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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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Mouj était impatient de faire enfin la connaissance de dame Rasa, et il ne fut pas déçu. Il avait symboliquement élu domicile dans la maison de Gaballufix et il savait qu’elle ne manquerait pas d’en saisir toute la signification. S’il fallait en croire les rumeurs, dame Rasa ne devait pas être complètement stupide. Restait maintenant à voir quelle tactique appliquer avec elle : il en avait plusieurs en tête. En ferait-il une alliée ? Ou une dupe ? À moins, naturellement, qu’elle ne s’avère une ennemie implacable. Mais dans tous les cas, il se servirait d’elle.

L’attitude de Rasa, quand elle arriva, n’avait rien de particulièrement hautain ; elle ne tenta en rien de le séduire ni de l’intimider. Et avec raison : c’était à peu près la seule façon dont une femme pouvait encore impressionner Mouj. Les plus belles courtisanes de Gol-lod avaient cherché à l’influencer, mais Rasa n’y voyait manifestement aucun intérêt. Au contraire, elle lui parla comme à un égal, et cela lui plut. Rasa lui plut. Le jeu s’annonçait passionnant.

« Je suis tout prêt à accepter l’invitation du conseil municipal, bien entendu, dit-il. Nous sommes trop heureux de contribuer à maintenir l’ordre et la sécurité dans votre magnifique cité pendant qu’elle se relève des tristes événements des semaines passées. Mais j’ai un problème que vous pourrez peut-être m’aider à résoudre. »

À l’expression de Rasa, il vit qu’elle s’était attendue à plus d’exigences – et aussi qu’elle ne se faisait pas d’illusions : il était en position de se montrer inflexible dans ses requêtes.

« Voyez-vous, reprit-il, pour un général gorayni, la façon traditionnelle de récompenser ses hommes après une belle victoire, c’est de diviser en parcelles le territoire conquis et de donner à ses soldats de la terre et des épouses.

— Mais vous n’avez pas conquis Basilica, fit observer Rasa.

— Exactement ! Vous saisissez donc le problème : mes hommes se sont conduits avec un héroïsme et une discipline remarquables durant cette campagne et leur victoire sur les bandits et les émeutiers a été totale. Mais je n’ai pas les moyens de les récompenser.

— Nous avons des finances prospères, dit Rasa. Je suis sûre que le conseil de la cité peut rendre chacun de vos mille hommes aussi riche que vous le souhaitez.

— De l’argent ? Ah, vous m’offensez gravement ! Et mes hommes également ! Nous ne sommes pas des mercenaires !

— Vous acceptez la terre, mais pas l’argent permettant d’acheter de la terre ?

— La terre, c’est une question de titre et d’honneur. Un homme avec de la terre est un seigneur. Mais de l’argent… ! Cela reviendrait à traiter mes soldats de marchands ! »

Elle le dévisagea un moment, puis demanda : « Général Vozmujalnoy Vozmojno, l’Impérator sait-il que vous appelez ces hommes vos soldats ? Vos hommes ? » Elle insista sur les possessifs.

Mouj sentit un frisson d’effroi le parcourir. Quel délice ! Il y avait longtemps qu’il ne s’était plus trouvé face à quelqu’un capable de lui reprendre l’initiative. Et elle avait frappé tout de suite à son point le plus faible ; car non seulement il avait fait fi des ordres qui lui interdisaient toute manœuvre offensive, mais il avait encore abandonné les cadavres des deux espions de l’Impérator pour se précipiter à Basilica. Pour l’instant, le plus grand danger venait de la cour, qui avait sûrement entendu parler de son entreprise, à présent. Mouj connaissait assez bien l’Impérator pour savoir qu’il ne réagirait pas violemment – c’était même un de ses défauts majeurs, cette crainte du risque –, mais un nouvel intercesseur devait déjà faire route au sud, accompagné de troupes du temple. Ou bien Mouj faisait contre mauvaise fortune bon cœur et s’arrangeait pour regagner la confiance de l’Impérator, ou bien il devait s’engager dans une rébellion ouverte avec mille soldats seulement, coincé à cent kilomètres à l’intérieur d’un territoire hostile. Ce n’était pas l’instant rêvé pour affronter cette Rasa, qui semblait parfaitement percevoir ses faiblesses.

