Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
LE CHÂTEAU DE RATISBONNE agrège avec audace et un certain bonheur un cloître roman et gothique, une abbaye bénédictine, une aile baroque et des salles de bal rococo et néo-rococo. Jouant avec les styles et avec les époques, le palais est même connu pour avoir été celui de la sœur de Sissi l’impératrice ! La princesse Gloria von Thurn und Taxis, veuve d’un riche industriel dont la famille a fait fortune en ayant le monopole du service postal durant le Saint Empire romain germanique, avant d’être expropriée par Napoléon, y réside. Son antre est le repaire de la frange la plus conservatrice de l’Église catholique allemande, ce qui a peut-être valu à la princesse son surnom de « Gloria TNT », en raison de son conservatisme explosif !
Tout juste arrivée de son cours de tennis quotidien, la châtelaine, polo rose siglé assorti à ses lunettes ovalées pétulantes, montre Rolex sport et bagouzes bourrées de croix, m’accorde audience. Quelle femme ! Quel cirque !
Nous prenons un verre dans le Café Antoinette◦– du nom de la reine de France décapitée◦– et Gloria von Thurn und Taxis, dont on m’a décrit la rigidité et l’allure genrée butch, se révèle étrangement douce et amicale avec moi. Elle s’exprime dans un français parfait.
Gloria TNT prend son temps pour me raconter sa vie de « queen » : l’étendue de son patrimoine milliardaire avec les cinq cents pièces de son château à entretenir, sans parler des 40 000 mètres carrés de toitures : « c’est très très cher », se lamente-t-elle, en écarquillant les yeux. Un engagement politique aux côtés de la droite la plus réactionnaire. Son affection pour les curés, dont son « cher ami » le cardinal Müller. Sa vie remuée qu’elle partage entre l’Allemagne, New York et Rome (où elle serait en colocation, dans un pied-à-terre du centre-ville, avec une autre princesse, Alessandra Borghese, ce qui suscite de folles rumeurs sur leurs penchants royalistes). Gloria TNT insiste surtout sur son catholicisme échevelé :
— Je suis de foi catholique. J’ai une chapelle privée personnelle dans laquelle mes amis prêtres peuvent célébrer la messe quand ils le souhaitent. J’adore quand on utilise les chapelles. J’ai justement un chapelain, un prêtre à domicile, depuis plus d’une année. Il était à la retraite, je l’ai fait venir ici : il habite maintenant avec nous dans un appartement du château : c’est mon aumônier particulier, me dit Gloria TNT.
Le prêtre en question s’appelle Mgr Wilhelm Imkamp. S’il porte le titre de « monseigneur », il n’est pas évêque.
— Imkamp est un prêtre ultraconservateur fort bien repéré. Il voulait devenir évêque mais il a été bloqué pour des raisons personnelles. Il est très proche de l’aile conservatrice radicale de l’Église allemande, en particulier du cardinal Müller et de Georg Gänswein, m’indique, à Munich, le journaliste de la Süddeutsche Zeitung, Matthias Drobinski.
Étrange prélat, au demeurant, que ce turbulent Imkamp : il apparaît bien introduit au Vatican où il a été « consulteur » pour plusieurs congrégations ; il fut également l’assistant de l’un des cardinaux allemands les plus délicatement homophobes, Walter Brandmüller. Pourquoi ces connexions actives et ses amitiés ratzinguériennes ne lui ont-elles pas permis de devenir évêque sous Benoît XVI ? Il y a là un mystère qui mériterait d’être expliqué.
David Berger, un ancien séminariste et théologien, devenu militant gay, m’explique, lors d’un entretien à Berlin :
— Chaque matin, Mgr Imkamp célèbre une messe en latin selon le rite ancien dans la chapelle de Gloria von Thurn und Taxis. Lui est un ultraconservateur proche de Georg Gänswein ; elle, une madone des gays.
