Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
Le dominicain s’attaque à l’interprétation dominante de la pensée de saint Thomas d’Aquin : au cœur de la doctrine, non à sa marge. Oliva : « On a l’habitude de considérer “contre-nature” non seulement la sodomie, mais aussi l’inclination homosexuelle. Saint Thomas, en revanche, considère cette inclination “selon la nature” de la personne homosexuelle prise dans son individualité. » Le théologien s’appuie sur « l’intuition géniale » du docteur angélique : le « “contre-nature” naturel », selon lequel on peut expliquer l’origine de l’homosexualité. Et Oliva de faire observer, ici quasi darwinien, que « saint Thomas place au niveau des principes naturels de l’espèce l’origine de l’homosexualité ».
Pour saint Thomas, l’homme, y compris dans ses irrégularités et ses singularités, fait partie du dessein divin. L’inclination homosexuelle n’est pas contre-nature. Oliva encore : « L’homosexualité ne comporte en soi aucune illicéité, et quant à son principe, connaturel à l’individu et enraciné en ce qui l’anime comme être humain, et quant à sa fin, aimer une autre personne, qui est une fin bonne. » Et Oliva de conclure en appelant « à l’accueil des personnes homosexuelles au cœur de l’Église et non à ses marges ».
Après la lecture d’Amours, des cardinaux, des évêques et de nombreux prêtres m’ont dit que leur vision de saint Thomas d’Aquin avait changé et que l’interdit de l’homosexualité avait été définitivement levé. Certains, fidèles et hiérarchies confondus, m’ont même confié que le livre avait eu, sur eux, l’effet du Corydon d’André Gide et, d’ailleurs, Adriano Oliva achève son texte par une allusion au Si le grain ne meurt gidien. (Sollicité par mes soins, le frère Oliva refuse de commenter la genèse de son livre ou à discuter de ses liens avec Rome. Son éditeur, Jean-François Colosimo, patron des éditions du Cerf, a été plus disert, tout comme l’équipe du cardinal Baldisseri qui confirme avoir passé « commande d’analyses à des experts », dont le frère Oliva. Enfin, j’ai eu la confirmation qu’Adriano Oliva a bien été reçu au Vatican par Baldisseri, Bruno Forte et Fabio Fabene◦– soit les principaux artisans du synode.) [https://www.bookys-gratuit.org/]
Comme on pouvait s’y attendre, le livre n’est pas passé inaperçu dans les réseaux thomistes où cette charge a fait l’effet d’une bombe à fragmentation. La polémique a enflammé les cercles catholiques les plus orthodoxes et ce d’autant plus que l’attaque venait de l’intérieur, signée par un prêtre difficilement réfutable, thomiste parmi les thomistes. Cinq dominicains de l’Angelicum, l’université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin à Rome, se fendent bientôt d’une réponse aussi sévère que schizophrène, certains d’entre eux étant homophiles. Des militants identitaires prennent le relais et attaquent violemment le prêtre audacieux pour avoir fait de saint Thomas d’Aquin un auteur gay-friendly ! Sur les sites et les blogs, l’extrême droite catholique se déchaîne.
Soutenu intellectuellement par le maître de l’ordre des Dominicains, dont il dépend, le frère Oliva fait également l’objet de nouvelles attaques en règle, académiques cette fois, dans plusieurs revues thomistes dont un article de 47 pages. En réponse, un nouvel article de 48 pages prend la défense d’Oliva dans la Revue des sciences philosophiques et théologiques que dirige le dominicain Camille de Belloy (que j’ai également interrogé). Depuis lors, on annonce de nouvelles salves…
On le voit, le thème était sensible. Pour le frère Oliva, qui dit « avoir agi en toute liberté », c’était même le sujet le plus périlleux de sa carrière. Et aussi courageux que soit le dominicain, il est donc impossible qu’un chercheur de son niveau puisse s’être lancé en solo dans un tel travail sur saint Thomas d’Aquin et la question gay sans avoir reçu un feu vert en haut lieu. Des cardinaux Baldisseri et Kasper ? C’est certain. Du pape François lui-même ?
Le cardinal Walter Kasper me confirme l’intervention personnelle de François :
— Adriano Oliva est venu me voir ici. Nous avons parlé. Il m’avait envoyé une lettre que j’ai montrée au pape : François a été très impressionné. Et il a demandé à Baldisseri de lui commander un texte pour diffuser aux évêques. Je crois que c’est ce texte qui est devenu Amours.
Et Kasper d’ajouter :
— Adriano Oliva a rendu service à l’Église, sans être militant.
Amours sera diffusé durant le synode sur la suggestion du pape. Le livre n’est pas un pamphlet de plus ou un essai isolé et quelque peu suicidaire, comme on l’a dit : c’est une arme dans un plan d’ensemble voulu par le souverain pontife lui-même.
LA STRATÉGIE DU PAPE, sa manœuvre, sa machine de guerre mise en branle contre les conservateurs de l’Église, n’ont pas échappé à ses opposants. Lorsque j’ai interrogé ces anti-François, qu’ils soient cardinaux ou simples monsignori, ils ont préféré réagir « off the record ». Par tradition, un cardinal ne dit jamais du mal du pape à l’extérieur du Vatican. Les Jésuites et les membres de l’Opus dei taisent plus encore leurs désaccords. Les Dominicains sont prudents et généralement progressistes, comme les Franciscains. Pourtant, les critiques ad hominem contre François ne tardent guère, lorsqu’on est hors micro : il s’agit même d’un véritable déchaînement de haine.
L’une de ces langues de vipère est un prélat incontournable de la curie, avec lequel j’ai eu à Rome plus d’une dizaine de rendez-vous, de déjeuners et de dîners. Drôle, méchant, vipérin donc, Aguisel (son nom a été modifié) est un homosexuel décomplexé qui, en dépit de son âge canonique, reste un grand séducteur. Aguisel est une gay-pride à lui tout seul ! Il drague les séminaristes qu’il invite à dîner par fournées entières ; il tente de s’attacher l’affection des garçons de café, des serveurs des restaurants romains où nous dînons, et qu’il appelle par leur prénom. Et il se trouve qu’Aguisel m’aime bien.
— Je suis de l’Ancien Testament, me dit notre prélat, en une formule drôle, auto-ironique et tellement vraie.
Aguisel déteste François. Il lui reproche sa pente « communisante », son libéralisme familial et, bien sûr, ses positions par trop favorables aux homosexuels.
— Ce pape est plein de zèle, me dit-il, ce qui dans sa bouche n’est pas un éloge.
Un autre jour, alors que nous dînons à la Campana, un restaurant typique de Rome, Vicolo della Campana (maison dans laquelle, dit-on, le Caravage a eu ses habitudes), Aguisel pointe les incohérences et changements de cap de François. Ce pape, selon lui, n’aurait pas de « suite dans les idées ». Et sur l’homosexualité, il ferait un pas en avant, puis deux pas en arrière, preuve qu’il naviguerait à vue :
— Comment François peut-il attaquer la théorie du genre et, en même temps, recevoir officiellement un transsexuel espagnol au Vatican avec « son » ou « sa » fiancée… vous voyez, on ne sait même pas comment dire ! Tout cela est incohérent et montre qu’il n’a pas de doctrine, seulement des actes impulsifs de communication.