« Quand je dis qu’ils sont à moi, répondit Mouj, ce n’est que dans la mesure où l’Impérator me permet de le servir, naturellement.

— Je note que vous ne niez plus être Vozmujalnoy Vozmojno. »

Il haussa les épaules. « Vous êtes beaucoup trop intelligente pour moi, je l’avoue. À quoi bon chercher à vous dissimuler mon identité ? »

Elle fronça les sourcils. Sa flatterie et son aveu l’avaient visiblement déconcertée. Maintenant, elle allait sans doute se demander pourquoi il reconnaissait si volontiers son véritable nom et la complimentait ainsi de son intelligence. Elle croirait alors s’être montrée stupide et ne se fierait plus à son idée d’exploiter les différends entre Mouj et l’Impérator. Il avait appris de longue date que l’un des meilleurs moyens de désarmer un adversaire astucieux, c’était de le faire douter de ses propres forces, et cela marchait assez bien avec Rasa, semblait-il.

« L’intelligence n’entre pas en ligne de compte, dit-elle. C’est la vérité qui importe. Je ne crois pas qu’il y ait un mot de vrai dans ce que vous dites. Vous n’avez pas pour habitude de récompenser vos soldats en leur donnant des terres, sinon il ne vous en resterait pas un seul. Vos officiers, oui, peut-être. Mais cette histoire de terre n’est qu’une tentative pour faire abroger la loi foncière de la cité des femmes. Laissez-moi deviner la suite du jeu : je retourne au conseil avec votre humble requête et on me renvoie auprès de vous avec la proposition d’installer vos hommes hors de la cité. Vous louez notre générosité, puis vous nous faites remarquer que vos hommes ne peuvent se satisfaire d’une position de citoyens de seconde classe dans un pays qu’ils ont sauvé de la destruction. Comment expliquer à des soldats gorayni qu’ils n’auront jamais le droit de posséder de terre dans la cité ? Alors vous proposez un compromis – rien que pour permettre à tout le monde de sauver la face : les soldats gorayni qui épouseront des Basilicaines auront la demi-possession de leur domaine intra muros. Les femmes garderont bien entendu le contrôle entier de la terre, mais vos soldats préserveront leur amour-propre.

— Vous êtes douée de prescience, dit Mouj.

— Nullement ; j’improvise, c’est tout. Des demi-droits de propriété entraîneraient en quelques semaines toute une série de mariages opportuns, suivis de pressions pour l’égalité du droit de vote, surtout une fois prouvé que vos hommes sont des maris doux et obéissants qui ne cherchent pas à acquérir un droit de regard sur des propriétés dans lesquelles ils n’ont qu’un demi-intérêt nominal. À partir de là, combien d’étapes avant le jour où les femmes auront perdu le droit de vote et où toutes les propriétés de Basilica seront passées entre les mains des hommes ?

— Ma chère dame, vous me jugez bien mal !

— Vous ne disposez pas de beaucoup de temps, répondit Rasa. Des représentants de votre Impérator seront certainement ici dans deux semaines au plus tard.

— Toutes les armées gorayni se déplacent accompagnées de représentants impériaux.

— Sûrement pas la vôtre, sinon les gardes municipaux seraient au courant. Nous avons lu des rapports sur le fonctionnement de votre armée et on n’y trouve nulle part mention d’un intercesseur. Certains de vos soldats ressentent durement le manque de confession.

— Je n’ai rien à craindre de la venue d’un intercesseur.

— Dans ce cas, pourquoi avez-vous cherché à me faire croire que vous en aviez un ici ? Non, général Vozmujalnoy Vozmojno, je pense qu’il vous faut agir très vite pour consolider votre position chez nous avant d’affronter la sommation de l’Impérator. Je pense que vous n’avez pas non plus de temps à perdre à réprimer un soulèvement ; tout doit se régler pacifiquement et sur-le-champ. »

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