L’aristocrate décadente Gloria TNT ne manque ni de moyens, ni de paradoxes. Elle me décrit sa collection d’art contemporain, qui compte des œuvres de Jeff Koons, Jean-Michel Basquiat, Keith Haring ou même du photographe Robert Mapplethorpe, dont elle possède un magnifique et célèbre portrait d’elle. Si Koons est vivant, deux de ces artistes, Haring et Mapplethorpe, homosexuels, sont morts du sida. Basquiat était toxicomane. Mapplethorpe a même été conspué par l’extrême droite catholique américaine pour son œuvre jugée homo-érotique et sadomasochiste. Schizophrénie ?
La princesse a résumé ses contradictions sur l’homosexualité lors d’un débat organisé par le parti conservateur bavarois (CSU), en présence de Mgr Wilhelm Imkamp : « Tout le monde peut faire ce qu’il veut dans sa chambre à coucher, mais cela ne doit pas se transformer en programme politique. » On comprend le code : tolérance forte pour les homosexuels « dans le placard » ; tolérance zéro pour la visibilité des gays !
Cocktail explosif en effet que cette Gloria TNT : grenouille de bénitier et jet-setteuse aristo punk ; fervente catholique déjantée et intégriste fofolle entourée d’une nuée de gays. Gloria von Thurn und Taxis est une cocotte de la plus haute volée !
Traditionnellement proche des conservateurs de la CSU en Bavière, elle semble avoir repris ces dernières années certaines idées de l’AfD, le parti de la droite réactionnaire allemande, sans pour autant le rallier formellement. On l’a vue marcher aux côtés de ses députés lors des Demo für Alle, les manifestations anti-mariage gay ; elle a également déclaré, dans une interview, son affection pour la duchesse Beatrix von Storch, vice-présidente de l’AfD, tout en reconnaissant des désaccords avec son parti.
— Mme von Thurn und Taxis est typique de la zone grise entre chrétiens-sociaux de la CSU et la droite dure de l’AfD qui se rejoignent sur la détestation de la théorie du genre, la lutte contre l’avortement, le rejet du mariage gay ou encore la dénonciation de la politique migratoire de la chancelière Angela Merkel, m’explique, à Munich, le théologien allemand Michael Brinkschröder.
Nous sommes ici au cœur de ce qu’on appelle « das Regensburger Netzwerk » (le « réseau de Ratisbonne »), constellation dont la Reine-Soleil Gloria TNT est l’astre illuminé autour duquel « mille diables bleus dansent ». Les prélats Gerhard Ludwig Müller, Wilhelm Imkamp et Georg Gänswein ont toujours paru à l’aise dans cette coterie friendly où les majordomes sont en livrée, les gâteaux décorés de « soixante massepains en forme de pénis » (nous apprend la presse allemande) et les prêtres naturellement très homophobes. Nature princière, Gloria TNT assure même le service après-vente : elle participe à la promotion des ouvrages anti-gays de ses amis cardinaux réactionnaires, comme Müller, ou encore le Guinéen ultraconservateur Robert Sarah ou l’Allemand Joachim Meisner, avec lequel elle a coécrit un livre d’entretien. L’homophile Meisner fut la quintessence de l’hypocrisie du catholicisme : il était à la fois l’un des ennemis du pape François (un des quatre « dubia ») ; un homophobe hirsute ; un évêque qui a ordonné en connaissance de cause, tant à Berlin qu’à Cologne, des prêtres gays pratiquants ; un « closeted » claquemuré à triple tour depuis sa puberté tardive ; et un esthète qui vivait avec son entourage efféminé et majoritairement LGBT.
LA PENSÉE DU CARDINAL MÜLLER doit-elle être prise au sérieux ? De grands cardinaux ou théologiens allemands se montrent critiques sur ses écrits, qui ne font pas autorité, et sur sa pensée, qui ne serait pas digne de foi. Ils soulignent perfidement qu’il a coordonné l’édition des œuvres complètes de Ratzinger, insinuant ainsi que cette proximité explique son titre de cardinal et sa nomination à la Congrégation pour la doctrine de la foi !