville, et certainement le meilleur endroit pour un escroc : ce serait donc son quartier général. Il y avait de quoi s’amuser.

« Je veux une nouvelle robe, dit Benedetta à la tombée de la nuit. Celle-ci pue trop. J’ai vu une boutique qui a des vêtements magnifiques.

— Tu as un plan ? lui demanda Mercurio.

— Quel plan ?

— On va les prendre comment, ces habits ?

— On va les payer, répondit-elle, étonnée. On a plein d’argent. » Mercurio hocha la tête. « Bravo. T’es vraiment maligne, tu sais ? » Il avait remarqué qu’au nom de Scarabello, les gens rentraient la tête dans les épaules. Il était connu de tous, et tous le craignaient. « Et si un homme de Scarabello était en train de nous suivre, ou nous voyait, même par hasard ? C’est pas le type à rigoler s’il découvre qu’on l’a pris pour un con.

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3

Rue.

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4

Passage sous un immeuble. Pluriel : sotoporteghi.

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5

Rue. Pluriel : calli.

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